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Management par objectif des dépenses de santé

Récemment, certains se sont félicités qu’un groupe de médecins accepte des objectifs financiers en matière de santé. A l’heure de la crise, à l’heure où, pour pallier les dépenses inconsidérées des états pour soutenir les banques, il va falloir songer à faire des coupes budgétaires, on voit poindre une première voie de recherche d’économies en direction de la santé.

Cela est bien entendu inacceptable moralement. Des pays, occidentaux en particulier, qui font passer la santé financière des banques avant la santé de leurs citoyens, voilà un crime historique, contre l’humanité, qui est en voie d’être perpétré. En effet, s’il faut bien maîtriser les dépenses de santé dans le sens d’éviter les gaspillages, il est en train de s’instiller dans la société une notion bien plus délétère qui consiste à décider, sur des critères pour l’instant plutôt flous, de savoir si un soin vaut la peine. Cette notion ne se trouve cependant pas que dans la sphère médicale mais dans bien d’autres domaines de l’activité humaine. Son passage par la case médicale, vaut la peine d’être soulignée car il témoigne de la généralisation du critère de décision humaine sur une base uniquement monétaire.

J’ai montré dans « Ainsi marchait l’humanité  » comment le genre humain, ayant inventé l’argent, avait ouvert la boîte de Pandore, en mettant en place un outil d’équivalence sans le border par un système de valeurs absolu. Cela laissait la porte ouverte à la prévalence de la loi de l’offre et de la demande et imposait alors au genre humain la recherche incessante du profit qu’il soit indu ou non. Les activités industrielles ont été les secondes à expérimenter cela, juste après les activités bancaires qui consistent, peu ou prou, en le commerce de l’argent.

Transférer cet état d’esprit dans le domaine médical est particulièrement délétère et va susciter des questions qui n’avaient pas lieu d’être auparavant et ne devraient pas avoir lieu d’être. En voici un échantillon.

1- Sachant qu’un individu coûte, en moyenne, sa dernière année de vie, l’équivalent des 7 années ayant précédé celle-ci, vaut-il la peine de le soigner ? Ne vaut-il pas mieux une euthanasie, sujet sur lequel on oriente lentement mais sûrement la société française ?

2- Y a-t-il des pathologies qui ne valent pas la peine d’être soignées en fonction de l’âge ? Cette question est d’autant plus cruciale qu’il semble qu’à partir de l’âge de 75 ans, on n’est d’ores et déjà plus traité comme les autres (sous-entendu moins bien).

3- Dans un accident (de voiture, du travail,…), selon la gravité, vaut-il la peine de soigner l’individu, sachant qu’il ne récupérera jamais la totalité de ses facultés, qu’il sera un poids pour la société, et que cela va coûter très cher ?

J’arrêterai là les questions saugrenues, mais je remarquerai que cet état d’esprit est déjà bien présent dans l’état d’esprit de la société, un exemple représentatif étant donné par un sentiment qui me semble, hélas, majoritaire en France à propos de l’avortement. En effet, combien de personnes pensent que selon les conditions que l’on va offrir à un enfant à venir, la vie, pour lui, sera plus ou moins supportable et, en conséquence, on décide pour lui soit de lui donner naissance soit l’avortement. Rappelons ici que la vie est caractérisée par 2 choses qu’il faut bien avoir à l’esprit. La première, c’est une part de chance intrinsèque (naissance, capacités physiques et intellectuelles,…) à laquelle s’ajoute une part de chance extrinsèque (opportunités…). La deuxième, c’est l’effort qu’on va faire soit pour fabriquer de la chance (opportunités) soit pour se dépasser dans un domaine par rapport à ses capacités intrinsèques et ainsi réussir mieux que prévu (voir, par exemple, à ce sujet, le film intitulé « bienvenue à Gataca »). Bien entendu, ceux qui réfléchissent à l’avortement, en général, ne se posent pas ces questions car ils ne peuvent pas avoir de réponses, même probabilistes, à l’avance. Je conclurai donc ce point sur une pensée simple : pour avoir de la chance et pour pouvoir se dépasser, il faut être vivant. Les autres, les morts, n’ont aucune chance ! Rappelons aussi, à ce stade, un point fondamental : il n’y a de richesse que d’hommes, donc, à l’inverse de bien des malthusiens, je pense que plus nous serons, plus nous serons riches selon un critère de richesse intrinsèque et non nécessairement monétaire. Les problèmes de surpopulation sont une vue malthusienne et erronée de notre monde comme l’a, à maintes reprises, déjà montré l’Histoire[1].

Ainsi, la maîtrise des dépenses de santé ne devrait viser qu’à éliminer les gaspillages patents, mais en aucun cas l’état futur de la personne, son âge, son espérance de vie au moment des soins, etc., ne devraient être pris en compte dans ce cadre.

Est-ce bien ce qui se passe aujourd’hui ? Et n’est-on pas en train de déraper ?

Rappelons, s’il en est besoin, que le but de toute activité humaine doit être l’homme. L’argent n’est qu’un support à l’échange et n’aurait jamais dû devenir un but. Quand cette recherche incessante de l’argent conduit à trier entre les humains quant à leur santé future, on a, assurément, franchi une ligne rouge.



[1] Au XVIIIe siècle la France était surpeuplée avec 22 millions d’habitants alors qu’aujourd’hui elle est sous-peuplée avec 65 millions.


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1 réactions à cet article    


  • savouret 10 juillet 2009 23:31

    excellent article qui met en évidence les effets néfastes potentiels d ’une politique de la santé qui fait prévaloir les interets financiers sur les interets humains, ce qui est totalement inacceptable sur le plan moral.

    ceci nous démontre bien, qu ’en dépit de ses discours récents d’inspiration sociale démocrate , notre président demeure bien un partisan du néolibéralisme, doctrine qui est fondée notamment sur l’idée que toutes les sphéres de l ’activité humaine doivent etre régies par le profit.

    il reste à esperer que si la crise venait à perdurer, elle délegitimerait reellement les postulats de cette idéologie .

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