Deux poids, deux mesures
Quand la justice passe, les décisions prises ne font pas toujours l’unanimité, et quand c’est l’environnement qui trinque, elle se montre parfois très conciliante.
La liste des accidents industriels dus à l’activité humaine s’allonge un peu plus chaque jour, et il est inquiétant de voir avec quelle lenteur, et quelle indulgence, la justice traite parfois les différentes catastrophes. lien
Le 10 juillet 1976, il y a 34 ans, l’usine chimique Icmesa, filiale de Givaudan du groupe chimique suisse Hoffmann-La Roche, laissait échapper à Seveso un nuage mortel de dioxine.
Résultat : 3300 animaux meurent intoxiqués, 77 000 têtes de bétail sont abattues, 193 personnes sont atteintes de chloracné, et 20 personnes sont blessées légèrement.
La chloracné est une dégradation de la peau.
Le président Viktor Iouchtchenko en porte les stigmates sur son visage, après un empoisonnement à la dioxine. lien
L’entreprise responsable de ce drame a eu seulement à payer un peu plus de 200 millions d’euros, sans autre condamnation. lien
Cette somme est une goutte d’eau pour celle ci qui engrange chaque année 3 milliards de francs suisses de bénéfice pour un chiffre d’affaire de 31,2 milliards de francs suisses. lien
Le 16 mars 1978, ce fut le naufrage de l’Amoco Cadiz : 227 000 tonnes de pétrole seront déversés sur de côtes bretonnes, provoquant la mort de 10 000 oiseaux, et touchant 35 espèces de poissons, coquillages et crustacés.
Le transporteur étant insolvable (Amoco transport) la France s’est tournée vers Amoco International Oïl Company, et n’a pu opposer face à ses centaines d’avocats (dont un prix Nobel d’économie) qu’une poignée d’avocats et quelques dizaines de scientifiques. lien
Après 14 ans de procès, le pollueur sera condamné 187 millions d’euros. lien
Cette compagnie a fusionné maintenant avec BP qui se retrouve impliqué dans la catastrophe du golfe du Mexique.
6 ans après, le 19 novembre 1984, l’incendie de l’usine de gaz liquide Pemex, à San Juan, près de Mexico, provoquera la mort de plus de 500 personnes, (1200 personnes ayant disparu) en blessant 7000 autres, et mettant 200 000 personnes à la rue. lien
C’était il y a 26 ans et les victimes attendent toujours une indemnisation.
Le 13 novembre 1996, nouvelle explosion de trois réservoirs de la même compagnie.
Bilan : 4 morts, 14 blessés, et 10 000 personnes évacuées.
Un mois après, le 3 décembre 1984, c’est la catastrophe de Bhopal.
Plus de 25 000 indiens y on laissé leur vie suite à l’explosion de l’usine de pesticides d’Union Carbide, et 100 000 personnes sont tombées malades.
La justice indienne a rendu son verdict 25 ans après l’accident (lien)
7 dirigeants, et une personne morale ont été condamnés à 2 ans de prison pour « négligence ayant provoqué la mort » et à une amende de 2 100 dollars.
Ils ont été libérés sous caution, ont fait appel, et l’entreprise a versé 390 millions d’euros, finançant aussi la construction d’un hôpital.
Sauf que l’argent dormait depuis 15 ans sur un compte en banque, et qu’il a fallu l’intervention de la cour suprême indienne pour que l’argent soit enfin versé aux survivants.
Union Carbide India a eu une amende de 10 000 dollars.
Le PDG de l’entreprise, Warren Anderson n’a pas été nommé lors de la sentence, la cour l’ayant déclaré « en fuite », et l’Inde demande en vain son extradition depuis 17 ans. lien
Chaque décès a été compensé par le versement de 1750 euros, et les blessés ont reçu 450 euros. lien
Ces chiffres sont à mettre en relation avec le chiffre d’affaire de l’entreprise : 5 milliards de dollars. lien
Le 26 avril 1986, c’est Tchernobyl et la mort de 67 000 personnes d’après une étude du centre d’expertise indépendante de l’académie des sciences.
Il a fallu attendre 5 ans pour voir apparaitre une loi concernant « la protection sociale des personnes ayant souffert de Tchernobyl ».
Malgré tout, certaines prestations ne sont toujours pas versées, ce qui a provoqué 200 arrêts de la Cour Européenne des droits de l’homme début 2009. lien
Le 21 septembre 2001, le stock de nitrate d’ammonium de l’usine AZF de Toulouse explose, provoquant la mort de 31 personnes, et en blessant 2000 autres.
En juin 2009, le tribunal correctionnel de Toulouse relaxe tout le monde, y compris le directeur de l’usine, et la société Grande Paroisse (Total).
Total a tout de même versé 2 milliards d’euros d’indemnisation pour les dommages corporels et matériels à la suite de l’explosion.
Ce qui reste modeste, si on le compare au chiffre d’affaire réalisé en 2009 : plus de 130 milliards d’euros. lien
Mais le groupe Total peut dormir sur ses deux oreilles, il est abonné à la total(e) impunité comme le raconte dans son livre Jean Philippe Demont-Piérot. vidéo (Total(E) Impunité, Res Publica Editions/ 2-2010)
Plus près de nous, c’est la catastrophe avec l’explosion de la plate forme pétrolière dans le Golfe du Mexique.
Ce qu’on oublie, c’est que le 3 juin 1979, une plateforme pétrolière (Ixtoc1) avait déjà explosé déversant durant 9 mois entre 500 000 et 1 million de tonnes de pétrole dans la mer.
Cette fois-ci, c’est BP qui est montré du doigt, lequel promet que tout le monde sera dédommagé. lien
L’avenir nous le dira, car comme disait mon vieil ami africain :
« Un tronc d’arbre peut séjourner dans le fleuve, il ne deviendra jamais crocodile ».
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Et, bien sûr, continuez de nous filer en loucedé de bonne grosses com’ pour nous récompenser de nous fatiguer à fabriquer des lois vous permettant de piller la terre en toute légalité (je n’exagère pas, il est évident qu’une partie des bénéfices pétroliers profitent à ces élus corrompus, ne serait-ce qu’au travers de leur patrimoine financier).

