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Accueil du site > Actualités > Société > Du revenu universel à la désargence

Du revenu universel à la désargence

 

Et s’il était temps de nous préparer à l’après-salariat et à l’après-monnaie comme à l’après-pétrole ? 

 

Dans un monde livré au totalitarisme marchand, où tout s’achète et se vend, serait-il possible tout de même d’avoir « quelque chose » en échange de... rien ? Par exemple, un revenu pour avoir juste le « droit de vivre », même sans avoir à travailler pour « mériter » ce droit ?

Alors que la page du plein emploi et du salariat semble se tourner, la vieille idée d’un revenu universel versé inconditionnellement à chacun juste pour garantir son « droit à l’existence » revient en force dans une société fracturée - et en grande souffrance.

Cette idée d’un revenu d’existence, versé sans condition ni contrepartie, de la naissance à la mort, a rejailli de la boite à belles promesses électorales, forcément finançables avec « l’argent des autres », lors de la dernière présidentielle en France... Elle quitte graduellement le domaine des grands principes pour refaire « débat », en parfait marqueur de nos grandes interrogations contemporaines,dans un monde d’incertitudes croissantes dont les aiguilles s’affolent – et tournent, aux yeux désormais désillés du plus grand nombre, dans un sens contraire aux plus élémentaires des aspirations humaines...

 

Vers un nouveau « pacte social » ?

 

Le revenu universel sera-t-il le prochain « modèle économique » de l’humanité ? Celui qui assurerait une « organisation plus intelligente des richesses » et redessinerait les contours d’une société plus juste et plus vivable, enfin ? « Si l’homme est dénué des moyens d’existence, son droit à la vie devient un leurre » rappelait l’ancien ministre Jacques Duboin (1878-1976). Pendant la Grande Dépression de l’entre-deux-guerres, celui qui était alors député de Haute-Savoie plaidait pour l’instauration d’un « revenu social assuré à tous de la naissance à la mort » - il avait l’oreille des décideurs d’alors mais n’a pas été écouté.

Conçu comme une « prestation universelle qui traduit une reconnaissance comme membre de la communauté », ce revenu permet d’accéder à un travail choisi plutôt que subi : plutôt que de demander à une personne de chercher un travail de plus en plus introuvable pour un hypothétique salaire qui donne de moins en moins accès à l’essentiel, ne vaudrait-il pas mieux désormais lui accorder un revenu afin qu’elle puisse enfin... se mettre à travailler ?

Simplement, le travail ne serait plus une obligation de survie préalable puisqu’il n’échappe à personne qu’il en faut de moins en moins pour produire toujours plus...

Cette utopie réaliste conjuguerait efficacité et équité. Elle nous ferait passer d’une société de « précarité subie » à une société de « mobilité choisie » et d’une « société de l’argent » à une « société des talents ».

 

Vers la désargence

 

Comme la transition énergétique, une telle économie suppose toute une préparation, compte tenu de l’inflammable accumulation d’ « avoirs financiers » et d’ « actifs sous gestion », en quête de « rendement » - et en bonne voie de volatilisation...

Paul Ariès imaginait de verser une partie du revenu universel en monnaie nationale, une autre en monnaie locale et une dernière sous forme de droits d’accès aux biens communs afin d’étendre la sphère de la gratuité. Car le droit de vivre décemment passe bien évidemment par le libre accès aux biens et services publics. Et par la gratuité du bon usage de ces services publics « face au renchérissement du mésusage individuel et collectif ».

Pourquoi ne pas aller plus loin dans cette extension de la sphère de la gratuité ? Pourquoi focaliser l’attribution d’un revenu universel garanti sur un versement monétaire ? Si « l’argent est un problème » pour tellement d’humains à qui il manque cruellement, pourquoi continuer à poser la question du bien-être social en termes monétaires ? Pourquoi ne pas sortir de l’échange marchand et envisager une définition plus large du revenu universel ? Pourquoi ne pas aller vers une définition d’un revenu qui ne serait pas que monétaire mais inclurait l’accès gratuit à des biens et services considérés comme relevant d’un « marché » ?

Pourquoi ne pas accéder enfin à une société de la désargence pour en finir avec une abstraction fondamentale qui sépare chacun de sa réalité ?

En effet, si le signe monétaire donne accès aux « produits et services »... lorsqu’on en a, il en interdit l’accès lorsqu’on en manque... « L’argent » créé ex nihilo sans son répondant métallique (or et argent physiques) a cessé donc de fonctionner comme lien social et moyen d’accès aux utilités réelles : quand il « manque » alors qu’il ne vaut même plus le métal ni le papier qui lui servaient de support, il est à la source de tous les maux qui affligent la société – et son « manque » les exacerbe de façon exponentielle à mesure que sa « création » nécessite des « connexions » énergivores pour le « miner » en fumeuses « crypto-devises » basées sur... rien mais aggravant nos problèmes énergétiques et environnementaux...

Aussi longtemps que l’ « on » pourra l’accaparer, l’accumuler, le thésauriser et spéculer sur la rareté organisée des biens vitaux et sur des différentiels de prix, « l’argent » ne sert qu’à générer des « profits » mal acquis. Il s’affranchit de toute utilité pour n’être qu’un fétiche vide consacrant l’accumulation de « richesses » comme l’unique sens de la vie sur Terre...

Une économie soumise à l’obligation de réaliser des profits monétaires les « fera toujours passer avant la justice sociale, l’intérêt national ou environnemental » constatait Jean-Paul Lambert dans sa revue Prosper. Si « l’argent » est « le problème » et pas la solution facilitant les relations humaines, pourquoi ne pas... en « faire l’économie » ? Pourquoi ne pas se désenvoûter du totem-argent érigé en absurde « fin en soi » contraignant à travailler toujours plus pour gagner... toujours moins puisqu’il n’est même plus possible, en ces temps d’obsolescence accélérée de l’homme, de transformer plus de travail humain en « argent » ?

Il s’agit bien d’inventer la société post-salariale comme celle de la désargence et de la bienveillance - plutôt que de la surveillance généralisée, de la stigmatisation des « assistés » et de domination.

Celle qui permettrait à chacun de devenir créateur de richesse sociale, même hors emploi, en lui donnant un véritable permis de conduire sa vie selon ses besoins véritables et ses possibilités.

L’universalité d’un revenu d’existence garanti prendrait tout son sens par un accès garanti à l’essentiel (dont il ne serait plus possible d’organiser la pénurie... ) et une libération des énergies permettant une bien meilleure distribution des rôles – et des talents libérés de toute contrainte liée à la « fin en soi » économique.

L’urgence est bien là, dans une société reconfigurée par « le numérique », où l’ « on » s’active en coulisses à supprimer « l’argent » en espèces (pièces et billets) – après avoir manipulé les taux d’intérêt à la baisse jusqu’à aboutir à l’abyssale inanité des taux d’intérêt négatifs.

L’urgence est de se rappeler que la monnaie n’est rien moins qu’un bien partagé par une collectivité politique et sociale : « la faire disparaître dans son expression « manuelle » est un acte politique de désagrégation sociale » (Didier Marteau, Le Monde du 3 mars 2016). Une « société sans cash » alliée pour le pire à des taux d’intérêt négatifs spoliant l’épargnant et usant à son encontre d’une forme insidieuse de « répression monétaire » est dénuée de toute pertinence économique – sauf pour certains « intérêts » bien placés dont l’enjeu politique est d’évacuer de leur équation ce fichu « facteur humain » que leurs algorithmes n’intègrent pas...

Alors, autant faire aussi l’économie de cette « société sans cash » dévoreuse de vies, d’énergie et de réalité pour aller directement à la « société sans argent » qui ne se fonderait plus sur l’usage de « l’argent » comme instrument de pouvoir et de mesure consacrant les inégalités.

Les malheurs du monde ne sont pas dus à des catastrophes naturelles mais à cet espèce d’envoûtement qui nous sépare de notre réalité vitale tout en détruisant notre socle vital commun.

Dans une « société démocratique et inclusive », il devrait être possible de « débattre » d’une autre vie possible au-delà de « l’argent ». Comme il devrait être possible d’envisager la fin de cette fiction considérant l’humain comme un « animal monétaire » toujours prêt à « se vendre » pour... trois fois rien désormais.

Il ne devrait pas être interdit d’envisager la fin d’un « ordre » fondé sur « l’argent » qui « donne à la nécessité d’opérer des profits monétaires l’initiative réelle des lois »...

Ce serait comme envisager l’abolition de la peine de mort économique et sociale dans un monde où il ne serait plus possible de faire mourir les gens de pauvreté...

La démonétisation de l’économie empêcherait enfin « l’argent » de jouer contre les hommes sur une planète surexploitée et dévastée par nos errements prédateurs. Seule une économie de désargence permettrait de réorienter « la politique » vers un « bien commun » qui ne serait pas à la merci de « grands argentiers » aux « intérêts » diamétralement opposés...

Un « monde meilleur » sera techniquement possible quand l’impossibilité de réaliser des « profits » monétaires dans une civilisation a-monétaire suscitera une véritable révolution anthropologique : si le malheur des hommes leur vient de cet « argent » dont ils n’auront jamais assez et qui leur « manquera » toujours, seule une économie de désargence induirait mécaniquement la fin de l’obsolescence programmée, du gaspillage, de la surproduction de gadgets aussi inutiles que nuisibles voire la fin de toute conflictualité avec celle du dogme de la « compétition » et de la « concurrence ».

Sa mise en oeuvre pourrait enfin veiller (et même bien-veiller...) à la préservation d’une « intelligence publique et délibérative » concernant l’orientation de notre société – et à la meilleure façon de « faire société » sans spoliation des uns au « profit » des autres.

Jusqu’alors subsistait encore, tant bien que mal, dans notre « économie de marché », quelque chose que l’on pouvait tenir dans l’absolu pour « hors de prix ».

Mais le formatage de « l’homme économique » en machine à « réussir » et éliminer son semblable (pour devenir « inclus » ou « milliardaire » ?) a graduellement supplanté et évacué la figure humaine. La vraie vie des « vrais gens » n’a rien d’un jeu vidéo ou d’un jeu de guerre, pourtant.

Alors que la « troisième révolution industrielle » a sensiblement réduit la part productive immédiate de l’homme et dévalorisé sa force de travail, alors toutes ces vies « inutiles » ou « inemployables » pourraient bien être rendues à l’essentiel – si des « intérêts contraires » n’entravent pas ce retour au réel...

Il n’est pas de société réellement « humaine » qui puisse s’accommoder d’un nombre croissant d’exclus – pas plus qu’elle ne saurait perdurer en mettant « hors jeu » un nombre croissant de ses membres plus ou moins « actifs ».. En finir avec « la Dette » perpétuelle qui ruine le monde suppose d’en finir avec la maladie de « l’argent » qui n’est jamais là où il devrait être et avec certaines fictions mortifères qui perdent de leur empire sur les consciences comme sur le cours des choses.

Si elle était bien posée, la question du sens de l’existence ne distinguerait pas seulement ceux qui « ont de l’argent » et ceux qui n’en ont pas.

Elle distinguerait tout d’abord pourquoi existe « le sujet » qui se la pose vraiment et pour quoi il existe.

Nous y voilà arrivés, au bord de la falaise de cette Dette qu’aucune Providence ne pourra plus garantir – ni aucun trou noir ne pourra absorber. Son gonflement, jour après jour, questionne, à un souffle de son éclatement, notre capacité et notre désir véritable d’un avenir commun.

 

 

Pour en savoir plus

 

Jacques Duboin, La Grande Relève des Hommes par la Machine, éditions nouvelles, 1932

La Grande Relève, mensuel de réflexion socio-économique

Prosper, revue à périodicité aléatoire

Gabriel Charmes, Le Revenu universel – vers un nouveau pacte social ?, éditions Transition, 2019

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Du revenu universel à la désargence

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75 réactions à cet article    


  • JL JL 20 mars 17:52

    ’’l’après-salariat et à l’après-monnaie comme à l’après-pétrole ?’’

     Il a pire ! L’après antibiotiques !

     

    Le revenu universel versé inconditionnellement à chacun juste pour garantir son « droit à l’existence »

    est la dernière étape vers le rejet d’une partie de la population.

     

    Le travail ne disparaitra jamais. C’est l’utilité des travailleurs pour le capital qui disparait.

     

    « Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt

     

     C’est ça que vous voulez pour les générations futures ?


    • Arogavox 20 mars 18:09

       Lorsqu’on prétend respecter une égale dignité en chaque citoyen, quiconque ne comprend pas la nécessité logique (si la simple humanité n’y suffit pas), de mettre en œuvre, sans exiger une quelconque contrepartie particulière, ce qui est humainement possible pour éviter des souffrances injustes et des morts prématurées (voire à petit feu) ... n’est pas en position de convaincre des gens intègres et sains d’esprit ! 


    • V_Parlier V_Parlier 20 mars 22:15

      @Arogavox
      Lorsqu’on prétend respecter une égale dignité en chaque citoyen, on n’ose pas imaginer un système dont le fonctionnement normal admet qu’une partie de la population doit travailler pour entretenir l’autre. Car bien que le travail puisse considérablement diminuer pour tous (sous réserve d’adaptation des exigences des travailleurs-consommateurs, autre point chaud) le monde ne peut être juste que si ce travail est partagé. Aujourd’hui il est déjà injustement partagé aux quatres coins du monde, avec une valeur(*) différente selon qui l’effectue, et on nous propose encore pire, histoire de rêver hors sol plutôt que de s’atteler à du faisable.

      (*) Qu’on exprime cette valeur en argent, ou en travail de l’acheteur contre travail du travailleur.


    • Arogavox 21 mars 00:22

      @V_Parlier
       Et bien sûr, a contrario de cet ’idiot’ de logicien célèbre, vous n’avez pas pris la peine de préciser ce que vous entendez par « travail » !
       On se demande alors qui peut bien avoir la prétention de « travailler » pour les autres ! 
       Par exemple, si le ’travail’ est bien un instrument de torture, quoi d’autre que des larbins ?
         Si jamais, par contre, c’est une corvée vue comme un service librement consenti, alors ’librement’ impliquerait que le consentement ne dépende pas d’une hauteur de salaire ...

      Voilà un élément de la précision apportée par le logicien :

      "Tout d’abord : c’est quoi, le travail ? Il y a deux sortes de travail : premièrement, déplacer de la matière sur ou près de la surface de la terre ;
      deuxièmement, demander à d’autres personnes de le faire.

      La première sorte est désagréable et mal payée ;

      la seconde est agréable et hautement payée.


      La deuxième sorte de travail est susceptible d’extensions infinies :
      il y a non seulement ceux qui donnent des ordres,

      mais aussi ceux qui donnent des conseils quant à ce que l’on devrait donner comme ordres.


      D’habitude deux sortes opposées de conseils sont donnés simultanément par deux organisations humaines différentes ;

      c’est ce qu’on appelle la politique.

      La compétence exigée pour cette sorte de travail n’est pas la connaissance des sujets à propos desquels on donne le conseil, mais la connaissance de l’art rhétorique persuasif et de l’écriture, c’est-à-dire de la publicité.

      " ....


    • JL JL 21 mars 08:22

      @Arogavox
       
       excellent. ’’la compétence exigée pour cette sorte de travail ...’’
       
       Et aussi, l’autorité, érigée en l’occurrence au rang de compétence  : un titre, un grade, un CV, et toutes ces sortes de choses :

       « Il existe trois catégories de diffuseurs de la pensée dominante : les éditocrates, les sondologues et les experts. » Pinçon Charlot
       
      Les diffuseurs de la pensée dominante aujourd’hui plaident en faveur du RU qui sera à la base fondation d’une société future à trois vitesses : les alphas, les larbins et les esclaves.
       
      Ne nous faisons pas d’illusions : à terme, le RU sera une peau de chagrin. 
       
      N’oubliez jamais ça : ’’Ces gens qui ne sont rien et pour lesquels on dépense un pognon de dingue".
       


    • banban 21 mars 10:30

      @Arogavox
      Ce logiciens oublie le troisième sorte de travail. celui d’alloué de la matière que l’on c’est approprié pour la mettre à la disposition de la deuxième personne, pour quel puisse demander à la première d’en faire quelque chose.
      Si dans la deuxième on retrouve des cadre, des politiques ect. dans la troisième on appelle cela aujourd’hui un actionnaire. c’est le travail demandant le moins d’effort et de compétence et qui est le mieux renumeré. 


    • JL JL 21 mars 11:08

      @banban
       
      ’’dans la troisième on appelle cela aujourd’hui un actionnaire ’’
       
       Très juste.
       
       « Un actionnaire, c’est-à-dire un homme bénéficiant de l’action des autres. » Robert Sabatier


    • Arogavox 21 mars 11:36

      @banban
       Ce logicien n’oublie rien du tout. J’espérais ne pas devoir faire l’offense aux lecteurs d’allourdir ma citation ... en supposant qu’ils sachent s’informer par eux-mêmes par un tout petit complément de lecture du court ouvrage cité :
      ... (suite, donc, du passage cité précédemment :)

       "Partout en Europe, mais pas en Amérique, il existe une troisième classe d’individus, plus respectée que ne l’est aucune des deux autres. Ce sont des gens qui, parce qui possèdent des terres, sont en mesure de faire payer aux autres le privilège d’être autorisés à exister et à travailler.
      Ces propriétaires fonciers sont des oisifs et on pourrait donc s’attendre à ce que j’en fasse l’éloge. Malheureusement, leur oisiveté n’est rendue possible que par l’industrie des autres ; en fait, leur désir d’une oisiveté confortable est, d’un point de vue historique, la source même du dogme du travail. La dernière chose qu’ils voudraient serait que d’autres suivent leur exemple.

      "


    • banban 21 mars 13:08

      @Arogavox
      merci. 


    • Arogavox 20 mars 17:57

      Difficile, même pour l’auteur, d’avancer encore dans le changement de paradigme qu’il envisage. Si l’on en croit cette phrase : " ... ne vaudrait-il pas mieux désormais lui accorder un revenu afin qu’elle puisse enfin... se mettre à travailler  ?

      « 

         Qui serait donc en position (de sainteté ? de légitimité ? reconnue comment et par qui ?) pour  »accorder un revenu« à autrui  ? 
        Se mettre à  »travailler« (sans que le »travail« n’ait été redéfini !) resterait alors un graal indépassable ?!

         

       Encore une fois, le logicien et philosophe qui a écrit jadis »In praise of idleness« n’était ni un fainéant, ni un gourou, ni un prétentieux m’as-tu-vu ! Et il n’a pas attendu ce siècle des »en avance« et »progressistes« conformistes dans leurs atavismes conservateurs pour comprendre bien avant et bien mieux que nos contemporains le fondement le plus pertinent du changement de paradigme qui s’impose à ce millénaire :
        Ce n’est pas le »travail" qui a permis de développer l’art, et les cultures qui enchantent notre humanité : c’est le loisir, ou, plus précisément l’accès à l’otium !

      ...


      • V_Parlier V_Parlier 20 mars 22:18

        @Arogavox
        Vous allez me faire regretter les marxistes... C’est autant d’enfumage que le barratin des libéraux avec la croissance infinie et en même temps l’ère post-industrielle...


      • Arogavox 21 mars 00:55

         Question de barratinage et enfumage ... reste à comparer l’argumentation de V_Parler à celle de Bertrand Russell ...


      • Arogavox 21 mars 01:04

         "C’est dans sa mefiance envers le pouvoir que Russell trouve le lien entre savoir d’une part, et liberalisme et democratie de l’autre.

        Le pouvoir tend immanquablement a creer l’orthodoxie autour de lui, mais c’est de l’heterodoxie que decoulent presque toutes les avancees importantes, dans le domaine de la connaissance comme ailleurs. Et le meilleur moyen d’assurer que l’Etat garantisse ces libertes indispensables a I’ invention et a la decouverte, c’est la democratie. 
          
        La deuxieme consequence du souci russellien de certitude - le 
        refus des idees fausses ou infondees - a un lien plus solide avec le liberalisme democratique. 

        En politique, comme ailleurs, la recherche de la connaissance commence pour Russell, a l’instar de Descartes, par la suspension de toute opinion insuffisamment fondee"


         cf https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-1990-1-page-203.htm

      • Arogavox 20 mars 18:33

         L’idée de coupler une réflexion sur l’argent à celle d’un revenu « minimum » d’existence n’est pas nouvelle.

          Bien après certains pionniers qui à l’occasion d’une étude de marché pour l’ex avion ’Concorde’, avaient pris conscience que n’importe quel nouveau-né, avait commencé avant même sa naissance à participer à l’économie de marché (en consommant des ’produits’ et services de pré-natalité) ...

         cette vieille page témoigne de l’idée de « refondre le fisc » à partir du concept de « monnaie fondante » ... cf http://okidor.free.fr/reflects/file/refondreLeFisc.html

          Ne pas s’y tromper : l’idée n’était pas d’accepter comme juste le concept d’une ’flat taxe’, mais de faire valoir qu’au pire, la priorité des priorités restera toujours, au minimum, de ne pas fermer les yeux sur le ou les concitoyens qui ne peuvent pas ou plus vivre dignement quand d’autres disposent injustement de ressources superflues.


        • lephénix lephénix 20 mars 20:57

          @ JL

          justement, le travail humain est plus irremplaçable que jamais alors que les travailleurs sont jetés dans le chaudron de la « création de valeur », de la « compétition » et du moins-disant social globaliste, alors pourquoi ne pas donner à tout « travailleur en puissance » un revenu afin qu’il commence par créer son « travail » ? donc un travail librement choisi au lieu de subir le chantage de la « recherche d’emploi » dans un monde qui a tourné la page du plein emploi à force de « dérégulations » et autres délocalisations ? quand l’emploi qualifié se raréfie, autant assurer les « vrais gens » de la garantie d’un revenu par un filet de sécurité leur permettant de devenir créateurs de leur vie plutôt que créatures présumées « assistées »... après le bouclier fiscal, le bouclier social...


          • lephénix lephénix 20 mars 21:03

            @ Aragovox

            c’est tout la question d’une « instance » légitime pour distribuer ce revenu ou garantir cet accès à tous alors qu’il devient évident que l’attelage « légalité » et « légitimité » se disjoint à grand fracas... 

            l’idée d’une « monnaie fondante » a été défendue par silvio gesell dès le début du XXe siècle puis par Jacques Duboin dans l’entre-deux-guerres... et voilà que l’on y est par d’autres voies bien impénétrables de la phynanciarisation dopée au lsd electronique et autre... 


            • novo12 20 mars 23:29

              Si Soros, Zuckerberg, et beaucoup d’autres oligarques sont pour le revenu universel, c’est pour contrôler plus étroitement la population. Comme on donne la pâté a un chien. Voir cette vidéo pour comprendre la psychologie des oligarques : https://youtu.be/mUOTC3MS-ck


              • Attilax Attilax 21 mars 00:04

                Il y a encore mieux qu’un salaire universel, dont on dépendrait selon le bon vouloir d’un tiers : une part de création monétaire universelle, tous la même. C’est possible, ça existe, ça marche, ça s’appelle la Monnaie Libre et c’est génial.

                https://monnaie-libre.fr


                • McGurk McGurk 21 mars 01:19

                  L’idée est en soi complètement grotesque et très dangereuse.

                  Alors comme ça, l’argent pousse sur les arbres et on a, parce que l’on vit, droit de toucher sa « pension ». Une sorte de société à mi-chemin entre les rentiers et les assistés. Un jour, on aura peut-être une allocation à vie parce qu’on respire.

                  Mais le texte va plus loin dans le ridicule. On y parle d’ « après-salariat », de « toujours plus de production » et on en fait une espèce de bouillie confuse dans laquelle on balance un peut tout et n’importe quoi.

                  Le capitalisme ne signifie pas l’hyperproductivité, on confond la dérive faite par le monde des affaires et le concept. Le « revenu à vie » signifie des actifs qui travaillent pour payer ces sommes astronomiques versées à la société. Les transports n’apparaissent pas comme par magie et ont un coût, qu’on le veuille ou non. Le fait d’être salarié n’est pas une « tare ».

                  En fait, on ne peut s’affranchir de toute réalité comme dans ce texte, où on nous faire croire au pays des bisounours. C’est d’ailleurs pas loin des thèses anarchistes (dans le sens politique).

                  Le rêve d’une société « amonétaire » n’a pas non plus le moindre sens. Vers quoi se fonderont les échanges ? Le prétexte « ouais mais certains n’en auront jamais assez » est absurde, c’est parce qu’on ne souhaite pas réguler ces problèmes qu’ils perdurent et créent ces inégalités.

                  Le pire dans tout ça, c’est le danger d’exclusion, si cette mesure était prise, ce décalage entre la société connectée au travail partie intégrante de la vie et celle inactive. Une sorte de société à deux vitesses.

                  J’ai même finalement l’impression que ledit texte présente une sorte de fuite en avant pour ne pas affronter les problèmes et encore moins les résoudre. Une sorte de négation du réel.


                  • dr.jambon-beurre dr.jambon-beurre 21 mars 02:23

                    @McGurk
                    Alors comme ça, l’argent pousse sur les arbres

                    Euh non, ce sont les machines qui travaillent à notre place de nos jours.

                    parce que l’on vit, droit de toucher sa « pension ».

                    Pourquoi pas ! Un nouveau droit universel, celui de pouvoir vivre décemment dans un monde où les gens ne sont plus autonomes car enfermés dans des clapiers sans jardins et où tout est marchandise. Et de toute façon, ça existe déjà, ça s’appelle le RSA. Mais c’est insuffisant pour vivre décemment.


                  • foufouille foufouille 21 mars 07:27

                    @McGurk
                    tu n’es plus sans emploi ?


                  • McGurk McGurk 21 mars 11:37

                    @dr.jambon-beurre

                    Les machines ? Ce ne sont que des outils nous permettant d’atteindre un but et non pas d’être oisifs. De plus, plus la mécanisation avance, plus il faut de personnes pour l’entretenir.

                    "car enfermés dans des clapiers sans jardins et où tout est marchandise. Et de toute façon, ça existe déjà, ça s’appelle le RSA. Mais c’est insuffisant pour vivre décemment.« 

                    C’est bien trop flou pour comprendre de quoi vous parlez ou bien de justifier quoi que ce soit.

                     »Et de toute façon, ça existe déjà, ça s’appelle le RSA. Mais c’est insuffisant pour vivre décemment."

                    J’y suis depuis un certain moment (sans emploi) et je peux vous certifier que c’est l’enfer de ne pas pouvoir bosser.


                  • McGurk McGurk 21 mars 11:38

                    @foufouille

                    Etre entretenu et rien avoir à foutre de ses journées est loin d’être une partie de plaisir. C’est à devenir dingue.


                  • foufouille foufouille 21 mars 11:53

                    @McGurk
                    apprends ou apprends à te débrouiller. tu as des tas de sites gratuit sur le net pour te former. tu peux faire du bénévolat ou récupérer dans les poubelles, etc. en 26 ans de maladie, je ne me suis jamais emmerdé un instant.


                  • McGurk McGurk 21 mars 12:08

                    @foufouille

                    C’est bien gentil mais ça n’arrangera pas grand chose.


                  • foufouille foufouille 21 mars 12:20

                    @McGurk
                    c’est ça ne pas avoir rien à foutre. à moins que tuu ne saches rien faire du tout de tes doigts.
                    un jour, tu seras vieux ou malade et tu trouveras cette période pas si pourrie.


                  • McGurk McGurk 21 mars 13:25

                    @foufouille

                    J’ai effectué récemment une formation. Ca n’intéresse hélas aucun employeur.


                  • foufouille foufouille 21 mars 13:56

                    @McGurk
                    fais en une autre ou essaye de créer une entreprise. trouve des hobbies.


                  • Jean Keim Jean Keim 21 mars 09:10

                    Le R.U. mis en place par les dirigeants actuels se traduira par une sorte d’allocation pour solde de tout compte.


                    • ZenZoe ZenZoe 21 mars 09:44

                      Ce qui se dessine surtout est un monde où le travail ne sera plus rémunéré. On aura d’un côté des rentiers, de l’autre des esclaves. Comme avant. Ou comme certains endroits de la planète.

                      Le travail ne disparaîtra jamais. Ce qui disparaît, c’est le travail payé à sa juste valeur. Et comme il faut bien des travailleurs pour produire des biens et servir les autres, il faut bien maintenir ces travailleurs en vie... mais juste en vie... pas trop, faut pas déconner non plus !


                      • Arnould Accya Arnould Accya 21 mars 09:50

                        Excellent article excellement utopique.

                        Vous avez parfaitement raison dans l’absolu et parfaitement tort dans cette réalité plutocratique qui n’a absolument aucune appétence au partage.

                         


                        • lephénix lephénix 21 mars 10:47

                          @ Jean Keim

                          c’est ce qu’il faut justement éviter : pas question d’une allocation a minima pour solde de tout compte mais une « prestation universelle » au-dessus du seuil de pauvreté qui consacre une reconnaissance comme membre d’une communauté


                          • lephénix lephénix 21 mars 10:49

                            @ Arnould Accya

                            l’absolu s’ajuste à la réalité humaine, il faut bien commencer par poser des principes de justice sociale et d’équité et en prendre la direction ce qui suppose de « changer de cap », chacun ayant bien compris que le « cap actuel » mène à l’abîme et la spoliation...


                            • lephénix lephénix 21 mars 10:55

                              @ Zen Zoe

                              il s’agit d’élever les travailleurs au dessus du seuil de pauvreté et ce d’autant plus rapidement que plus personne ne peut vivre décemment de son travail sauf une certaine parasitocratie qui verrouille son statut ses avantages aménagés pour leur bullshit jobs (lobbyistes etc) 

                              la nuisance et la ponction parasitaire qu’ils exercent sur la société est devenue insoutenable et ça se voit...


                              • lephénix lephénix 21 mars 10:58

                                @ McGurk

                                un revenu universel suppose que ses contributeurs en seront aussi les bénéficiaires par alternance, personne n’est exclu de la contribution et pas de passagers clandestins, bien sûr il faudra réinventer le métier de banquier : « l’argent » est bel et bien créé à partir de rien, tous les mois des milliards de fausse monnaie sont imprimés et propulsent le prix des ’actifs" à des niveaux stratosphériques, rendant inaccessibles des besoins aussi vitaux que celui de se loger...


                                • lephénix lephénix 21 mars 11:02

                                  @ novo 12

                                  vous mettez le doigt sur le risque majeur d’une « gouvernementalité algorithmique » analysés par eric sadin et bernard stiegler : un revenu universel attribué pour solde de tout compte dans une société automatisée « purement computationnelle » nous fait courir le risque d’une dépossession de ce droit élémentaire de nous gouverner nous-même au profit d’un leviathan algorithmique qui débrancherait lanceurs d’alerte et autres « sujets pensants » trop soucieux du « bien commun »...


                                  • Spartacus Spartacus 21 mars 11:45

                                    C’est beau l’utopie du revenu universel....  smiley

                                    Dommage que cela cache le pire de cette utopie, la spoliation généralisée.

                                    Les gens gentils, le bonheur pour tous et la vie à charge des autres, c’est tellement fantastique a dire, en ignorants les vils questions bassement matérielles....

                                    Qu’importe que Friedman nobel d’économie aie expliqué qu’il n’existe pas de repas gratuit.

                                    Qu’importe la loi économique de la tragédie des communs qui fait que le sens des responsabilités est moins élevé avec le bien commun que sa propriété.

                                    Qu’importe que le capitalisme a prouvé que la concurrence crée de la motivation et permet de donner le meilleur de soi pour et que le communisme c’est écroulé par l’absence de motivation a gagner plus.

                                    Qu’importe l’échec sans équivoque des Kibboutz Israéliens subventionnés et qui fournissaient de la nourriture locale et la même utopie du revenu fixe a tous.

                                    Ou à la fin les 2 qui bossaient réellement en avaient mare de regarder le 8 autres qui les regardaient en se branlant et bouffant leur récolte fruit des efforts d’une minorité.

                                    Si on appliquait cette utopie de donner sans compter aux relations sexuelles, on promettrait l’amour idyllique pour tous, sans voir que c’est le viol pour tous.

                                    Quel horreur de triste rappel de la loi de la question de la motivation. Pourquoi aller travailler puisque t’es payé a rien faire ?


                                    • biquet biquet 22 mars 09:48

                                      @Spartacus
                                      Il existe encore des tribus qui vivent en autarcie, sans aucun système d’échanges c’est à dire sans monnaie. là-bas, personne ne vit sur le dos d’un autre, du travail d’un autre. C’est difficile de retourner à ce mode vie j’en conviens, mais vos propos montre combien vos idées sont fixes, sans espoir d’évolution. Dans une société capitaliste, on ne peut s’enrichir que sur le dos des autres, car la recherche du profit ne peut se faire qu’en dégageant un profit, une plus value très importante, cela ne peut se faire à partir de rien.


                                    • Spartacus Spartacus 24 mars 10:24

                                      @biquet
                                      Vous faites la réponse. 
                                      « difficile de retourner à ce mode de vie ».
                                      Effectivement pas d’anti moustique ni de brosse a dent.
                                      Constat de l’échec de se mode de vie qui n’est qu’un fantasme idéalisé.

                                      Quand au capitalisme, on ne s’enrichit pas sur le dos des autres, car la concurrence vous motive a ne pas le faire.
                                      La plus value, c’est la motivation qui fait que le boulanger se lève à 4h du matin et vous avez un croissant.
                                      C’est aussi parce qu’il y a une plus value que la serveuse sourit en vous servant le croissant.
                                      Quand à « l’évolution », le capitalisme a fait 100 fois plus en seulement 150 ans que 1000 ans de féodalisme.
                                      Après l’empire Romain, en 400 les vandales mettent fin a Rome et la monnaie ne vaut plus rien en mettant fin a une société qui a fait de formidables évolutions, hygiène, thermes, aqueduc, etc, sur un principe apparenté au capitalisme... 
                                      C’est un age sombre du moyen age de 1000 ans qui a suivit.


                                    • Claire Claire 24 mars 15:57

                                      @Spartacus

                                      Friedman nobel d’économie aie expliqué qu’il n’existe pas de repas gratuit.
                                      ———————
                                      Saviez-vous que Milton Friedman est celui qui a théorisé l’idée d’un revenu universel versé à tous sous forme d’un impôt négatif ? smiley

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