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Accueil du site > Actualités > Société > Parcours complexe de supériorité

Parcours complexe de supériorité

S’il y a bien une chose à retenir de Parcoursup, c’est que l’algorithme n’est pas bienveillant. En fait, la machine ou le traitement automatisé ne peut pas être bienveillant. Parce qu’il ne permet pas l’interaction, tout simplement, pas d’argumentation, pas de cas particulier, pas de recours ou si peu et tellement balisé.

 

Rage against the machine

La neutralité de la machine n’est que celle que l’on veut bien lui accorder. La machine ne fait que le boulot pour laquelle elle a été programmée et le fait suivant les critères et les barèmes qu’on lui a assignés. De ce point de vue là, la machine n’est pas si neutre que cela, elle agit en fonction des intentions de ceux qui se cachent derrière.

En résumé, une machine qui trie en fonction des aptitudes à faire du vélo ne pourra en aucun cas être bienveillante pour les poissons. Sa seule neutralité, en fait, c’est de servir de paravent à l’humain ou au groupe d’humains qui a décidé délibérément d’exclure les poissons de la compétition.

L’absence de bienveillance de la machine est parfois compensée par la possibilité — souvent complexe et écrite en tout petit hors de la zone d’affichage de la page — de poser un recours contre la décision qui se cache derrière la fausse rationalité de la machine. En fait, ce qui rend encore supportable l’inhumanité de la machine, ce sont ses interstices et ses petits bugs. Et la possibilité de contester le verdict de la machine.

En l’absence de tout recours, la machine devient la méthode particulièrement malveillante d’administrer l’arbitraire. C’est une négation de l’homme et de la démocratie. Et c’est très exactement le rôle que remplit Parcoursup en dépouillant ses utilisateurs contraints et forcés de toute possibilité d’action sur leur propre destin. C’est une mécanique froide qui ne sert qu’à imposer le désordre absurde de l’arbitraire en le déguisant sous les oripeaux toujours mensongers de la neutralité de la machine.

L’automatisation du tri des destins de nos enfants n’est pas différente en soit de celle des machines à trier et broyer les poussins : c’est juste de la barbarie nickel chrome. Et elle complète le dispositif de plus en plus abouti et performant du tri automatique des déchets humains, des surnuméraires.

De ce point de vue-là, la seule utilité de Parcoursup est de rendre invisibles ceux qui décident et gèrent le vaste programme d’eugénisme social en cours.

Le régime de la rareté

Dans sa mécanique même, Parcoursup est également conçu pour que tous les triés soient en compétition les uns avec les autres. Là aussi, c’est toujours le même mécanisme à l’œuvre dans la perspective des confiscateurs. Alors qu’il est prévisible depuis 18 ans qu’une classe d’âge plus nombreuse finira par boucler son cycle d’études secondaires et frapper à la porte de l’enseignement supérieur, absolument rien n’a été fait pour prendre en compte cette donnée connue de tous et facile à anticiper.

ParcourSup est un pur produit du capitalisme : censé optimiser l’accès à l’éducation supérieure — convoitée parce que garantissant plus ou moins l’insertion sociale —, le logiciel se révèle au final un outil de plus de la gestion d’une file d’attente qui ne cesse de s’allonger aux portes de la prospérité toujours promise et jamais réalisée. La seule chose qu’organise concrètement Parcoursup, c’est le régime de la rareté amplifié à son extrême, puisque même ce qui était accessible par défaut, comme les universités, devient objet de compétition, de pénurie et d’exclusion.

Le fait d’avoir délibérément réduit la voilure de l’enseignement supérieur alors même que l’on attendait toujours plus de candidats en dit très long sur les intentions réelles des décideurs qui se cachent derrière les algorithmes. C’est absolument la même logique à l’œuvre derrière les plans santé qui, en réduisant systématiquement l’offre, ne tendent pas tant à vouloir limiter la demande par absence d’offre, mais bien à réduire les demandeurs eux-mêmes.

Dans ce contexte, la malveillance qui guide la mise en place de Parcoursup se révèle dans toute sa splendeur par la mise en place d’un dilemme du prisonnier à somme négative à l’échelle d’une génération : celui qui attend le plus longtemps est celui qui a le plus de chances d’obtenir ce qu’il veut, tout en sachant que sa victoire personnelle s’assoit sur une montagne de renoncements, d’espoirs déçus et de perspectives détruites.

Eugénisme psychologisant

La France est aujourd’hui le pays champion de l’OCDE… en inégalités scolaires. ParcourSup est le clou qui finit de refermer le cercueil démocratique. Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : hypnotisés par la grande course à l’échalote, les parents d’élèves, eux, souhaitent encore plus d’iniquité, pourvu que leur rejeton soit le canasson qui remportera la timbale.

Ce n’est probablement pas pour rien que le pays de Parcoursup est aussi celui de la cavalcade aux HP. Non pas comme Hôpital Psychiatrique (lequel fait pitié jusqu’à la charité !), mais bien comme Haut Potentiel… ce qui, en substance ne veut pas dire grand chose de plus que le fait que chaque parent, pris individuellement, est plus au moins convaincu d’avoir chié Mozart et Einstein comprimés dans un seul petit corps parfait.
Forcément, d’un simple point de vue statistique, il y en a beaucoup qui se trompent énormément.

Ainsi, voilà le défilé des parents angoissés dans le bureau du psychologue scolaire qui viennent réclamer à cor et à cri dérogation et école spécialisée afin de favoriser l’épanouissement de leur petit génie, à savoir : le mettre à l’écart et l’abri de l’influence nocive des médiocres majoritaires et de cette école de masse qui ne respecte décidément pas les aspirants premiers de cordée.

Et voilà comment les familles qui bénéficient déjà des meilleures conditions d’existence et du meilleur environnement scolaire cherchent encore à tirer leur avantage vers le haut en soutirant encore plus de ressources à la collectivité au détriment de tous les autres qu’ils traitent généralement par le mépris le plus complet. Ce sont évidemment les mêmes qui doivent être favorisés par les critères de tri de Parcoursup, parce qu’ils méritent d’avoir tous les choix quand les autres n’ont que la possibilité de renoncer pour espérer ne pas être éjectés.

Dans un cas comme dans l’autre, le moteur est la distinction, la ségrégation brutale qui ne dit pas son nom, le désir barbare et concret de concentrer toutes les ressources en éliminant ceux qui sont assignés comme surnuméraires.

À aucun moment, par contre, ne se pose la question de savoir si l’école — telle qu’elle est pensée et conçue aujourd’hui — est encore faite pour les enfants en général, s’il s’agit là du lieu de l’épanouissement et de développement des futurs citoyens et de l’ensemble de leurs nombreuses et très variables potentialités ou si c’est juste un immense centre carcéral voué au tri sélectif de jeunes humains en voie de robotisation avancée.


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85 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 2 juin 09:53

    Bonjour, Monolecte

    « il ne permet pas l’interaction, tout simplement, pas d’argumentation, pas de cas particulier, pas de recours »

    Tandis que le tirage au sort permettait tout cela ! smiley smiley

    Soyons sérieux : aucun système n’est jamais parfait, mais celui-là est à mes yeux une amélioration du précédent.

    Induire un minimum de sélection n’est d’ailleurs pas une tare : j’ai vu tant de jeunes se fourvoyer à l’Université parce qu’ils n’avaient pas le niveau ou avaient fait des choix inappropriés - au détriment d’autres jeunes nettement plus motivés qu’eux - que j’en suis venu à cette évidence d’une nécessaire sélection sur la base d’acquis réels antérieurs.

    En réalité, le problème posé concerne les élèves issus de lycées de quartiers populaires sensibles qui pourraient être victimes d’une forme de ségrégation. Là est le vrai danger. Et c’est pourquoi il faudra que soit faite une évaluation sérieuse et indépendante de Parcoursup 2018.


    • Fergus Fergus 2 juin 09:57

      « chaque parent, pris individuellement, est plus au moins convaincu d’avoir chié Mozart et Einstein comprimés dans un seul petit corps parfait. »

      Bonjour, la caricature ! Certes, il y a de nombreux parents élitistes qui projettent sur leur progéniture les rêves de puissance et de gloire qu’ils n’ont pu réaliser eux-mêmes, mais ils ne constituent pas, loin s’en faut, la majorité du genre ! La plupart des parents sont simplement lucides et sont en quête d’un débouché professionnel pour leurs enfants, pas d’un destin hors normes !


    • jmdest62 jmdest62 4 juin 07:55

      @Fergus

      Soyons sérieux : aucun système n’est jamais parfait, mais celui-là est à mes yeux une amélioration du précédent.
      Le « sérieux » selon @Fergus : « vaut mieux être non-voyant qu’aveugle »  smiley
      @+

    • jmdest62 jmdest62 4 juin 08:02
      @Fergus
      + sérieusement
      les défaillances, orchestrées de longue date , des organisations (Universités , SNCF etc...) servent maintenant de prétexte à toutes les contre-réformes .
      C’est bien ça le fond du problème...Parcoursup n’est qu’un « épisode » de plus.
      @+

    • Fergus Fergus 4 juin 09:19

      Bonjour, jmdest62

      Personnellement, je n’ai pas de position dogmatique et militante sur le sujet. Je ne pense pas que ce système soit plus mauvais que les précédents, mais contrairement à beaucoup de ceux qui s’expriment ici - dont vous-même -, j’attends les évaluations qui en seront faites.


    • jmdest62 jmdest62 4 juin 10:11

      @Fergus

      Salut
      Aucune évaluation ne pourra résoudre le pb de fond du manque chronique de place dans de trop nombreuses filières.
      @+

    • Fergus Fergus 4 juin 16:39

      Bonjour, jmdest62

      « Manque chronique de places » ou trop grand nombre de postulants qui n’ont pas le niveau ???


    • jmdest62 jmdest62 4 juin 16:59

      @Fergus

      et pourquoi n’ont-ils pas le niveau ?
      on risque de tourner en rond non ?
      @+

    • jmdest62 jmdest62 4 juin 17:02

      @Fergus

      « Personnellement, je n’ai pas de position dogmatique et militante sur le sujet »
      C’est la manière LREM de dire « je m’en fous , je suis pas concerné »
      @+

    • Fergus Fergus 4 juin 17:40

      @ jmdest62

      Tout ce qui concerne les jeunes me concerne. Certes, je n’ai pas d’enfant en âge de postuler à des études universitaires, mais ce sera le cas de mes petits-fils dans quelques années. Qui plus est, la question est d’une telle importance que chacun de nous doit se sentir concerné en toutes circonstances !

      Pour ce qui est du « niveau », j’aurais dû ajouter le mot « motivation », l’absence de celle-ci étant l’un des problèmes posés aux filières universitaires.


    • jmdest62 jmdest62 5 juin 06:03

      @Fergus

      Salut
      j’aurais dû ajouter le mot « motivation »,
      Vous avez raison la motivation fait parfois défaut quand pour suivre les études de son choix il faut aller à des centaines de KM ,trouver un appart et un p’tit boulot pour payer l’intendance et ses études etc......alors , le + souvent on se rabat sur ce qu’il y a à proximité de chez soi et on laisse tomber rêves et ambitions .
      @+

    • Fergus Fergus 5 juin 09:47

      Bonjour, jmdest62

      Votre propos est caricatural marqué tant il est teinté d’idéologie !

      Soyons sérieux : mon propre fils, après être passé par Henri IV, a refusé d’aller vers un parcours élitiste de grande école et, pour l’ambiance en fac, a choisi l’ingénierie universitaire au vu de ses résultats en maths et physique. Une grosse erreur : il a rapidement compris que cela ne l’intéressait pas et s’est détourné durant un an vers le... reggae, à défaut d’avoir choisi la voie qui l’aurait véritablement motivé : la sociologie.

      Or, des cas comme celui-là, j’en ai connu pas mal, ayant été en contact, dans le milieu sportif, avec de nombreux jeunes dont j’ai pu observer les tribulations universitaires. Or, je précise qu’aucun de ces jeunes fourvoyés dans un discipline qui ne leur convenait pas, n’avait de problème d’hébergement et de subsistance : tous vivaient à Paris dans un foyer de classe moyenne !


    • jmdest62 jmdest62 5 juin 10:46
      @Fergus
      Votre propos est caricatural
      °
      Je vous retourne le compliment .....
      Vous avez vos constats , j’ai les miens.
      beaucoup de jeunes n’ont pas la possibilité matérielle de se fourvoyer et de passer deux ans à faire de l’ingénierie ..puis du reggae .
      et comme vous l’indiquez fort justement : Seuls les fils de « bourges » peuvent se permettre ce genre de fantaisie , ce faisant avec parcoursup , ils prennent la place d’ autres , peut être plus motivés , qui se retrouvent à se contenter de ce qui reste.
      « L’égalité des chances » ...C’est de l’idéologie ...et alors ?
      @+

    • Fergus Fergus 5 juin 11:17

      @jmdest62

      « avec parcoursup , ils prennent la place d’ autres , peut être plus motivés »

      Certes ! Mais c’était encore pire avec le tirage au sort qui excluait des jeunes particulièrement déterminés et qui avaient obtenu leur bac avec de très bonnes notes (voire avec des mentions) au profit d’autres jeunes nettement moins motivés et qui, pour certains, avaient décroché leur bac de justesse.

      Comme je l’ai écrit initialement, aucun système n’est parfait. Et c’est pourquoi je vous engage à faire comme moi : attendre les évaluations pour savoir s’il faut ou non condamner Parcoursup.


    • jmdest62 jmdest62 5 juin 12:40

      @Fergus

      attendre les évaluations pour savoir s’il faut ou non condamner Parcoursup.
      Vous êtes têtu ...moi aussi
      Je me fous de savoir si parcoursup est meilleur ou pire que le tirage au sort puisqu’on sait déjà que des jeunes resteront sur le carreau faute de places.
      C’est le manque de places le pb ...pas la méthode d’attribution. smiley
      @+

    • jmdest62 jmdest62 5 juin 12:48
      @Fergus
      A votre avis qu’est ce qui finalement coûte le plus cher :
      1) avoir trop de places à l’école , à la fac , dans les hôpitaux pour bien gérer le service public
      ou bien
      2) pas assez et ensuite gérer le manque de formation , la délinquance , la misère sociale.
      °
      et ça n’est pas QUE de l’idéologie
      @+

    • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 2 juin 10:43
      Parcour’sup c’est une mauvaise idée autour d’un faux problème mise en oeuvre par des ignorants. Cela coûte cher et sème le chaos.

      Le pire c’est que cette recette tragique est désormais devenu la norme à tous les niveaux de la société.

      • Dudule 2 juin 13:50
        Tout à fait d’accord globalement, Parcoursup c’est du n’importe quoi, mais personne ne semble avoir relevé, à ma connaissance, un défaut particulièrement sournois du bidule : il ne tient aucun compte des résultats au bac.

        Avant, des élèves étaient sur liste d’attente dans certaines écoles ou universités sous réserve de leurs résultats au bac. Là, non, juste des listes d’attente en fonction des désistements.

        Le bac c’est relativement égalitaire : tout le monde planche sur les mêmes sujets. Mais non, il vaut mieux sélectionner les étudiants sur leur lycée d’origine, c’est à dire sur leur milieux social. Parce que c’est ce qu’il se passe.

        Faites le bilan du machin : pour être pris dans une université ou école, il faut faire une lettre de motivation est envoyé son dossier (on voit bien qu’on a un gouvernement de DRH en passant...). Le mode de sélection est opaque, au point que des futurs bacheliers avec d’excellents dossiers venant de quartiers populaires sont refusés alors que d’autres venant de lycées plus bourgeois sont pris aux mêmes endroits, avec de bien plus mauvais dossiers. De nombreux exemples sont déjà documentés. Et là dessus, les résultats au bac ne comptent pas. Un élève peut avoir mention très bien, ça ne le fera pas remonter la liste d’attente si un élève placé devant lui à eu son bac péniblement à l’oral de rattrapage. C’est du grand n’importe quoi...

        Pour moi, c’est clair : comme écrit dans l’article, on est sur un pic démographique qu’il était facile d’anticiper, et, pour des raisons d’obsession budgétaire débile (ou d’autres raisons inavouables), nos gouvernements successifs n’ont pas voulu en tenir compte depuis des années. Aujourd’hui, il n’y aura pas assez de place pour tout le monde dans beaucoup de filières, et peut-être pas de place du tout pour certains. Mais on s’en fout, on garde les bonnes places pour les rejetons des classes supérieures et moyennes (électeurs macroniens et rejetons de la classe dominante) et que les pauvres se dém...rdent, quels que soient leurs talents et leur sérieux.

        Et on fait passer le bac à la trappe à terme. La « réforme » est déjà amorcée, comme par hasard, une réforme qui, à nouveau comme par hasard, limite l’écris (copies anonymes) au profit de l’oral. Le bac, ça coûte cher (enfin, c’est très relatif), et c’est très égalitaire (en faisant abstraction des différences de milieu social qui influent sur les résultats scolaires en général). Deux tares rédhibitoires pour nos Premiers de Cordée.

        Vous allez voir que dans quelques années ils remplaceront le bac par le contrôle continu (en entrainant bien sûr, une possibilité non négligeable de voir des dossiers scolaires « à la tête du client »), en arguant du fait qu’avec Parcoursup le bac et ses copies anonymes ne sert plus à rien... ben voyons...

        Ce sont des libéraux au pouvoir. Les libéraux, ça triche, ça vole, ça ment. Quoiqu’ils disent, regarder toujours ce qu’ils essayent de cacher. Il y a TOUJOURS une saloperie quelque part. Ils ont une mentalité de maquignons qui essayent de vous refiler un cheval boiteux. C’est précisément comme ça qu’ils fonctionnent, c’est leur vision du monde, leur cosmogonie.

        • sleeping-zombie 2 juin 16:48

          @Dudule

          il ne tient aucun compte des résultats au bac.

          Les admissions en grandes école n’ont jamais tenu compte du résultat du bac. Pour une simple raison de calendrier : les listes sont arrêtées courant juin, les résultats du bac mi-juillet (voir septembre pour le rattrapage).
          ParcourSup n’a pas vocation à révolutionner le système, juste à afficher une certaine forme de transparence

        • Dudule 2 juin 17:57
          C’est faux.

          L’admission au très grandes écoles ce fait sur concours après les classes préparatoires, pas après le bac, et la liste d’attente d’entrée aux meilleurs prépas dépendait bien des résultats au bac. Les résultats du bac c’est fin juin ou tout début juillet, si vous les avez mi juillet, c’est que vous êtes allé en rattrapage, et ça les filières sélectives n’en veulent pas de toutes façons. Je doute fort qu’un élève qui avait été préalablement admis en prépa à Louis le Grand n’était pas éjecté des listes s’il n’a pas son bac début juillet parce qu’il était allé en rattrape, à moins d’un certificat médical en béton.

          Pour les écoles avec prépa intégrée, pareil. J’ai vu beaucoup d’élèves bosser le bac à fond pour une mention qui les ferait remonter dans la liste d’attente de l’ENAC, par exemple. Même chose dans les BTS et DUT.

          Quant à la transparence, non, Parcoursup n’est absolument pas transparent. C’est le règne de l’arbitraire pur et simple. Les présidents d’université, qui avaient déjà tendance à se prendre pour des grands féodaux depuis l’« autonomisation » des universités, font ce qu’ils veulent.. L’algorithme ne gère que les listes d’attente, pas les critères d’admission. Vous me direz avec raison que ça ne change rien par rapport à ce qui se faisait avant, sauf que Parcoursup ajoute une dose massive à la déshumanisation du système, et pas seulement parce qu’on ne tient plus compte des résultats du bac. Le tirage au sort était déjà un scandale, mais là c’est pire. Cette sélection sur dossier avec lettre de motivation, c’est absolument grotesque !

          Ça commence à tanguer dans les quartiers populaires. Les jeunes se connaissent et ils ne comprennent pas pourquoi certaines de leurs connaissances issues de quartiers et de lycées plus bourgeois sont admis avec de bien moins bons dossiers que le leur, alors qu’eux mêmes sont refusés.

          Vous pouvez être sûr aussi que l’État n’ayant tenu aucun compte de la poussée démographique (et Macron n’est pas seul en cause, elle est dans les tuyaux depuis 18 ans !), certains vont carrément rester sur le carreau. Il n’y a simplement pas assez de place pour tout le monde. Vous allez voir que des étudiants qui avaient postuler à l’Université vont se retrouver en BTS de gestion en alternance... Mais pas grave, les premiers de cordée pensent que c’est là leur place s’il n’était pas foutu de naitre au bon endroit... Ceux qui ne sont riens sont en fait quelque chose : une variable d’ajustement.

        • sleeping-zombie 3 juin 07:14

          @Dudule

          Il n’y a simplement pas assez de place pour tout le monde.

          Tout est dit, qu’on ne donne pas à ParcourSup une mission impossible.

          je veux bien te croire pour le reste, mes réflexions étaient fondées sur ma propre expérience d’un système que j’ai quitté il y a 20 ans, je m’en suis rendu compte après avoir posté. Mais ce que tu décris le rejoint :
          1. Lycée
          2. Prépa où on est admis « sous réserve d’avoir le bac »
          3. Grande école où on est admis seulement en fonction du résultat du concours d’entrée.
          Dans ce système-là, la mention au bac n’est qu’honorifique.

          Après, si j’avais à redessiner le système, je m’attaquerai plutôt à « pourquoi imposer X épreuves pour rentrer dans X école, alors que ces épreuves sont censées mesurer la même chose ? », les écoles devraient se regrouper centrales (...) et mutualiser leur procédures d’admission.


        • sleeping-zombie 3 juin 07:34

          @sleeping-zombie

          Et aussi « pourquoi des prépas aux grandes école alors que les écoles elles-même sont des préparations à la vie active ? »

          Ca me rappelle le bac, mais avant ça le « bac blanc », et avant ça le « pré-bac blanc »... c’était juste ridicule, et je pense pas que ça ait disparu en 20 ans :D

          (....)
          Pour en revenir au sujet, le problème, c’est celui de la sélection.
          Si, au final, il y a un supermarché avec un directeur et 20 caissiers, et que tout le monde veut être directeur (va savoir pourquoi), on doit mettre en place un filtre à un moment où un autre.

          Si on met le filtre en toute bout de chaine (le CV choisi par le propriétaire du supermarché), on se retrouve à avoir connement formé 20 personnes à être directeur, alors qu’une seule fera le boulot. Gros gâchis d’environ 100 ans d’études.
          Si on met le filtre en tout début de chaine (aucun CV, c’est l’enfant du propriétaire/directeur actuel qui aura le job), on se retrouve avec une forte proportion d’incompétents à des postes où l’incompétence fais des dégâts.

          C’est quoi la solution magique ?


        • gogoRat gogoRat 2 juin 14:30

           Comment oser (cf ’sapere aude’) suspecter un défaut de capacité à pousser leur propre raisonnement chez des ’premiers de cordée’ cautionnés par un génie des mathématiques ? 
           En fait, nul ne saurait se fourvoyer dans une telle hypothèse ou prétention.
           Mais ne serait-il pas alors beaucoup plus plausible que le commun du peuple en vienne à se demander pourquoi chez tant d’éducateurs, pédagos, formateurs, ... le raisonnement qui « tourne en route comme un toton », arrive si bizarrement à tourner court devant le moyen ou long terme. 
             
           Quelle ’posture’ saurait-elle nous empêcher de surenchérir cette remarque ? :

          «  Alors qu’il est prévisible depuis 18 ans qu’une classe d’âge plus nombreuse finira par boucler son cycle d’études secondaires et frapper à la porte de l’enseignement supérieur, absolument rien n’a été fait pour prendre en compte cette donnée connue de tous et facile à anticiper. » 
             
           - Pourquoi seulement « depuis 18 ans’ ?
            à moins d’arriver à trouver raisonnable ?, cohérent ? que les ceusses qui usent, pour justifier, émoluments, postes et postures, statuts et positions sociales, de l’argument d’un service dit ’démocratique’, ... trouvent ’en même temps’ honnête d’utiliser la contribution de tous pour n’en laisser ’arriver’ qu’une proportion réduite ?!
           
           Il ne s’agit pas d’une  »donnée facile à anticiper" ! Mais bien plutôt d’une promesse foireuse !
           La posture ontologiquement illogique étant de prétendre oeuvrer à permettre au plus grand nombre de rejoindre une proportion limitée des ’meilleurs’ ;
           ce qui, au passage, est un objectif aristocratique prouvant le contre-sens par lequel des postures peuvent tordre les prétendus objectifs démocratiques !

           Conduire ne peut être un service que pour les ceusses qui demandent à être conduits. 
           Celles et ceux qui visent à un développement mature et ouvert ne rêvent-ils que d’être conduits ou de conduire autrui ?
           
           Concernant le ’travail’, puisque le sujet semble ici être traité de façon connexe : lire, et relire, encore une fois (’tous les grand mots, ré-essayez-les’ ...) le fameux ’In praise of idleness’ 
           ( i e : tomber dans le piège de vouloir encore du ’travail’ -mot/concept à géométrie variable- pour tous , n’est plus digne de notre époque ! )

          • sleeping-zombie 2 juin 16:45
            Bonjour Monolecte,

            Tu mets sur le dos de ParcourSup des choses qui n’ont rien à voir, principalement :
            -la hiérarchie des études
            -et la pénurie des écoles les plus demandées (forcément, dès qu’il y a hiérarchie...)

            Tu fais l’apologie de l’humanité de l’arbitrage, face à la froideur de l’algorithme, mais tu oublies de préciser que, dans un contexte de pénurie, pour chaque arbitrage positif, il y a quelqu’un en bout de chaine qui dégage.
            L’humanité du recours est le terreau de la corruption.

            En imposant une forme de transparence (toute relative d’ailleurs), ParcourSup limite les abus potentiels, et même s’il n’y en avait pas, les soupçons d’abus potentiels.

            La forme n’est peut-être pas aboutie, mais le principe n’est pas condamnable en soi..

            • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 3 juin 00:48

              @sleeping-zombie


              La tragédie de Parour’sup c’est de dire avec trois ans de retard que le petit jeunot s’est trompé de voie.

              Le mec sans le Bac m’a fait un devis de 7000 euros pour trois jours de travail en maçonnerie hautement spécialisée (un compagnon qui redresse le mur d’un ancien chateau)
              Le mec avec un diplôme des beaux arts BAC+5 qui m’a fait un devis pour 700 euros pour une charte graphique qui a dû lui prendre bien plus d’une semaine de travail et toute sa vie d’ado pour analyser les normes et se créer un style.

              L’illusion de la hiérarchie des études est totalement reproduite dans Parcour’sup. Avec les bourgeois qui s’étonnent que leur progéniture avec un BAC+7 de droit ne fasse pas le poids face à quelques gigas de mémoire dans le serveur d’une startup quelconque.

              Votre désir de transparence vaut que dalle.


            • sleeping-zombie 3 juin 07:24

              @La Voix De Ton Maître

               Je suis d’accord qu’au final, la seule chose qui « compte », c’est le pouvoir de négociation. Et être le seul à savoir faire un boulot donne un sacré un poids.

              Mais là, on parle de ParcourSup, pas de « pourquoi est-ce que tout le monde trouve ok de payer un pharmacien 10.000€ par mois, alors que c’est basiquement un épicier ? »

              Ce sont deux problématiques distinctes. Et ce que je reproche à l’auteur(e/ice ?) c’est justement d’en faire la confusion.

            • C’est ce qui s’appelle : tenir la dragée haute. Maintenir le manque sans jamais le satisfaire.


              • Xenozoid Xenozoid 2 juin 18:53
                @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                ça veux dire se masturber sans jamais être satisfait ?

              • @Xenozoid


                D’une certaine manière. :)

              • J’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui m’ont dit : fais ce que tu veux dans la vie, du moment que tu es heureuse. Et bien, cela m’a bien servi.


                • TOUT cela pour dire, l’enfant qui remplace le phallus parental en manque : la cata. Par contre, je n’aurais jamais fait d’enfant sans père, ni en le coupant de sa filiation. Je sais l’importance des choix de vie par rapport à nos ancêtres.


                  • Xenozoid Xenozoid 2 juin 19:48
                    @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                    demande a monolect si il a un sofa.,relax, on savait que tu étais obsedé, maintenant il faut assumer et prendre du recule...lol

                  • Wildbill 2 juin 22:46
                    Donc en fait le problême de Parcoursup,c’est pas que ça marche pas,c’est que le français ne peut pas se plaindre d’être traiter injustment vu qu’il a affaire à une machine qui traite tout le monde de la même façon.
                    Evidemment,si on enlève au français la possibilité de se plaindre,de chialer que la vie est injuste,ça peut aller loin.
                    On a coupé des têtes comme ça dans la passé.

                    • cassini 2 juin 22:58

                      Vivement qu’on en revienne au simple brevet supérieur 



                      pour être instituteur, puisqu’on en sait alors plus que nécessaire pour ce qu’on a à enseigner. 
                      On fera de même pour une foule de métiers à l’accès ridiculement subordonné à des diplômes surdimensionnés, et on découvrira, Ô miracle, que le boulot n’est guère plus mal fait, que les travailleurs ne sont plus aigris de faire de basses besognes avec leur doctorat, et que les trois quarts des parcours individuels en faculté ne sont que des années d’enjolivement de sa culture personnelle aux frais de tout le monde.


                      • sleeping-zombie 3 juin 07:45

                        @cassini

                        et que les trois quarts des parcours individuels en faculté ne sont que des années d’enjolivement de sa culture personnelle aux frais de tout le monde.
                        Tu présentes ça comme si c’était une mauvaise chose...

                        Ce n’est jamais que 3-4 ans de retraite. Sauf qu’elles sont prises avant la vie active et pas après.

                        A partir du moment où on préfère embaucher un type de 40 ans plutôt que 70 ans, faut bien trouver quelque chose pour les vieux.

                        Et a partir du moment où on préfère embaucher un type de 40 ans plutôt que 20 ans, faut bien trouver quelque chose pour les jeunes.

                        Parce que la réalité, c’est qu’on est dans un monde où pour nourrir tout le monde il suffit de faire travailler la tranche d’âge 25-55. Après, c’est juste « comment on s’organise ? »

                      • cassini 3 juin 09:34

                        @sleeping-zombie

                        ==============
                        Vous présentez ça comme si c’était une mauvaise chose....
                        ==============

                        Cela dépend du stade d’organisation atteint, que vous évoquez à la fin. Prendre sa retraite avant de travailler ne revient généralement pas à la prendre aux frais du même bailleur d’argent que la prendre après. Là est une grosse part du souci. 

                        Je m’en suis très bien tiré :
                        - les classes préparatoires de ma progéniture se sont déroulées sans aucun frais autre que son entretien courant : hébergée à la grande ville par sa grand-mère.
                        - sa grande école ensuite lui conférait le statut et le salaire de fonctionnaire stagiaire, et la logeait. 
                        Ainsi, j’ai coupé à des frais de scolarité « américains », à des années d’entretien d’une personne déjà salariée, au rackets des loueurs de chambres d’étudiant. 
                        Voilà des études valables ! smiley
                        Je le suis contenté de payer comme contribuable la licence de psycho des grandes filles inutiles qui attendent un mari. Mesquinerie assumée.

                        Pour ce qui est de me cultiver, je ne fais que ça depuis des décennies à mes frais. 




                      • gogoRat gogoRat 3 juin 11:33

                        @sleeping-zombie

                         Enfin une remarque constructive ! :  «  pour nourrir tout le monde il suffit de faire travailler la tranche d’âge 25-55. »

                            
                         Ajoutons à cette remarque celle du grand mathématicien-philosophe Bertrand Russell qui disait, déjà au début du siècle précédent, qu’il aurait suffit pour la même chose de travailler 4 heures par jour 
                        ... et gageons qu’aujourd’hui, il suffirait même de laisser travailler seulement 4 heures par jours les 25-55 ans qui le veulent, pour nourrir tout le monde !
                           
                          Notons bien, tout de même que ’nourrir’ tout le monde’ n’est pas, en même temps, ’propagander tout le monde’, amuser la galerie, la divertir/pourrir, la fournir en armes, drogues, sex-toys, détritus anti-écologiques, poisons et idéologies au-dessous de la ceinture du genre Freudisme et tous les trucs ’-isme’ ...
                          
                         Comment on s’organise ? 
                         Dans une aristocratie : les auto-proclamés ’meilleurs’ cherchent des ’meilleurs’ pour organiser les non-meilleurs
                         Dans une démocratie, chacun devrait reconnaître à tous les autres et à soi-même le droit et l’objectif d’accéder à un minimum de loisir, d’accès à l’otium, pour, justement, que puisse être partagés la préoccupation, la faculté et l’effort de cette organisation !
                          Ceux qui s’effrayent d’un investissement collectif destiné à libérer l’accès pour tous et pour chacun/chacune à cette participation individuelle et collective, sont des menteurs et des malhonnêtes dès lors qu’ils prétendent respecter l’objectif démocratique revendiqué par notre Constitution !
                          
                         Les pompiers volontaires attendent-ils d’être payés pour porter secours ? 
                         Qui croirait qu’un Revenu Minimum d’Existence empêcherait les bonnes volontés de contribuer à cet effort vital, heureusement minimalisé par les avancées de l’art humain, qui consiste à vouloir ’nourrir tout le monde’ ?! 
                          Les bonnes volontés suffiraient, alors pourquoi vouloir contraindre, stigmatiser, mettre au ban ... celles et ceux pour qui l’obligation ne saurait remplacer la liberté indispensable à la possibilité de la vertu ?

                      • gogoRat gogoRat 3 juin 12:31

                        ( ’rapport avec la choucroute’ d’un sujet annexe, mais vu aussi comme connexe par cet autre auteur d’Avox : 
                           https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-psychanalyse-est-elle-l-autre-118372 
                        , dont ces citations :

                        La formation des travailleurs sociaux, des éducateurs spécialisés et d’une bonne partie des pédagogues, soignants et paramédicaux spécialisés a surinvesti les apports de la psychanalyse dans la compréhension des phénomènes humains, au point d’en constituer la doxa de tout savoir professionnel et, plus encore, d’une certaine [QQ]ulture, à la charnière entre arts, littérature, et langage des métiers de l’humain…

                         - Il reste l’immense réserve de référence idéologique que constitue la pensée professionnelle des psychologues cliniciens qui interviennent dans les écoles, les services de la petite enfance, dans les services sociaux, mais aussi celle des assistantes sociales, des éducateurs spécialisés et moniteurs-éducateurs, intervenant auprès d’enfants, d’adolescents et de familles en difficulté, ainsi que d’orthophonistes et de psychomotriciens, d’enseignants également.
                         -)


                      • @gogoRat


                        Merci de ne pas juger la théorie mais celui qui utilise l’outil comme dans n’importe quelle profession.

                      • gogoRat gogoRat 3 juin 13:15

                        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                         un physicien ne commet pas l’absurdité de juger une quelconque théorie. 
                         Tout au plus peut-on se contenter d’apprécier justesse, cohérence, adéquation avec les observations et prises de mesures personnelles ou témoignées, pertinence de s’y référer pour approcher des objectifs affichés ...
                         Par ailleurs, n’est-il pas évident, au vu des citations rapportées, que l’idéologie (ou l’idéologisation) n’impacte pas que des ’professionnels’ ?

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