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Télétravail(s)

La généralisation du télétravail aura de nombreuses conséquences, mais lesquelles exactement et pour qui ?

Lors de la période du confinement des dizaines de milliers d’entreprises et des millions de salariés ont découvert le télétravail. En France un actif sur cinq aurait télétravaillé pendant cette période de l’épidémie. Depuis, on assiste un débat récurrent sur la place que va prendre, dans le futur, le télétravail dans la vie des individus et des organisations. Évidemment pendant le confinement il s’agissait d’une forme de télétravail particulière, puisqu’il était contraint, intégral (tout le temps de travail était effectué en télétravail) et provisoire (on savait que la période de confinement aurait un terme). Dans un mode plus classique on aura un télétravail choisi, partiel et pérenne – ou en tout cas sur une longue durée – et il n’aura pas les mêmes caractéristiques ni les mêmes conséquences sur les individus et les organisations. Ils et elles devront appréhender correctement ce que cela signifie en faisant attention à l’interprétation « faussée » du télétravail qu’a pu entraîner le confinement.

C’est ce que nous allons tenter de faire dans cet article, notamment en articulant les trois dimensions liées au télétravail que sont les dimensions personnelles (l’individu), organisationnelles (l’entreprise) et sociales (la société).

 

Pour les salariés

Pour les salariés (par commodité nous désignerons comme salariés les individus qu’ils soient salariés d’une entreprise ou membres d’une organisation collective comme une association), l’intérêt évident, immédiat et valable pour tous du télétravail est le gain de temps lié à l’absence de transport pour se rendre sur son lieu de travail. Son corollaire est aussi une réduction de la fatigue et du stress induits par les trajets, que ce soit en transport collectif ou individuels. Cela est plus particulièrement vrai dans les grands centres urbains et leurs banlieues, où les temps de trajet peuvent être particulièrement longs – 44 minutes en Ile de France pour l’aller domicile/travail ! –, incertains et pénibles. Les usagers de la RATP aux heures de pointe ou du périphérique parisien savent bien de quoi je parle !

Parfois il peut y avoir aussi un gain financier si le salarié n’est pas compensé pour ses dépenses trajet-domicile par son employeur et n’a plus à se déplacer.

Mais au delà de cette caractéristique commune et positive à tous les salariés en télétravail, tous ses autres effets vont dépendre de situations individuelles et peuvent être vécus de façon très différente :

  • le gain de temps évoqué plus haut peut être, pour certains, utilisé pour des tâches personnelles, privées (emmener ses enfants à l’école, faire du sport..), mais il peut aussi dans certains cas devenir du temps de travail. Dès lors du temps de travail supplémentaire se substitue au temps de trajet, et cela peut conduire à une forme de surinvestissement dans son travail, avec une frontière de plus en plus poreuse entre vie privée et vie professionnelle,

  • les conditions effectives du télétravail sont très disparates. Certains peuvent aménager un espace dédié chez eux, au calme, avec l’équipement adéquat et avec un bon niveau de connectivité. A l’inverse d’autres n’ont pas cette possibilité et vont bricoler comme ils peuvent un pseudo bureau, qui peut être un PC sur la table de la cuisine, ou dans leur lit. En outre la présence au domicile d’autres personnes travaillant en même temps et/ou d’enfants, notamment en bas âge, peut singulièrement compliquer la possibilité de travailler dans de bonnes conditions. Il y a là une inégalité importante, et souvent oubliée, dans la capacité à travailler depuis chez soi. D’ailleurs les conditions de télétravail sont à comparer aux conditions de travail sur site pour évaluer leur intérêt pour chaque salarié. Entre un open space bruyant et sans climatisation sur le site lointain de l’entreprise et un beau bureau aménagé dans sa maison, à l’écart, on imagine que le choix est vite fait. A l’inverse les conditions de travail à domicile peuvent être bien moins bonnes que dans l’entreprise et justifier le trajet,

  • la nature même de son travail influe sur la possibilité de le faire correctement. On peut imaginer que le salarié d’un centre d’appel qui passe sa journée au téléphone préfère être chez lui qu’au milieu d’un plateau car il peut disposer de tous les outils pour le faire aussi efficacement. En revanche pour un emploi qui suppose de nombreux contacts informels avec ses collègues, des échanges constants et met en oeuvre des problématiques d’innovation, le télétravail va rendre beaucoup plus difficile l’atteinte des mêmes objectifs. Ici se pose plus largement la question du collectif et la capacité du salarié à se considérer comme membre d’un groupe ou d’une équipe si les contacts physiques sont de plus en plus rares. Cela peut avoir une influence sur son bien-être, sa performance, et au delà sur la capacité des organisations à maintenir un sentiment d’appartenance à une collectivité et des valeurs communes sur la durée.

On voit ici que du point de vue du salarié on a de nombreux éléments qui peuvent influer sur l’intérêt de télétravailler, ce qui rend nécessaire d’analyse les situations quasiment au cas par cas. Néanmoins on peut conclure en évoquant un point sur lequel nous reviendrons : le télétravail fragilise la position du salarié. A partir du moment où on peut réaliser un travail donné à distance – ce que (dé)montre le télétravail –, grâce aux outils technologiques de communication et de collaboration, à terme la tentation peut être grande de faire réaliser les mêmes tâches sur d’autres territoires, concrètement de délocaliser. Le risque pour le salarié qui aura quitté la région parisienne pour travailler depuis la banlieue nantaise, ou pour le salarié qui sera parti vivre à la campagne c’est que son employeur considère qu’il peut tout aussi bien employer quelqu’un dans la banlieue de Rabat ou de Montréal pour réaliser le même travail. Après les délocalisations industrielles le télétravail pourrait être le catalyseur de délocalisations tertiaires.

 

Pour les entreprises

Du côté des entreprises le plus souvent la raison invoquée pour étendre la pratique du télétravail de façon plus importante – et parfois la seule – est une raison financière : si une part significative des salariés est en télétravail, les besoins en immobilier vont être bien moins importants – les salariés travaillant chez eux, cela se traduit pas des économies en matière de locaux et d’équipements. On trouve peu de chiffres fiables sur le coût du poste de travail mais une étude l’ARSEG, qui est une association professionnelle, évoque le chiffre de 13 500 euros en France par salarié et par an.

Ce raisonnement économique est évidemment surtout valable pour des entreprises tertiaires, et dès lors il n’est pas étonnant que des entreprises comme Facebook ou Twitter aient fait des annonces marquantes sur le sujet, en évoquant le télétravail comme le mode de fonctionnement dominant à terme – la plupart de leurs employés peuvent en effet travailler facilement à distance. Néanmoins on voit aussi des entreprises industrielles comme PSA faire des annonces en ce sens pour leurs populations de cadres et d’ingénieurs.

Au global iI est difficile d’apprécier les économies potentielles réalisables par les entreprises ; cela dépend du nombre de salariés qui vont basculer en télétravail et du pourcentage du temps passé à leur domicile – cela détermine le niveau minimal de locaux à conserver –, cela dépend de la localisation des bureaux/locaux de l’entreprise – réduire la taille de ses locaux au centre de Paris ou de Lyon ou en grande banlieue ne se traduira pas par les mêmes économies… Par ailleurs si les coûts immobiliers représentent une petite fraction des coûts de l’entreprise, même en les réduisant de 50% les gains finaux resteront modestes…

Il faut aussi noter qu’un régime de télétravail sur la durée impliquera sans doute des coûts d’équipement des salariés à leur domicile (bureau, connectivité…), voire des compensations financières, et sans doute aussi la nécessité de payer pour des tiers lieux (espaces de réunions et de coworking décentralisés) pour que les salariés puissent se regrouper près de chez eux de temps en temps. Elle imposera dans tous les cas de repenser les espaces de travail en multipliant les bureaux de type flex ou les espaces de réunion. Le travailleur « nomade » aura des besoins différents du travailleur classique.

Dans ce contexte une hypothèse implicite faite par les entreprises qui souhaitent étendre le télétravail, mais qui demande à être validée sur la durée et qui dépend comme nous l’avons vu de la situation particulière de chaque entreprise et de chaque salarié, est que les salariés sont demandeurs de plus de télétravail et seront in fine plus contents et donc plus productifs. Or cette question de la relation entre télétravail et productivité ne peut être abordée, à notre avis, qu’au cas par cas, en fonction des typologies d’entreprises et d’emplois.

Enfin une extension importante et permanente du télétravail pose avec acuité la question du management et du sentiment d’appartenance à l’entreprise sur la durée. Comment maintenir une cohésion d’entreprise forte si les salariés ne sont pas souvent ensemble, se voient peu ? Comment gérer des équipes à distance ? Comment reproduire ces moments informels d’échanges – le repas à la cantine, la discussion à la machine à café, parfois le trajet en transport – si importants pour faire émerger des idées, faire vivre les organisations, et permettre l’irruption de l’imprévu. On raconte que Steve Jobs portait une attention toute particulière à l’architecture des bâtiments de ses entreprises pour forcer les interactions entre le salariés. Comment reproduire cela lorsque les gens seront chacun chez eux ? Alors bien sûr on voit fleurir les guides de bonnes pratiques, plus ou moins convaincants, mais il s’agira d’un vrai défi pour les organisations qui devront repenser en profondeur leurs modes de fonctionnement.

 

Pour la société

Au niveau macroéconomique une généralisation du télétravail va avoir des conséquences directes sur des secteurs entiers. Faisons une hypothèse simple : à horizon 2025, 20% des salariés du tertiaire bascule en télétravail. Concrètement cela va se traduire par des besoins en matière d’immobilier de bureaux qui vont être revus à la baisse, voire des surcapacités, et donc aussi des besoins en construction de nouveaux immeubles moindres. On imagine par exemple les conséquences pour un quartier d’affaires comme celui de la Défense si 20% des surfaces sont inoccupées à terme – et cela aura aussi un impact sur l’ensemble des activités connexes, magasins, restaurants… qui sont localisése sur place. De même moins de salariés présents sur les sites des entreprises cela signifie des besoins inférieurs en restauration et services collectifs. Là aussi l’impact pour certaines entreprises pourrait être très significatif (de façon plus anecdotique on aura sans doute besoin d’une garde robe moins fournie et les vendeurs de costumes peuvent être inquiets).

A l’inverse on a du mal à imaginer des secteurs qui bénéficieraient fortement d’une extension du télétravail : au-delà de la généralisation des outils de vidéo-conférence la majorité des salariés sont déjà équipés en outils de travail à distance (PC + connectivité), ils prendront peut-être un ou deux repas supplémentaires par semaine chez eux ou dans la restauration proche mais ils ne mangeront pas plus…

En revanche ce qui peut avoir un impact majeur au niveau social c’est la reconfiguration des mobilités et de l’espace induite par du télétravail massif : logiquement on aura une baisse des trajets domicile/travail, que ce soit en transport individuel et collectif. Cela veut dire moins de trafic routier et des besoins en transports collectifs plus faibles. Une étude récente de l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) évalue par exemple l’impact en Ile de France d’une augmentation du télétravail et conclue en indiquant « L’impact du télétravail sur l’écrêtage des heures de pointe et la désaturation des réseaux de transports collectifs, des autoroutes et du périphérique peut dès lors être significatif, rendant plus confortable les déplacements dans la métropole et facilitant la mobilité des travailleurs essentiels, des artisans et le transport logistique. »

Si le découplage entre lieu de vie et lieu de travail devient encore plus fort on pourrait même imaginer une reconfiguration importante de l’occupation de l’espace urbain et péri-urbain. De grandes métropoles comme Paris, qui sont chères, polluées, stressantes, pourraient alors voir un phénomène massif de départ de certaines catégories de population. Nous verrions alors se développer un phénomène d’exode urbain, par ailleurs en phase avec certaines aspirations à une vie plus sobre et plus respectueuse de l’environnement. A cet égard on peut se demander si les travaux pharaoniques du grand Paris ne vont par arriver trop tard, c’est-à-dire au moment même où les besoins de mobilité vont devoir être complètement repensés.

Enfin au niveau macro-économique les risques de délocalisation des emplois tertiaires évoqués plus haut pourraient approfondir encore la crise de l’emploi dans notre pays avec toutes les conséquences sociales et économiques que cela provoque. Les pouvoirs publics ne pourront sans doute pas rester à l’écart de ce débat et devront peut être à terme fixer des règles pour éviter ce type de conséquence.

 

Comme nous l’avons vu il y a plusieurs niveaux d’analyse du télétravail. La façon dont il peut être vécu et son impact vont être très différents d’un individu à l’autre et d’une organisation à une autre. Il faudra regarder au cas par cas la façon dont il peut être mis en œuvre et comment le rendre le plus utile et efficace pour les salariés et les entreprises.

Au niveau macroscopique une évolution massive vers le télétravail va mettre en difficulté des secteurs entiers et entraîner une reconfiguration des mobilités, voire des évolutions significatives dans l’occupation spatiale dans notre pays. Plus de télétravail(s) sera vecteur de changement(s).


Moyenne des avis sur cet article :  4.36/5   (11 votes)




Réagissez à l'article

38 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 10 août 10:26

    Le medef en a rêvé, le confinement l’a fait.

    Grâce au télétravail :

    Plus de glandeurs qui se grattent les couilles pendant des heurs en se racontant des conneries devant la machine à café.

    Plus de restaurant d’entreprise qui coûte un pognon de dingue.

     Plus d’agitateurs qui entrainent les éléments sains dans des aventures hasardeuses

    Bon, ok, ça va être dur de monter les airbus380 dans la salla à manger deJean-Pierre, mais faut plus s’emmerder avec ça : les chtis niacoués le font très bien et eux, ils sont bien encadrés ave le système du crédit social.


    • Hugo Drax Hugo Drax 10 août 11:19

      @Séraphin Lampion

      En gros ouais
      Mais on arrête aussi de se faire bourrer le mou à qui mieux mieux sur tous ses magnifiques avantages sociaux que nous apporte cette boîte de merde dans laquelle on reste pour payer ses factures !


    • Hugo Drax Hugo Drax 10 août 11:35

      @Hugo Drax

      arf, avec ce covid... Toussez... Dîtes 33 !


    • Berthe 11 août 11:27

      @Séraphin Lampion

      faux, çà ne change strictement rien aux compensation « repas ».
      Je le sais pour être en direct et télétravailler.
      le véritable gain se situe au niveau de la productivité, les charges locatives (bcp d’entreprises ont renégocié leur bail, voire résilié et ou recherché pour partage de locaux pour réduire les charges.
      Les travailleurs visés sont en partie des « cadres » ou assimilés, techniciens métiers digitaux et administratifs (essentiellement en back office). Je ne sais pas pourquoi l’auteur évoque le tertiaire uniquement, ça concerne tous les secteurs « marchands ou non ».


    • Fergus Fergus 10 août 13:30

      Bonjour, Chem ASSAYAG

      Bon article qui fait un tour d’horizon assez complet des avantages et inconvénients du télétravail.

      Personnellement, je pense que la crise sanitaire va développer ce type d’exercice des métiers tertiaires, mais sans doute pas autant que cela a été envisagé par certains intellectuels, en raison notamment des problèmes de connectivité, d’isolement relativement aux collègues, et de manque d’espace dédié à domicile pour nombre de salariés. 

      Si, en sortie de crise, le télétravail a progressé  de manière pérenne de 15 %, ce sera déjà un grand changement sociétal.


      • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 10 août 13:37

        @Fergus
        merci.
        Comme je le dis dans l’article je pense qu’il faut raisonner à l’échelle de chaque entreprise/organisation car les besoins et les possibilités seront très différents. On peut penser néanmoins qu’il faudra a minima maintenir quelques jours de travail sur site (2 jours par semaine ? ) pour éviter une forme de « délitement » de l’organisation.


      • Fergus Fergus 10 août 13:46

        @ Chem ASSAYAG

        Vous avez raison.
        Maintenir le lien social dans l’entreprise est en effet essentiel à sa bonne marche car il constitue un instrument de motivation et d’émulation entre collègues.
        Il est en outre nécessaire pour les échanges de nature stratégique et la planification des tâches.
        Nécessaire également pour éviter un délitement du rapport du salarié à son entreprise au plans psychologique et identitaire.


      • Captain Marlo Captain Marlo 10 août 20:10

        @Chem ASSAYAG

        Bonsoir, article intéressant, mais vous raisonnez comme si tous les emplois pouvaient devenir du télétravail, ce qui est faux.

        Ensuite, l’ambiance d’une entreprise ou d’un service peut être pourrie, et les employés se porteront bien mieux, s’ils ne voient plus que rarement la tronche de leur chef de service, et/ou de certains de leurs collègues....
        .
        L’avantage que je vois dans le télétravail, c’est l’attrait des loyers et de l’immobilier en province. Les salariés en ont ras la casquette des mégalopoles, ils ne rêvent que de campagne ! D’ailleurs Paris perd 11 000 habitants chaque année, nombre de salariés n’ayant plus les moyens financiers de s’y loger décemment.

        •  

        .
        "...son employeur considère qu’il peut tout aussi bien employer quelqu’un dans la banlieue de Rabat ou de Montréal pour réaliser le même travail. Après les délocalisations industrielles le télétravail pourrait être le catalyseur de délocalisations tertiaires."
        .
        C’est vrai dans le cadre des Traités européens, qui assurent la liberté de circulation des hommes et des capitaux, mais cela ne durera pas.
        .
        La zone euro est la plus plombée de la planète, et l’UE est un échec grave sur le plan économique. En 1992, avant le Traité de Maastricht, la France était la 4e puissance économique, elle est en passe de devenir la 10e  !
        .
        Et c’est pareil pour la majorité des pays d’Europe de l’Ouest, par exemple l’Italie, pays qui était très prospère, et qui dégringole lamentablement.... Il faut la foi du charbonnier aux européistes pour ne pas voir le désastre ! 
        .
        Chacun reprendra ses billes, et remettra en place les lois d’avant la mondialisation, qui protégeaient les entreprises et les emplois, comme le contrôle des mouvements de capitaux, les monnaies nationales, les taxes et les quotas aux frontières etc.

      • Fergus Fergus 11 août 09:06

        Bonjour, Captain Marlo

        « vous raisonnez comme si tous les emplois pouvaient devenir du télétravail, ce qui est faux »

        Vous faites erreur, l’auteur raisonne bien car le référentiel qu’il prend n’est pas l’ensemble des emplois, mais ceux qui, Covid oblige, ont pu, par leur nature, être convertis en télétravail. 


      • Roubachoff 13 août 04:07

        @Fergus
        Et comment faire face à l’effondrement du PIB consécutif à l’avènement du télétravail ? L’article, au demeurant excellent, pourrait peut-être insister sur ce point. Si on télétravaille, pourquoi changer de voiture ? Ne vaut-il pas mieux en louer une pour les vacances et garder un « clou » pour les courses ? Pourquoi faire des efforts vestimentaires ? Les habits du dimanche suffiront...
        Moins de gens dans les transports en commun, c’est une chute de chiffre d’affaire pour les opérateurs du secteur. Donc des licenciements. Moins de bureaux, ce sont encore des licenciements dans les secteurs de l’entretien et de la maintenance. Moins de voitures, c’est la même punition dans l’automobile et toutes ses ramifications.
        Quelle création de richesse là-dedans ?
        Tous ces effets cumulés, ce sont des recettes fiscales en chute libre, et donc une nouvelle dégradation des services publics. Résultat ? Du chômage, du chômage et encore du chômage !
        Même s’il faut probablement que notre façon de vivre évolue  comme elle le fait d’ailleurs depuis l’aube des temps  il convient de ne pas se précipiter sur de fausses bonnes idées. Avant de franchir le pas du télétravail, il est indispensable de calculer le ratio bénéfice/perte (sans se tromper en multipliant 2 par 2, comme l’a fait le FMI dans un cas resté célèbre). 
        En tout cas, encore bravo à l’auteur de cet article. On aimerait trouver plus souvent l’équivalent dans la presse officielle.


      • AlLusion AlLusion 10 août 13:46

        @chem,

         Le télétravail, je l’ai connu très bien connu, il y a plus de 20 ans.

         Beaucoup d’entreprises l’ont seulement découvert.

         Tout dépend de ce dont on a besoin pour exercer sa profession,

         2010 : « Home sweet work »


        • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 11 août 10:50

          @AlLusion
          oui je dis bien qu’il faut regarder au cas par cas/ Cdt


        • zygzornifle zygzornifle 10 août 13:56

          Je suis en téléretraite et j’en suis heureux ….


          • AlLusion AlLusion 10 août 14:05

            @zygzornifle
            Moi aussi... smiley


          • bebert bebert 10 août 16:32

            Il n’y aura donc plus besoin des syndicats ?


            • AlLusion AlLusion 10 août 17:19

              @bebert
               C’est une bonne question.
               A la maison, on est son propre chef (du moins quand madame et les enfants ne sont pas là). C’est plutôt un ombudsman familial plutôt qu’un syndicat dont il faut disposer.


            • Spartacus Lequidam Spartacus Lequidam 10 août 17:01

              L’autre aspect qui mériterait plus d’un chapitre du télétravail est l« auto-motivation.

              Et là on se rend compte que le pourcentage de la population a en être capable de bien le faire est extrêmement »limité« à une minorité.

              Sans compter le contexte individuel de ceux qui t’entourent qui changent les priorités.

               »he puisque t’es là en télétravail, tu fera une machine à laver ét entendra le linge, et après tu plantera les radis et sciera du bois.

              Tu peux bien le faire, t’es là ! 


              • AlLusion AlLusion 10 août 17:20

                @Spartacus Lequidam,
                 Exact. Qui travaille encore selon ses aspirations et ses goûts ?


              • Le télétravail n’est pas la norme puisqu’il n’est pas adapté à tous les postes ni toutes les industries encore moins pour l’artisanat .
                Les bouffons de la propagande LREM devraient éviter le sujet.


                • Berthe 11 août 11:40

                  @SPQR Sono Pazzi Questi Romani

                  je viens de commenter en ce sens, c’est uniquement à destination du travail en back office... en front on a des vendeurs, caissières, magasiniers etc... les artisans, les employés de la restauration... çà ne concerne absolument pas que le secteur tertiaire mais tous les secteurs confondus. La réduction des charges salariales a surtout impactée sur les salaires des cadres, techniciens C ou NC, administratifs en général, qui sont passé au chômage. (le pole emploi a supporté l’activité temps partielle et fait la chasse aux sans emplois inscrits bien avant le covid. Par exemple, ceux qui bénéficiaient d’une allocation de chômage en plus d’une activité salarié ce qui est tout à fait leur droit  ont été désinscrits sans les prévenir). Ce sont en partie, des petits salaires, comme les distributeurs de prospectus embauchés en contrat dits spéciaux. En gros, ils ont déshabillé Jacques pour habiller Paul.


                • I.A. 10 août 19:09

                  Bonjour

                  Votre texte a ceci de nécessaire qu’il met très précisémment en garde contre les délocalisations et les destructions d’emplois et d’activités orbitant autour de chaque entreprise  pour cause de télétravail.

                  Voici aussi ce que le confinement a produit : beaucoup de télétravailleurs se sont donnés professionnellement à fond (étant « assignés à domicile »). Si bien que certains d’entre eux se sont vus gentiment proposer une modification de leur temps de travail, après déconfinement.

                  ... L’employeur leur a imposé un temps partiel ! Bonjour la récompense !


                  • Captain Marlo Captain Marlo 11 août 07:46

                    @I.A.
                    L’employeur leur a imposé un temps partiel ! Bonjour la récompense !

                    Il y a aussi ceux qui en ont profité pour glander...


                  • Septime Sévère 10 août 21:22

                    Le télétravail permettra à la spéculation immobilière de ravager les campagnes après avoir ravagé les villes. 



                      • Rinbeau Rinbeau 10 août 23:02

                        Le télétravail !

                        Ils travaillent tous ces gens qui sont à la télé ???


                        • Adèle Coupechoux 11 août 07:49

                          Tour d’horizon bien ficelé.

                          Le confinement n’a fait qu’officialiser ce qui existe depuis les grèves et la possibilité d’avoir accès à sa messagerie professionnelle. Mais il ne sera pas possible pour tous. Comme pendant le confinement d’ailleurs.

                          Je ne suis ni pour ni contre, il faut que ce soit vraiment sur la base du volontariat. Et du mieux ressenti. 

                          Certaines personnes dont le handicap ne permettaient plus de se déplacer ont choisi de télétravailler. D’autres parce que le tissus social est devenu irrespirable.

                          Et ce mode de travail va entraîner comme le dit Séraphin Lampion des délocalisation permettant d’utiliser une main d’oeuvre corvéable à merci.


                          • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 11 août 09:06

                            @Adèle Coupechoux
                            la question du volontariat est effectivement centrale..mais elle entraîne un paradoxe. Si dans une équipe vous êtes le seul à préférer être sur site et que vous vous retrouvez tout seul au bureau ça peut être étrange..


                          • Adèle Coupechoux 11 août 10:36

                            C’est une remarque pertinente.

                            Je pense que si ça arrive ça doit être marginal.


                            • Yvon Vox Yvon Vox 11 août 10:50

                              Deux remarques :

                              Le télétravail permet de diminuer les pollutions automobiles en milieu urbain et périurbain. La santé n’a pas de prix !!!

                              Les salariés et les entreprises nouent des contrats. Il s’agit de fournir un travail contre une rémunération. L’article laisse croire que salariés et entreprises ont d’autres missions : faire vendre des surfaces de bureau et des bagnoles. Halte au délire consumériste !


                              • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 11 août 10:52

                                @Yvon Vox
                                Sur votre première remarque c’est que j’évoque dans la reconfiguration des mobilités. cela peut effectivement avoir un impact positif sur la pollution.
                                Sur votre deuxième remarque je ne la comprends pas ;
                                Cdt


                              • Yvon Vox Yvon Vox 11 août 11:21

                                @Chem ASSAYAG

                                Peut-être que ma deuxième remarque vous apparait comme une critique de votre article. Il n’en est rien.
                                Toutefois, l’argument de la perte de ventes de voiture et l’impact sur l’activité de construction de bâtiments sont souvent décrits comme des inconvénients au télétravail. Ces inconvénients ne concernent pourtant ni le salarié, ni l’entreprise.
                                La vente de véhicules et de surfaces de bureau apparait comme un « pont à péage » imposée à toute activité. Le télétravail viendrait ruiner ces business.


                              • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 11 août 11:39

                                @Yvon Vox
                                J’évoque ces point dans l’aspect macro. SI l’activité de la construction (car les besoins en immobilier diminuent) baisse cela a un impact sur le secteur, ses entreprises et ses salariés. vous pouvez penser que c’est une bonne chose mais ce n’est pas neutre en tout cas.


                              • Surya Surya 12 août 11:37

                                Bonjour Chem ASSAYAG,

                                Très intéressant article qui fait en effet un très bon tour d’horizon de la question.

                                .

                                Pour parler de notre cas personnel, en ce qui me concerne pour commencer, le télétravail, je connais bien car c’est ainsi que je bosse depuis mon arrivée au RU. J’adore ça et je me vois mal désormais bosser autrement. On choisit ses horaires, on fait des pauses quand on le souhaite (par exemple pour aller jeter un coup d’oeil sur Agoravox), pas de transports... Bien sûr il faut avoir la chance de télétravailler dans de bonnes conditions, ce qui malheureusement n’a pas été le cas pour toutes les personnes forcées à télétravailler durant le confinement, et qui n’ont eu ni la place (portable sur la table de la cuisine ou sur le lit comme vous le mentionnez), ni les équipements nécessaires. 

                                Mon mari, lui, télétravaille depuis le début du confinement et il trouve ça génial aussi. Au départ ça ne devait durer que le temps du confinement, mais son entreprise a, le mois dernier, donné le choix entre revenir, télétravailler seulement quelques jours par semaine, ou rester en télétravail. Certaines personnes n’ont pas supporté le télétravail, et ont décidé de retourner en « présentiel ». Lui a choisi la dernière solution, il est donc en télétravail jusqu’à la fin de l’année, plus longtemps si son entreprise accepte. Il trouve qu’il est plus productif, plus concentré, moins dérangé par les conversations dans l’open space (j’en profite pour dire qu’en Grande Bretagne, il n’y a pas cette « culture de la machine à café ». Si vous voulez boire un truc vous allez dans la pièce où se trouve la machine à café, la théière, le frigo, mais pas tous ensemble. Quand on était à Paris, il voyait les collègues français se regrouper tous les jours autour de la machine à café à telle heure, ce qui semblait pratiquement obligatoire, ce que ne faisaient jamais les collègues d’autres nationalités)

                                Etre capable de fermer la porte du travail à heure régulière et « rentrer chez soi » dépend de chaque personne. Lui en est tout à fait capable, il est très discipliné à ce niveau là, moi c’est plus compliqué, il faut que je me force, sinon, c’est « allez, encore une petite heure... » J’ai un problème avec ça et j’essaye de l’améliorer, car même quand on aime son boulot et qu’on ne voit aucun inconvénient à continuer, il faut savoir s’arrêter et remettre au lendemain ce qu’on n’a pas terminé.

                                Pour l’interaction entre collègues, les réunions etc, ils utilisent Skype vidéo, ou on peut aussi utiliser Zoom qui est très bien aussi (oh la pub que je leur fais ! je devrais toucher une commission smiley) et le chat. Il n’y a vraiment pas de problème, et puis il faut être moderne et savoir s’adapter.

                                .

                                Je me suis demandé aussi ce qu’allaient devenir tous ces bureaux de La Def si tout le monde (ou en tout cas une partie) se mettait à télétravailler. Pour ce qui est des bureaux vides, La Défense a l’habitude, si je peux dire, car certaines tours ont eu beaucoup de mal à louer leurs bureaux après leur construction, certaines sont restées vides des mois et des mois, et c’est peut-être encore le cas, je ne sais pas. Si des entreprises de La Défense adoptent le télétravail, certaines parties des tours pourraient être réaménagées en logements, ça coûterait de l’argent (à qui, j’en sais rien), mais c’est faisable. La tour Eve est un combiné logements-bureaux, mais c’est le cas depuis sa construction, et Coeur Défense devait aussi, à l’origine si mes souvenirs sont bons, abriter des logements, puis ils ont changé d’avis.

                                Il y a surement beaucoup d’autres idées à avoir pour s’adapter à ces nouvelles situations.

                                La Défense a traversé de nombreuses crises et s’en est toujours relevée, donc je ne me fais pas de souci, elle s’en relèverait là aussi.

                                .

                                Pour ce qui est de la délocalisation des emplois à distance, c’est déjà le cas pour beaucoup de centres d’appel. Le service client de Paypal, en tout cas Paypal UK, semble se situer en Asie si j’en juge par l’accent des personnes qui y travaillent (j’ai eu plusieurs fois l’occasion de les appeler), d’autres compagnies UK délocalisent en Inde, certaines compagnies françaises délocalisent au Maroc. 


                                • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 12 août 14:39

                                  @Surya
                                  Les délocalisation ça existe déjà bien sûr et les centres d’appel sont un bon exemple. Mais ce sont en général des emplois « peu qualifiés » (bien que certaines tâches de développement logiciel soient aussi « offshorées » comme on dit). Là ce sont des emplois qui étaient peu touchés par ce phénomène de délocalisation qui pourraient être visés. Cdt.


                                • Surya Surya 12 août 15:13

                                  @Chem ASSAYAG
                                  Je n’ai en effet parlé que de ces emplois peu qualifiés mais c’était juste un exemple, et cela se fait déjà aussi pour des emplois beaucoup plus qualifiés que ceux là, voire très qualifiés, où telle entreprise de nos pays sous traite telle partie du boulot ailleurs, et donne le reste à faire à ses employés sur place, je ne vais pas développer car ce serait trop long, et concernant TOUS les emplois qualifiés pouvant être télétravaillés, (par exemple ceux que vous citez, qui semblent vous tenir à coeur) je ne dirai pas « qui pourraient être visés » au conditionnel, mais « qui seront, tôt ou tard, visés ».
                                  Ça finira par se faire dans tous les domaines, pas au même moment au même endroit, mais les entreprises étant ce qu’elles sont, elles regardent toujours ce qui leur rapporte le plus pour le coût le moins élevé, donc si c’est plus intéressant financièrement de délocaliser ces emplois aussi, ça se fera.
                                  Personne ne trouve ça bien, moi non plus, mais quand on est une entreprise et qu’on a le choix entre les beaux idéaux et les profits, vous savez ce que la majorité choisit.
                                  A une autre époque, le problème était le remplacement de la main d’oeuvre par des machines. De nos jours, c’est la délocalisation. A chaque époque ses problèmes, et donc ses luttes sociales, qui aboutissent... ou pas.


                                • Surya Surya 12 août 15:16

                                  Pardon, j’ai lu un peu trop vite votre com. Vous dites bien que ces emplous sont bel et bien déjà visés, certains étant déjà « offshorés » (je connaissais déjà ce terme d’ailleurs).


                                • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 12 août 16:50

                                  @Surya
                                  Le protectionnisme a mauvaise presse depuis de nombreuses années mais l’épidémie de Covid a montré les risques de délocalisation massives sur certains sujets et la nécessité de protéger certaines industries en s’assurant qu’on en a la maîtrise. Il faudra que les pouvoirs publics fassent très attention à ces phénomènes de délocalisation tertiaire en luttant contre les pratiques opportunistes, et donc en faisant du protectionnisme d’une certaine façon. Sinon nos sociétés européennes (au sens du collectif pas de l’entreprise) seront de plus en plus paupérisées.


                                • Surya Surya 12 août 17:41

                                  @Chem ASSAYAG
                                  C’est vrai qu’on n’a pas intérêt à délocaliser tout ce qui concerne les secteurs stratégiques, et visiblement il faut y ajouter désormais la sécurité sanitaire.
                                  A vos masques, prêts, partez !

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