• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Technologies > La Phobie de l’échec à l’ère Numérique
#91 des Tendances

La Phobie de l’échec à l’ère Numérique

L’école classique montre des signes de déphasage avec son temps. La pédagogie appliquée dans l’enseignement laisse entrevoir une inadéquation avec les réalités d’un 21e siècle où tout paraît mouvant. Une ère où d’incroyables forces entrainent vers des changements spectaculaires dans presque tous les domaines. 

 

J’ai encore le souvenir de ce jour où j’ai osé aborder le sujet avec un professeur. Je lui ai fait savoir mon avis avec les termes suivants : « Vous avez massacré les enfants de nos écoles.. ». Ce dernier s’est vigoureusement fâché pour une raison que j’ignorais. Pourtant, la réalité est saisissante. Et je suis persuadé que j’ai raison. En effet, je suis l’exemple parfait de cet échec de l’école classique.

Comme a su le résumer Dominique Seux[1], l’école telle que nos parents l’ont connue et que nous l’avons connue à notre tour, s’attelle à mettre en pratique une pédagogie dite « Noir » qui met l’accent sur les échecs de l’apprenant et sous-estime ses réussites. Ceci, contrairement à la nécessité d’une pédagogie « Blanche » qui aurait pour but de complimenter chaque élève pour ses réussites, de « Dire le bien, décrire les progrès », d’ajouter des points pour chaque exercice réussi et non d’en soustraire à chaque erreur.

Dès notre enfance, nous sommes conditionnés par la phobie de l’échec. Car l’échec est puni quand bien même nous ne sommes pas éclairés sur les raisons dudit échec. Et en plus on n’a pas le droit de dire : « Je ne sais pas », cela n’existe nulle part dans notre schéma mental.

Dans ce registre mental, le paradoxe de Tocqueville est visiblement manifeste, plus nous approchons d’un idéal, plus la distance qui nous en sépare nous paraît insupportable.

Ce qui fait la différence…

Mais ce qui fait la différence dans le monde d’aujourd’hui, c’est que les gens ayant connu des échecs ont montré qu’ils étaient les plus aptes à réussir dans la vie. On en déduit qu’il y a deux écoles marquées par un véritable paradoxe :

  • L’école classique qui souligne l’échec sans donner l’occasion au test, et finit par obscurcir et éteindre le potentiel d’innovations de l’apprenant ; 
  • L’école qui favorise les tests sans souligner l’échec en favorisant l’évasion sur d’autres horizons d’innovation.

À l’école classique, on a tendances à se focaliser sur les erreurs d’une façon horrible et parfois sadique. Tandis que l’école des tests se ressource depuis, de vaste panel d’essai pour pousser les tests à l’extrême. Les personnes qui ont été dans cette logique sont aujourd’hui pour la plupart les managers de notre monde actuel. En Faisant preuve d’autonomie, d’innovation et sont bien rémunérés. Par contre, les personnes de la vieille école sont pour la plupart des salariés. Elles sont moins bien payées et travaillent dans un système qui avorte l’innovation et l’initiative de tous genres.

Vous allez me dire que j’exagère, mais je vous invite à méditer sur le choix de votre école.

La nouvelle disruption du monde de l’orientation

Selon la définition du Dictionnaire Larousse, le mot « disruption » signifie « rupture » ou « fracture ». Le mot est utilisé sans modération dans plusieurs domaines.

Dans le monde de l’entreprise et en particulier les Startup, l’approche la plus utilisée et celle qui favorise l’innovantes basés sur les tests, contrairement au système classique de la vieille école. Encourager par l’économie du numérique d’aujourd’hui, elle a aidé à bouleverser les codes d’apprentissage de l’être humain. Il commence à s’imposer dans plusieurs secteurs et se permet même d’en créer de nouveau.

Cet état des lieux nous amène à nous questionner sur notre système d’apprentissage scolaire. Faut-il continuer à punir les erreurs ou chercher désormais à encourager les tests ?

Ce qui réel aujourd’hui, notre mécanisme d’apprentissage sera dépassé par les nouvelles approches dites intelligentes, à l’ère du numérique, qui génèrent des masses de données, à tel point que notre cerveau ne sera plus en mesure de les capter et de les utiliser. Le seul moyen de s’en sortir sera de s’adapter à cette nouvelle ère numérique qui de plus en plus handicape l’école classique. « L’échange de l’information d’un cerveau humain à un autre est de 10 octets/second. De la machine à la machine, à l’heure actuelle, est de 1 milliard d’octets/second »[2].

 

Nos enfants et la nouvelle ère numérique

Si le système d’éducation ne connaît pas des adaptations pour s’ouvrir vers un horizon plus innovant, les nouvelles générations vont finir par le contester. Continuer à promouvoir l’école qui souligne les erreurs au détriment d’une école qui favorise ce qui est humain dans l’humain « Essayer puis essayer, Tester et tester », n’est plus aujourd’hui convenable.

J’ai rencontré des gens qui ont du mal à voir l’échec de leurs enfants avec un œil correct. Le constat, c’est que pour chaque personne, il y a une ou plus de points d’excellence. Mais malheureusement, nous l’ignorons. En effet, les points d’échec prennent une grande place dans notre mental. Et c’est bien logique, à l’école, on n’a pas le droit à l’erreur, dans la vie personnelle, aussi bien dans la vie professionnelle, etc.

L’intolérance de l’échec

Considérer les échecs comme une menace pour notre personne, notre intelligence ou nos valeurs est l’un des principaux obstacles à notre réussite. En conservant cet état d’esprit, nous nous privons de la capacité de se développer, d’apprendre et éventuellement réussir.

Nous devons nous entrainer à cultiver les tests

Plusieurs exemples permettent d’illustrer que l’échec en soi n’est pas une mauvaise chose. Nous connaissons bien les cas d’Edison, d’Einstein, qui ont essayé des centaines de fois des formules avant qu’on en arrive à leurs résultats universellement connus. On peut aussi prendre l’exemple d’Elon Musk. C’est sans oublier J.K. Rowlig et son incroyable succès d’Harry Potter. Treize (13) éditeurs ont rejeté son livre, mais cela ne l’a pas arrêtée. Si c’était le cas, elle se serait arrêtée après les premiers refus.

Gérer nos paradoxes

Dans certaines situations, il faut savoir gérer ses paradoxes : savoir ce que vous désirez, pour aller au-delà de votre zone de confort, et pour explorer votre zone de développement.

  • Une personne qui rêve d’une grande maison confortable, tout en pratiquant un mode de vie qui prône la sobriété.
  • Une autre personne qui pourrait adorer partir en randonnée dans les montagnes, mais en même temps a peur de l’altitude.
  • Une autre qui rêve de lancer un projet personnel et a peur de quitter son travail actuel qui lui apporte la sécurité financière.

Les exemples sont nombreux.

Pour ce faire, nous devons comprendre la manière dont notre cerveau évolue et le rôle joué dans la prise de décision (faire des choix). Comprendre ce fonctionnement du cerveau va aider à restructurer notre schéma mental vers une nouvelle motivation qui favorise les tests.

 Apprendre à essayer et réessayer

Imaginez que vous soyez un professeur d’art. Vous divisez votre classe en deux groupes. Le premier doit produire une peinture parfaite. Il a un an pour ce faire, mais le résultat doit être exceptionnel. Le second groupe doit produire le plus grand nombre de peintures possible. Il a également un an, mais pour ses membres, c’est la quantité qui compte, pas la qualité. Selon vous, lequel des deux groupes produira la meilleure penture d’ici la fin de l’année ? Une autre expérience a été réalisée pour vérifier comment la qualité de notre travail est très influencée par notre état d’esprit. « Il s’avère que le perfectionnisme est l’ennemi du succès ».

Pour conclure

La psychologue Carol Dweck de l’université de Stanford étudie comment nos croyances affectent la manière dont nous vivons notre vie. Elle a identifié deux états d’esprit :

  • Un état d’esprit figé ne croit pas aux efforts ;
  • Un état d’esprit de croissance qui croit aux efforts.

Pour l’état d’esprit de croissance, l’erreur est une simple information : « Ceci n’a pas fonctionné, donc je vais essayer quelque chose d’autre ». Dans le monde des startups, l’idée est d’« échouer vite ». Ce qui veut dire qu’il faut tester et tester et tester.

Dans ce registre mental, il ne faut pas se soucier des résultats, mais plutôt se focaliser sur les efforts à faire pour croitre. Ensuite, il faut se concentrer sur ce que nous voulons faire et non pas sur ce que les autres pensent. Enfin, il faut rester focalisé sur les solutions plutôt que sur le problème.

Je vous propose à travers cette rubrique un partage de points de vue dans son état d'éveil, n'hésiter pas à partager les vôtres.

 

[1] Préface du livre « Factfulness De Hans Rosling »

 [2] Laurent Alexandre : « Nous sommes les idiots utiles de l’intelligence artificielle »


Moyenne des avis sur cet article :  4.67/5   (3 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • HClAtom HClAtom 17 août 14:30

    Je rejoins votre analyse, et je dirais même que l’expérience n’est rien d’autre que la somme des échecs. 

    Vous avez raison aussi à propos nos grands scientifiques. Pour parvenir à écrire une vérité, il leur faut des dizaines de milliers d’heures de travail, c’est à dire des dizaines de milliers d’heures passées à se tromper. La fable du génie gravissant la montagne, et portant son regard sur l’horizon avant de s’écrier « Eureka ! », puis de descendre des sommets avec la vérité absolue et définitive sous le bras, tel Moïse avec les tables de la loi, c’est un tissus de sornettes pour les livres d’enfant. La réalité c’est qu’ils sont toxicos à leur science, obsédés par elle, ce qui leur donne le courage de se relever de leurs échecs, pendant des dizaines de milliers d’heures, alors que nous, n’étant ni passionnés ni obsédés par leur sujet, nous aurions baissé les bras bien avant. C’est cette obsession qui fait le « génie », cette capacité à s’acharner quand on rate.

    La négation de l’intérêt des échecs est même très problématique dans certaines science, en chimie par exemple. On ne publie que les expériences qui marchent, mais on passe sous silence la centaine d’autres réactions tentées sans succès. Par suite ceux qui lisent les résultats des travaux se disent qu’ils essayeraient bien une variante, et ce faisant il vont répéter des expériences qui ne fonctionnent pas, ce que la première équipe savait déjà. Une base de données des réactions « ratées » serait donc un plus considérable pour les chimistes.


    • chantecler chantecler 19 août 08:58

      Encore un réquisitoire contre l’école qui serait trop exigeante .

      Quant on voit les ambiances dans les classes ou l’enseignant doit dépenser la moitié de sont temps et de son énergie à maintenir la discipline, privé de moyens , d’outils et contre trop souvent se a hiérarchie .

      Apparemment , vous avez oublié , il y a une tendance qui remonte à plus de 30 ans , daté à laquelle on a fermé les Ecoles Normales , pour les remplacer par des IUFM .

      C’est à cette période ou les Sciences de l’Education ont pris la main .

      Fallait bien trouver un débouché à tous ces étudiants qui ramaient dans des disciplines de type sciences humaine .

      Les cadres en étaient issus .

      Ca a été l’intrusion en force des « pédagogos » .

      Pour eux il ne s’agissait plus de faire l’école sur la base de transmettre des connaissances , mais de « faire plus avec moins »...

      Moins de moyens humains , moins d’outils (livres scolaires , etc...) ,mais plus de blablas .

      Pour ce faire il s’agissait de transformer la pédagogie :

      -pédagogie de cycles où l’on apprend en trois ans ce qui devait être acquis en une

      année : par exemple les bases de la lecture et de l’écriture en CP .

      -pédagogie différenciée : le prof était censé préparer des petits plats ad hoc pour chaque élève, mais attention, sans lui demander d’effort , le tout avec des éffectifs plus que conséquents ...

      Ca devait rentrer tout seul , question de savoir faire et si l’élève n’en fichait pas lourd , voire rien du tout sauf amuser la galerie , car on ne lui demandait rien et même il s’agissait de le rendre « maître de l’apprentissage » : l’élève au centre était le leitmotiv , travail en « petits groupes » , le plus fort ou motivé devant tirer les plus faibles (à condition qu’ils se sentent concernés )

      Naturellement il n’était pas question de toucher aux programmes , définis par les ministères : en fin de cycle l’élève devait avoir acquis ça , ça et ça . Et c’était copieux .

      Ca ne variait pas d’une école bien cotée à une école de banlieue .

      D’où d’ailleurs les parts que l’école privée a gagnées , sans se fouler : elles appliquent une pédagogie traditionnelle et elles foutent les branleurs à la porte : l’école publique en est le réceptacle .

      Mais , cépatout , grâce à ce tour de passe passe , l’élève largué ou n’ayant rien fichu , passait dans le cycle suivant puisque les parents et les inspections pouvaient s’opposer au redoublement .

      Forcément leur gamin est toujours la victime .

      C’est ainsi qu’au grand désespoir des enseignants , des élèves ne maîtrisant ni la lecture , ni l’orthographe , ni les maths de base passaient au collège où pour la plupart ils continuaient à foutre le bordel , empêchant les enseignants d’enseigner et les élèves plus ou moins motivés de bosser .

      La suite vous la connaissez .

      Combien de ces petits cons qui ont tout fait pour ne rien apprendre à l’école et bien plus grave , qui ont handicapé les classes , leurs camarades ,et mis leur prof à terre , bref des chahuteurs à haut débit , qui s’en sont vanté « Ah comme j’ai bien foutu la merde à l’école , comme j’ai bien rigolé » tiennent des discours comme les vôtres sur la « nullité » des enseignants et se revendiquent victimes de l’institution .

      Incapables de faire leur autocritique , incapables d’admettre que leur échec leur est largement imputable , puisque l’école était considérée par leurs parents comme une garderie obligatoire pour toucher les allocs, un lieu où l’on pouvait se défouler , faire le malin ou devenir un caïd ou encore champion de foot ....

      Caïds dans les réseaux de drogue où l’on gagne facilement beaucoup d’argent ....

      Champion de foot où l’on passe rapidement de l’inconnu au vedettariat , avec les revenus exorbitants qui vont avec .(le souci c’est qu’il y a beaucoup d’élus et peu de places )

      ....

      Tout cela m’écoeure .

      Surtout quand je pense à la masse d’enseignants que l’on a cassée, dégoutée par pure démagogie , pure connerie , pure sadisme .

      Et c’est pas fini .


      • CLOJAC CLOJAC 21 août 00:26

        Les grands défauts de l’enseignement en France remontent au Moyen Âge !

        En effet, le cursus repose sur la mémoire, le conformisme et la sclérose intellectuelle. Les trois sont liés. Pour « réussir » il faut apprendre par cœur, réciter sans se poser de questions en respectant le formalisme du discours, et s’abstenir d’apporter des idées nouvelles… À tel point qu’aujourd’hui la plupart des thèses ne sont plus que des compilations, sans réelle recherche, tant est grande la crainte des doctorants de mécontenter les mandarins… En suggérant que leur savoir pourrait être remis en question.

        À cela il conviendrait d’ajouter le nivellement par le bas, favorisé par la démagogie des politiciens, l’idéologie dans l’air du temps et la complaisance de la plupart des enseignants, avec pour conséquence la distribution de diplômes sans valeur au tout venant… Ce qui accroît les inégalités sociales. Car les « gosses de riches » étudient dans des établissements privés en vue de prépas longues et onéreuses… Certains vont même se parfaire aux USA, et ceux-là disposent d’un ticket d’entrée première classe dans la vie active.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

laftimi


Voir ses articles







Palmarès