Merci beaucoup pour vos articles. C’est flagrant qu’il y a une grave atteinte à l’intimité des gens.
Plus les jours passent, et plus j’ai du mal à croire qu’une telle émission ait pu se passer.
Si on se met 2 minutes dans la tête de Tania Young-la véritable électrocuteuse dans l’histoire- force est de constater qu’elle a fait appel à beaucoup de cruauté et un immense manque d’empathie pour balancer très froidement des ordres atroces à des innocents en détresse psychologique majeure.
C’est intéressant de voir toute une bande d’Agoravoxiens pavoiser en disant « moi j’aurais certainement pas fait partie des 81% » et qui à côté de ça ne trouvent rien à redire à l’émission.
Pour finir, le plus triste et révoltant dans l’histoire c’est le comportement des ex-questionneurs qui non seulement ne se révoltent pas contre le viol psychologique qu’il ont subi, mais en plus viennent témoigner pour quasiment remercier la télé de leur avoir fait subir ça. Comportement de petit enfant sage face à l’autorité. J’espère que chacun d’entre eux rencontrera une personne qui leur ouvrira les yeux et leur apportera un son de cloche différent.
J’avoue que je ne sais plus où j’ai trouvé que 100% des personnes avaient donné leur droit à l’image APRÈS l’expérience, hormis le fameux « héros » qui a monté le public contre l’émission. C’est peut être dans le reportage même, non ?
J’ai tenté de compter le nombre de visages différents que l’on voyait. Je n’ai pas réussi aller au bout, mais il y en avait vraiment une bonne proportion (je dirais autour de 50). Et j’imagine qu’il n’était pas forcément intéressant de montrer tout le monde.
C’est le philosophe et journaliste Michel Eltchaninoff qui a co-écrit avec Christopher Nick (le réalisateur du documentaire) l’ouvrage L’Expérience
extrême. dont l’interview est retranscrite dans l’article d’Agoravox « Télé-réalité : ce soir la mort en direct ».
"OB : Y a-t-il des gens qui, une fois qu’ils ont découvert de
quoi il s’agissait, ont refusé de participer ?
ME : Non, pas un seul. [...] Quand on leur dit qu’il y aura des
chocs électriques un partie d’entre eux soulignent que c’est dingue,
que ce n’est pas possible, mais comme ils se sont engagés ils ne peuvent
pas refuser."
Pour moi l’expérience de Milgram est tout aussi abominable que le Jeu de la Mort.
Mais il y a des différences :
Pour les expériences universitaires : Le cobaye venait pour une expérience sur la mémoire. Il était donc dans une attitude de curiosité, prêt à être utilisé comme cobaye. Certes, le viol psychique est le même que dans le Jeu de la mort, mais il n’est pas public, pas télévisé. Le cobaye repart chez lui, tout seul à connaître ce qui vient de se passer.
Pour le jeu de la mort :
Les gens ne sont pas là pour être tripotés du cerveau. Ils viennent pour jouer. Surtout, l’autorité est représentée par Tania Young, qui est adorée par les participants. Ils la connaissent déjà, et ont confiance. C’est une présentatrice vraiment agréable. L’agression psychique est d’autant plus perverse. Et c’est bien sûr étalé à la vue de tout le monde, mais surtout, il y a toute cette masse de journalistes-scientifiques-producteurs qui mettent les participants, après coup, dans le rôle du gentil petit sujet sage, qui aide la gentille communauté scientifique à éveiller les honnêtes gens contre la redoutable télé-réalité.
Pour être plus clair, c’est comme si il y avait une seconde expérience en filigrane avec :
Les participants : Dans un premier temps les questionneurs,
puis après diffusion, les téléspectateurs.
L’autorité : La bonne conscience anti-téléréalité (merci d’en
donner un échantillon PtitLudo) incarnée par les organisateurs de
l’expérience. L’« expérience » en elle-même : On prend en
otage des personnes, en ne les informant de rien, et en les mettant dans
un situation où l’on sait qu’elle vont très probablement (on savait
depuis Milgram que c’était autour de 60%) commettre quelque chose
d’horrible (un potentiel meurtre). Puis on les informe que tout était
faux, et on leur demande de tolérer cela, et d’accepter de diffuser
ce moment si intime à la télévision.
Les résultats : 100% des questionneurs acceptent de passer
dans l’émission. Tout le monde, et même parmi les Agoravoxiens, entrent
dans le jeu des « anti-téléréalités » primaires, au prix d’être aveugle
sur l’atteinte à l’intimité et à l’intégrité des questionneurs.
Les questionneurs devraient se révolter contre ce qu’ils ont subi. Tout au contraire, ils viennent faire les enfants sages au point de venir témoigner sur le plateau du débat. ça montre l’emprise de l’autorité des organisateurs, et plus largement du front pavlovien anti trashTV.
Bonjour, je me permets de reproduire ici un message que j’ai écrit pour un autre article :
Ces questionneurs ont répondu oui à l’invitation pour participer à un
jeu télé. Tous les jeux ne sont pas ultra débiles. Ils souhaitaient
juste passer un bon moment (et gagner la somme -extraordinaire- de 60€), et éventuellement passer à la télé.
On leur a expliqué qu’ils devraient infliger des décharges
électriques croissantes en cas de mauvaise réponse. Plus le cumul de
mauvaises réponses est grand, plus la punition est forte. Et très
important : les premiers chocs sont très faibles et indolores.
Le problème finalement dans cette expérience, c’est que le questionné
s’avère être très mauvais (il ne répond qu’une fois correctement je
crois). Les candidats sont donc amenés à délivrer, après chaque question
des chocs croissants.
Tant que le questionné semble d’accord, il n’y a rien de
répréhensible. C’est juste un jeu débile et sadique, mais tout le monde
est consentant.
Tout bascule quand le questionné annonce qu’il veut arrêter.
Alors, la plupart des questionneurs exprime leur désir d’arrêter, mais
la présentatrice refuse ("ne vous laisser pas impressionner,
continuez").
C’est là que commence la manipulation psychologique, et que ce
termine le « jeu » à proprement parler pour lequel les gens avaient
signés. Ils sont pris dans un engrenage. C’est bien un engrenage
puisque les organisateurs savaient a priori qu’une majorité d’entre eux
allaient être manipulable jusqu’aux 460V (d’après les résultats
antérieurs de Milgram)
Et là ça devient une agression psychologique de la part des
organisateurs. Ils infligent une expérience traumatisante à une personne
qui n’a demandé que de jouer à un jeu (certes débile), ET qui a
exprimé le désir d’arrêter.
C’est une agression de donner des ordres absurdes à une personne
en sachant qu’il est probablement manipulable au point de donner la
mort. Peu importe si c’est factice ou pas, peu importe la caution
scientifique et « anti-téléréalité » ; rien que le fait de torturer un
esprit innocent et naïf est gravissime.