Pas encore mais vous n’aurez pas à attendre longtemps, si le rythme actuel se poursuit, pour pouvoir assister au fascinant spectacle du retour d’une société à l’état de nature. Votre problème de compréhension de la réalité ne me semble pas basé sur l’ignorance des facteurs qui ont conduit à cette situation en Grèce mais plutôt sur le désir profond de voir s’écrouler un monde qui ne vous convient pas. Tout cela pourrait être très légitime à condition de ne pas dénier le salut à un peuple entier juste pour conforter une thèse apocalyptique qui relève plus de la psychanalyse freudienne et son instinct de mort qu’à l’analyse rationnelle des causes et des effets du naufrage grec. Bref : on ne joue pas avec la vie des autres.
Oui, l’Europe c’est le libéralisme comme la France est le cartésianisme, l’Allemagne le nazisme, L’Italie, le pain et les jeux, l’Espagne is different, Babylone fut le code Hammourabi et si l’on mettait Paris en bouteille, les poules auraient des dents. Les mêmes qui parlent de sage, de doigt et de lune feraient mieux de regarder derrière l’arbre et voir s’il n’y aurait pas une petite forêt à explorer.
Comment voulez-vous que la presse ne soit pas aux ordres quand on constate comment elle se finance ?
On définit aujourd’hui la liberté de presse avec la même doctrine que celle que l’on utilise pour définir la liberté économique c’est-à-dire celle des détenteurs du gros morceau capital, le libéralisme forcené, qui prône que l’on peut faire ce que l’on veut de ce que l’on détient en propriété. Sous cette optique le journalisme devient forcément partiel et toute l’objectivité et multiplicité des opinions ne repose plus que sur le principe de la concurrence tendant à transformer le devoir d’informer en affrontement entre désinformations de provenances diverses.
Oui, je sais. Vous êtes, comme Asselineau d’ailleurs, pour une Europe à la Thatcher, avatar européen de Reagan et sa croisade contre le socialisme ( traditionnellement associé, outre-atlantique, au communisme ), dont les héritiers eurosceptiques brittaniques prônent une UE sans eurozone pour justement pouvoir appliquer les recettes néolibérales de M. Friedman et l’école de Chicago ( testées en Islande ) sans le frein que représente une union monétaire adossée à une union budgétaire et fiscale réelle, ce à quoi tend naturellement l’eurozone et que, bien entendu, combattent ces eurosceptiques en formation serrée autour de la City.
« L’intérêt de la Grèce est d’opérer rapidement une dévaluation
compétitive avant que ses institutions ne volent en éclat et que les
manifestations ne se transforment en insurrection, ce qui ne manquera
pas d’arriver ce printemps selon tous les signes avant coureurs. »
Fantastique solution qui ouvrirait de part en part les portes de la Grèce, déjà extrêmement poreuses, à la vague déferlante du libéralisme financier à moins qu’elle n’entre dans une période d’au moins trente ans d’autarcie dictatoriale à la Franco ou à l’albanaise. Que de plaisir en perspective, pour les Grecs !