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Phil279

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  • Phil279 1er juin 2009 21:20
    Le Dalaï Lama, champion de la non-violence ?

    par Domenico Losurdo

     
     
     

    La campagne anti-chinoise en cours de nos jours présente, et célèbre, le Dalaï Lama comme le champion de la non-violence, véritable héritier de Gandhi. On notera cependant à ce propos que l’Occident libéral s’est montré pendant longtemps tout autre que sympathique à l’égard de Gandhi. C’est avec un souverain mépris que Churchill parle de ce « faquir séditieux », de ce « misérable petit vieux, qui est notre ennemi depuis toujours », de ce « vieux va nu pieds » (1) , qui prétend mettre la main sur « ce qui nous appartient « et « veut l’expulsion de l’Angleterre hors de l’Inde » (2). L’incontournable arrogance impériale se charge parfois aussi de tons racistes, comme on le voit en particulier dans une prise de position de 1931 :

    « Il est alarmant et nauséabond aussi de voir Gandhi, un avocat subversif du Middle Temple, maintenant dans cette attitude de faquir selon un modèle bien connu en Orient, gravir, à grands pas et à moitié nu, les escaliers du palais du vice roi pour aller parler d’égal à égal avec le représentant du roi-empereur alors qu’il s’emploie encore à organiser et conduire une campagne provocatrice de désobéissance civile » (3).

    En tout cas, contre le mouvement indépendantiste, qu’il soit violent ou non-violent, on sait recourir à tous les moyens, et Churchill en 1932 salue le lancement en Inde de mesures « plus drastiques que toutes celles qui s’étaient avérées nécessaires depuis l’époque de la Mutiny de 1857 » (4) c’est-à-dire depuis la révolte des Sepoys et de la sanglante répression qui avait en son temps suscité l’indignation de Marx.

    De nos jours encore, les accents chers à Churchill sont loin d’avoir disparu. Un journaliste historien qui, dans les colonnes d’organes de presse étasuniens et occidentaux généralement les plus autorisés, s’emploie à célébrer le retour du colonialisme (Colonialism’s Back-and Not a Moment Too Soon - « le colonialisme est de retour et c’est pas trop tôt » - NDT), s’exprime ainsi en parlant de Gandhi : il « avait une année de plus que Lénine, avec qui il avait en commun une approche de type quasiment religieux de la politique, mais son « excentricité le rapprochait aussi de Hitler, de vingt ans son cadet » (5). Comparé à Lénine, le leader du mouvement indépendantiste indien subit le sort réservé au bolchevisme qui, du point de vue des historiens et journalistes de cour, n’est que le frère jumeau du nazisme.

    La tendance principale de l’idéologie dominante est cependant aujourd’hui bien différente. Dès les premières années de la guerre froide, une fois abandonnés la haine et le mépris nourris en particulier par Churchill envers le « subversif » et « oriental » ennemi de l’Empire britannique et de la civilisation occidentale, Gandhi est promu au rôle d’apôtre de la non-violence : non-violence qu’on va opposer à ces mouvements révolutionnaires d’émancipation des peuples coloniaux qui se développent en Asie et dans le monde entier ; c’est ainsi que Gandhi devient inopinément l’antithèse de Mao, de Ho Chi Minh, Castro et Arafat. Viendra ensuite une manoeuvre de réal-politique ultérieure et décisif : une campagne multimédiatique martelant que l’hérédité de Gandhi en tant que champion de la non-violence serait aujourd’hui assumée par le Dalaï Lama, comme par hasard désigné en 1989 Prix Nobel de la paix.

    Et pourtant la réalité n’est pas difficile à vérifier. Elle est révélée clairement dans deux livres qui ont pour auteur unique, ou co-auteurs, deux fonctionnaires (de niveau plus ou moins élevé) de la Cia. Le premier, qui a collaboré pendant des décennies avec le Dalaï Lama et exprime son admiration et sa dévotion envers le « leader bouddhiste qui s’est voué à la non-violence », rapporte en ces termes le point de vue exprimé par son héros : « S’il n’y a pas d’alternative à la violence, la violence est autorisée ». D’autant plus qu’il faut savoir distinguer entre « méthode » et « motivation » : « Dans la résistance tibétaine contre la Chine la méthode était l’assassinat, mais la motivation était la compassion, et cela justifiait le recours à la violence ». De façon analogue le Dalaï Lama, cité et admiré par le fonctionnaire de la Cia, justifie et même célèbre la participation des Usa à la seconde guerre mondiale et à la guerre de Corée, puisqu’il s’agissait de « protéger la démocratie et la liberté ». Ces nobles idéaux allaient continuer à inspirer Washington à l’occasion de la guerre du Vietnam, même si, dans ce cas-là, les résultats ne furent malheureusement pas à la hauteur des intentions (6). On comprend que, sur de telle bases, la syntonie se révèle parfaite avec le fonctionnaire de la Cia, qui tient à se faire photographier avec le Dalaï Lama dans une posture amicale et affectueuse. Il tient même à déclarer que lui aussi, exactement comme son vénérable maître bouddhiste, n’aime pas les « armes à feu » mais qu’il se résigne à en approuver et promouvoir l’emploi seulement quand cela s’avère inévitable (7). Ainsi donc, réinterprétée à la lumière des enseignements du prix Nobel pour la paix, la non-violence semble être devenue la doctrine inspiratrice de la CIA !

    Ce sont justement les fonctionnaires de cette agence redoutée dans le monde entier qui finissent par faire un portrait désacralisant du Dalai Lama. En 1959, il s’enfuit de Lhassa : c’est la réalisation d’un « objectif de la politique américaine depuis au moins une décennie ». Au moment de son passage de la frontière entre la Chine (Tibet) et l’Inde, le Dalaï Lama nomme général un des tibétains qui l’avaient assisté dans sa fuite, tandis que deux autres, sans perdre de temps, avec la radio qui leur avait été fournie par la Cia, transmettent à cette dernière un message urgent : « Envoyez-nous par voie aérienne des armes pour 30.000 hommes » (8). Malgré l’équipement sophistiqué fourni aux guérilleros, la mise à leur disposition d’un « inexorable arsenal dans le ciel » (les armes parachutées par les avions étasuniens) et la possibilité de bénéficier d’arrières sûrs au-delà de la frontière chinoise, et en particulier dans les bases du Mustang (au Népal), la révolte tibétaine, préparée dès 1959 par le lancement d’armes et équipements militaires dans les zones les plus inaccessibles du Tibet (9), échoue. Les commandos infiltrés depuis l’Inde accusent des résultats « généralement décevants » ; « ils ne trouvent qu’un rare appui dans la population locale ». En résumé : la tentative d’ « alimenter une guérilla sur une vaste échelle par voie aérienne s’est révélée un échec lamentable » ; « en 1968, les forces de la guérilla au Mustang vieillissaient » sans être capables de « recruter de nouveaux éléments ». Les USA sont obligés d’abandonner l’affaire, provoquant alors une grande désillusion chez le Dalai Lama : « il observa avec amertume qu’en 1974 Washington avait effacé son soutien du programme politique et paramilitaire » (10).

    Il est donc assez difficile de voir dans le Dalai Lama l’héritier de Gandhi ! La seule vague analogie est avec le Gandhi de la première guerre mondiale, qui s’emploie à recruter des soldats indiens pour l’armée britannique et espère ainsi gagner la reconnaissance de Londres. De la Grande-Bretagne, l’Inde hérite l’aspiration à détacher, d’une manière ou d’une autre, le Tibet de la Chine : encadrés dans un corps spécial (Special Frontier Force), les guérilleros tibétains combattent sous commandement de l’armée de New Delhi au cours de la brève guerre de frontière sino-indienne de 1962, puis au cours de la guerre indopakistanaise de 1971. C’est dans ce contexte que s’insère l’appui fourni par le Dalai Lama à la politique indienne d’armement nucléaire.

    La collaboration avec les USA va jouer un rôle plus important encore : s’ajoutant au terrible embargo imposé par Washington et aux opérations persistantes de sabotage ou de terrorisme promues à partir de Taiwan, la révolte tibétaine était destinée, dans les plans de la Cia, à « contraindre Mao à éparpiller ses ressources déjà minces » et à provoquer l’étranglement de la République populaire chinoise. Il est vrai que l’objectif principal ne sera pas poursuivi. Mais dans tous les cas, outre le fait qu’ils affaiblissent le grand pays asiatique, les Etats-Unis « tirent bénéfice des renseignements recueillis par les forces de la résistance » tibétaines. De plus, la CIA et l’armée étasunienne peuvent expérimenter « de nouveaux types d’équipement, par exemple des avions et des parachutes » et « de nouvelles techniques de communication », et accumuler de précieuses expériences ; « les leçons apprises au Tibet » trouvent leur application « dans des lieux comme le Laos et le Vietnam » (11).

    Comme on peut voir, la non-violence du Dalaï Lama n’est qu’un mythe ; sur deux photos de 1972, on peut même le voir, avec le général indien Sujan Singh Uban, passer en revue et haranguer la Special Frontier Force, pour qui il avait donné son « consensus » afin qu’elle soit employée dans la guerre contre le Pakistan, quelques mois auparavant (12). Mais comment expliquer le mythe ? Une fois de plus celui qui va nous aider à donner une réponse est le fonctionnaire de la Cia qui a maintenu des contacts pendant des décennies avec le leader indépendantiste tibétain. En 1950, quand la guerre de Corée éclate, l’agence reçoit des instructions pour que soient conduites contre la Chine non seulement des « opérations paramilitaires » mais aussi une « guerre psychologique » (13). Le projet verra des perfectionnements ultérieurs à la suite de la révolte de 1959 ; le « groupe de stratégie psychologique » invite l’administration Eisenhower à « alimenter la rébellion le plus longtemps possible et à lui donner la plus grande emphase dans les moyens d’information » ; « la Cia paye une société de public relations pour aider les tibétains à publiciser leur cause » (14). L’orientation de fond de cette guerre psychologique avait déjà été définie dans les premières années de la guerre froide : il s’agissait d’ « appeler au rassemblement les bouddhistes d’Asie contre l’expansion des communistes chinois » (15). Au communisme synonyme de violence il fallait opposer le bouddhisme synonyme de non-violence. On ne s’étonnera pas alors que l’ « écran » (screen) de la non-violence commence à auréoler la figure du Dalaï Lama (16). Ce ne sera pas seulement une personnalité singulière qui connaîtra une aveuglante transfiguration mais aussi le monde dont elle est l’expression : le Tibet pré-moderne et pré-révolutionnaire va devenir un lieu d’enchantement, d’où se sont évanouis l’esclavage, le servage, la violence de la classe dominante, et même la violence en tant que telle. En réalité, bien loin de cette idylle, la Lhassa de ce bon vieux temps ressemblait à la « Florence des Borgia » (17). Mais la guerre psychologique, les sociétés de public relations et Hollywood (qui avait déjà joué un rôle central dans la Guerre froide) savent faire des miracles : le Dalaï Lama et le bouddhisme tibétain deviennent l’incarnation de la non-violence.

    Se réclamant de Gandhi et du Dalaï Lama, des cercles qui se disent de gauche et même des radicaux – qu’on pense pour ce qui concerne l’Italie au « Partito radicale transnazionale », dirigé par Marco Pannella- non seulement stigmatisent comme sanguinaires les mouvements de libération nationale ( comme par exemple la résistance palestinienne), mais vont plus loin encore : ignares des leçons de la non-violence et en proie à des pulsions d’homicide et totalitaires, les soit disant « radicaux », en opposition à ces mouvements de libération nationale, appuient régulièrement les guerres lancées par Washington pour l’exportation de la « démocratie » et , avec une emphase toute particulière, les guerres déclenchées par Israël contre ses voisins arabes : en tout premier lieu, contre le peuple palestinien. Le soutien aux guerres israélo-étasuniennes est-il en contradiction avec le principe de non-violence ? Les « radicaux » n ‘ont aucune difficulté à se référer au Gandhi qui, pendant la première guerre mondiale, soutenait l’effort de guerre de l’Empire britannique et faisait taire ses adversaires, en les accusant d’être lâches et même « efféminés ».

    En ce point, la « non-violence » s’est transformée en une idéologie de la guerre (pour le moment froide).

    Extrait (inédit) de « La non-violenza. Dilemmi morali e promesse non mantenute »), (« La non-violence. Dilemnes moraux et promesses non tenues »). Essai, en cours de rédaction.

    Le texte original (et traduction) se trouvera sur le site Domenico Losurdo.

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio, le 17 août 2008. Notes

    (1) Ferguson 2004, p. 276 et Chada 2000, p. 387 et 390.
    (2) Chada 2000, p. 384 et 300.
    (3) Chada 2000, p. 298.
    (4) Chada 2000, p. 319
    (5) Johnson 1989, p. 521 ; dans Paul Johnson cf. Losurdo 2006, chap. III § 9
    (6) Knaus 1999, p. X et 313.
    (7) Knaus 0999, p. X et 274.
    (8) Knaus 1999, p. 178 ; Conboy, Morrison 2002, p.93.
    (9) Knaus 1999, p. 225 et 154-155.
    (10) Knaus 1999, p. 281, 235, 292 et 293.
    (11) Knaus 1999, p. 215 et 316 ; Conboy, Morrison 2002, p.IX.
    (12) Conboy, Morrison 2002, p. 247-48.
    (13) Knaus 1999, p. 63.
    (14) Knaus 1999, p. 204 et 181.


  • Phil279 1er juin 2009 21:17

    « Rappelons que le daïla-lama a été formé par le Waffen SS, Heinrich Harrer.
    Pour juger du caractère “démocratique” du Tibet, laissons-lui la parole dans son ouvrage Sept ans d’aventure au Tibet :
    “La domination qu’exerce les moines du Tibet est absolue. C’est l’exemple type de la dictature cléricale”.
    Il est stupéfiant de remarquer que le dalaï-lama actuel, en 1994, a voulu réunir à Londres des personnalités occidentales ayant connu un Tibet indépendant.
    Sur les sept personnalités, il y avait les deux Waffen SS, Harrer, l’alpiniste, et Beger, l’ethnologue d’Auschwitz [1], et un diplomate chilien du nom de Miguel Sorano qui a fait carrière dans le sillage de Kurt Waldheim, en étant proche de Pinochet et des communautés nazies du sud du Chili ».

    Heinrich Harrer est né le 6 juillet 1912 et mort le 7 janvier 2006. Il s’engage, en 1933, dans les SA (Sturmabteilung), puis en 1938, après l’invasion de l’Autriche par l’Allemagne, dans les SS (Schutzstaffel). Après avoir réussi l’ascension de la première face nord du mont Eiger, le 24 juillet 1938, il devient une des vedettes du régime nazi.
    En 1939, alors qu’il est en Inde pour préparer l’ascension du Nanga Parbat, une montagne de l’Himalaya, il est fait prisonnier par les Britanniques. Il s’échappe en mai 1944 et part se réfugier dans les montagnes tibétaines. Il entre à Lhassa en février 1946 où il devient le précepteur du jeune Tenzin Gyatso, le futur dalaï-lama.
    Il quitte le Tibet pour revenir en Autriche, lors de l’arrivée de l’armée populaire chinoise en 1950.

    En 1952, Heinrich Harrer, publie un livre Sept ans d’aventure au Tibet dont, en 1997, Jean-Jacques Annaud tirera un film, Sept ans au Tibet. Ce film alimentera une polémique sur les liens du dalaï-lama avec son précepteur nazi. Les publications émanant des bureaux du dalaï-lama ont d’abord nié cette relation, puis prétendirent que le séjour de Harrer au Tibet fut une “rédemption”.

    En fait, la présence de Heinrich Harrer au Tibet, durant l’été 39, fait suite à une expédition très officielle, dirigée par un certain E. Schäfer, nommé, en 1936, SS-Untersturmführer de l’état-major de Himmler.
    Organisée par l’Ahnenerbe [2], cette première expédition avait pour mission la recherche des origines de la race aryenne.
    Un des membres de cette expédition était l’ethnologue Beger qui s’illustrera plus tard à Auschwitz par de prétendues recherches scientifiques sur la race aryenne.
    Les fantasmes nazis reposaient sur la prétendue présence d’aryens purs aux confins du Tibet ou de l’Afghanistan. Le Nanga Parbat, objectif de l’expédition Heinrich Harrer, est précisément dans cette région. Rappelons aussi que la croix gammée elle-même est un symbole solaire de la religion traditionnelle tibétaine, choisi comme tel par Adolf Hitler.


    [1] Le Hauptsturmführer Bruno Beger appartenait à l’Ahnenerbe (voir [2]). Compte tenu de la pénurie de “commissaires judéo-bolcheviques”, Bruno Beger fut envoyé à Auschwitz rechercher 115 détenus (79 hommes juifs, 30 femmes juives, 4 originaires d’Asie centrale et 2 Polonais). Ils furent mis en quarantaine et, avec la collaboration d’Eichmann transférés à Natzweiler, où ils furent gazés. Les cadavres furent rapatriés à Strasbourg et mis de côté pour des études raciales.
    [2] L’Ahnenerbe, est une organisation formée par la SS, en 1939, pour explorer “la sphère, l’esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique”. Le président de l’organisation était Himmler, son directeur commercial le Standartenführer Sievers, et l’un de ses chercheurs le Hauptsturmführer Prof. Hirt, directeur du département d’anatomie de l’université du Reich, à Strasbourg.



  • Phil279 24 mai 2009 02:29
    Qui est vraiment « Sa Sainteté le dalaï-lama » ?
    Bouddhisme. Le dalaï-lama est effectue depuis le début de la semaine une visite de douze jours en France qui se dit à caractère religieux. Elle s’inscrit dans une campagne politique sur la crise tibétaine.

    Chef spirituel et temporel du peuple tibétain, le 14e dalaï-lama, réincarnation du 13e et remontant le fil du temps, incarnation physique du bodhisattva de la compassion, c’est-à-dire le bouddha en devenir, s’impose en référence médiatique internationale incontournable. En ce début du XXIe siècle, n’est-on pas tenté de saluer là un net progrès de l’intelligence humaine ?

    Depuis qu’il parcourt le monde, l’hôte aujourd’hui de la France pour une douzaine de jours a su mener sa barque. Mais son nom ne signifie-t-il pas « océan de sagesse », vaste profondeur dans laquelle il puise et façonne des déferlantes d’ambiguïtés sous un visage de vieux gourou sympathique et volontiers railleur.

    Quand le dalaï-lama flirtait avec la CIA

    Selon la doctrine bouddhiste tibétaine, chaque être se réincarne après sa mort. À l’âge de trois ans, Tenzin Gyatso est reconnu, grâce à une série de signes, comme la réincarnation de ses treize prédécesseurs. Le 22 février 1940, il est intronisé dalaï-lama à Lhassa, la capitale du Tibet.

    Il a alors quatre ans. « On me demande souvent si je crois réellement cela, disait-il en 1991. Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Mais (…) considérant mon expérience dans cette vie et mes croyances bouddhistes, je n’ai aucune difficulté à accepter que j’ai un lien spirituel avec les treize précédents dalaï-lamas (…) et avec le Bouddha lui-même. » Voilà pour la filiation. Côté fréquentations, elles sont tout aussi complexes.

    Il est vrai qu’enfant, le saint homme a reçu un nazi autrichien comme précepteur. L’un de ces alpinistes qui attaquaient l’Eiger pour, au retour, avoir le plaisir d’être décoré par Hitler. Le dalaï-lama n’a jamais renié ce maître, auteur de Sept Ans au Tibet, auquel il a rendu visite jusqu’à sa mort. Il eut par la suite d’autres liaisons dangereuses comme le gourou japonais de la secte Aum, Shoko Asahara, qui, en 1995, s’illustra en empoisonnant par gaz les passagers d’un métro de Tokyo, entraînant la mort de plusieurs dizaines de personnes et la contamination de 5 500 autres. Selon une enquête du magazine allemand Stern, les deux hommes se seraient rencontrés à cinq reprises à partir de 1987. Le journaliste Christopher Hitchens, auteur de l’ouvrage His Material Highness, estime que le gourou aurait en outre contribué à hauteur de 1,2 million de dollars à la « cause tibétaine ».

    Entre-temps, dans les années soixante, c’est avec la CIA que flirtait le dalaï-lama à raison d’une aide financière et de l’entraînement de groupes armés tibétains renvoyés sur le Toit du monde pour tenter le coup de main contre l’armée chinoise. Les faits sont connus, révélés et confirmés par les agents américains eux-mêmes. Mais l’image médiatique du prix Nobel de la paix en 1989 est telle que personne n’ose vraiment s’en émouvoir !

    « Vouloir comprendre la « question tibétaine » à partir des déclarations du dalaï-lama et de ses disciples serait comme vouloir reconstruire la Révolution française en se fiant aux « analyses » de la réaction des nobles réfugiés à l’étranger, et qui tendaient à placer tous leurs espoirs dans les baïonnettes des puissances contre-révolutionnaires », écrit un spécialiste de la région.

    Interviewé par le Nouvel Observateur en juin dernier, le chef tibétain ne confiait-il pas que, avant 1959, le Tibet était « fondamentalement » « une société heureuse, une humanité heureuse, paisible en général ». En fait, un régime théocratique des plus arriérés.

    Sous son règne, aristocrates et religieux possédaient 95 % du territoire. Les paysans étaient dans leur majorité réduits au servage. Et dans le registre des « lois », les codes 13 et 16 donnaient le moyen de calculer le juste prix du manant que le seigneur souhaitait vendre ou acheter. Une sorte de charia tibétaine donnait le droit à l’autorité de mutiler pour punir.

    L’obligation politico-religieuse

    Que revendique aujourd’hui celui qui se considère comme « le porte-parole libre du peuple tibétain » ? Officiellement, le dalaï-lama se présente comme un modéré, partisan de la ligne médiane. Face aux indépendantistes, il ne réclame « que l’autonomie du Tibet ». Mais sur son étendue dite historique qui engloberait les provinces du Gansu, du Qinhaï, une partie du Sichuan et du Yunnan, où vivent des petites minorités tibétaines, soit près du tiers de la Chine. Quant au régime politique envisagé, il fleure bon un retour à la théocratie, bien que le principal intéressé s’en défende. Pourtant, la séparation entre sphère politique et sphère religieuse est bien absente.

    La « Constitution » établie par le gouvernement en exil se conclut avec une « résolution spéciale », approuvée en 1991, dans laquelle on proclame l’obligation politico-religieuse de la « foi » et de l’« allégeance » à l’égard de « Sa Sainteté le dalaï-lama », appelé à « rester avec nous à jamais comme notre chef suprême spirituel et temporel ».

    Dominique Bari
    (paru dans l’Humanité du 12 août 2008)



  • Phil279 3 mai 2009 12:26

    La CIA sponsor du Dalaï Lama

    Jean-Paul Desimpelaere   Patrick French, alors qu’il était directeur de la « Free Tibet Campaign » (Campagne pour l’indépendance du Tibet) en Angleterre, a été le premier à pouvoir consulter les archives du gouvernement du Dalaï-Lama en exil. Il en a tiré des conclusions étonnantes.

    Les Chinois ont-ils liquidé les Tibétains ?
    http://www.solidaire.org/ 31-05-2006

    Il en est arrivé à la conclusion dégrisante que les preuves du génocide tibétain par les Chinois avaient été falsifiées et il a aussitôt donné sa démission en tant que directeur de la campagne pour l’indépendance du Tibet (1).

    Dans les années soixante, sous la direction du frère du Dalaï-Lama, Gyalo Thondrup, des témoignages furent collectés parmi les réfugiés tibétains en Inde. French constata que les chiffres des morts avaient été ajoutés en marge par après. Autre exemple, le même affrontement armé, narrée par cinq réfugiés différents, avait été comptabilisée cinq fois. Entre-temps, le chiffre de 1,2 million de tués par la faute des Chinois allait faire le tour du monde.

    French affirme que ce n’est tout bonnement pas possible : tous les chiffres concernent des hommes. Et il n’y avait que 1,5 million de Tibétains mâles, à l’époque. Il n’y en aurait donc quasiment plus aujourd’hui. Depuis, la population a augmenté pour atteindre presque 6 millions d’habitants actuellement, soit presque deux fois plus qu’en 1954. Chiffre donné et par le Dalaï-Lama et les autorités chinoises, étonnamment d’accord pour une fois.

    Les observateurs internationaux (la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé) se rangent d’ailleurs derrière ces chiffres. N’empêche qu’aujourd’hui encore, le Dalaï-Lama continue à prétendre que 1,2 million de Tibétains sont morts de la faute des Chinois.

    Le dalaï-lama est-il une sorte de pape du bouddhisme mondial ?

    Ici, il convient de relativiser les choses. 6 % de la population mondiale est bouddhiste. C’est peu. En outre, le dalaï-lama n’est en aucun cas le représentant du bouddhisme zen (Japon), ni du bouddhisme de l’Asie du Sud-Est (Thaïlande), ni non plus du bouddhisme chinois. Le bouddhisme tibétain représente seulement 1/60e de ces 6 %. Et, enfin, il existe de plus au Tibet quatre écoles séparées. Le Dalaï-Lama appartient à l’une d’elles : la « gelugpa » (les bonnets jaunes). Bref, un pape suivi par peu de fidèles religieux, mais par beaucoup d’adeptes politiques…

    Qui sont ses sponsors ?

    De 1959 à 1972 :

    - 180.000 dollars par an pour lui personnellement, sur les fiches de paie de la CIA (documents libérés par le gouvernement américain ; le dalaï-lama a nié la chose jusqu’en 1980).

    - 1,7 million de dollars par an pour la mise en place de son réseau international.

    Ensuite le même montant a été versé via une dotation du NED, une organisation non gouvernementale américaine dont le budget est alimenté par le Congrès. Le Dalaï-Lama dit que ses deux frères gèrent « les affaires ». Ses deux frères, Thubten Norbu (un lama de rang supérieur) et Gyalo Thondrup avaient été embauchés par la CIA dès 1951, le premier pour collecter des fonds et diriger la propagande et le second pour organiser la résistance armée.

    La bombe atomique indienne : le bouddha souriant

    Dès le début, c’est-à-dire quand il est devenu manifeste que la révolution chinoise allait se solder par un succès en 1949, les USA ont essayé de convaincre le dalaï-lama de gagner l’exil. Ils mirent de l’argent, toute une logistique et leur propagande à sa disposition. Mais le dalaï-lama et son gouvernement voulaient que les États-Unis envoient une armée sur place comme ils l’avaient fait en Corée et ils trouvèrent donc la proposition américaine trop faible. (Modern War Studies, Kansas University, USA, 2002). En 1959, les Etats-Unis parvenaient quand même à convaincre le dalaï-lama de quitter le Tibet, mais il fallait encore convaincre l’Inde de lui accorder l’asile. Eisenhower proposait un « marché » à Nehru : l’Inde acceptait le dalaï-lama sur son territoire et les Etats-Unis octroyaient à 400 ingénieurs indiens une bourse d’études afin qu’ils s’initient à la « technologie nucléaire » aux États-Unis. Le marché fut accepté2. En 1974, la première bombe A indienne fut affublée du surnom cynique de… « bouddha souriant »3.



    1 “Tibet, Tibet”, P.French, Albin Michel, 2005.

    2 Le major américain William Corson, responsable des négociations de l’époque, Press Trust of India, 10/8/1999.

    3 Raj Ramanna, ancien directeur du programme nucléaire de l’Inde, 10/10/1997, Press Trust of India.




  • Phil279 10 avril 2009 14:50

    C’est une tradition qui remonte a la dynastie Qing
    De plus l’actuel dalai lama n’est pas d’origine tibetaine et a du apprendre cette langue qui lui etait etrangere donc d’apres ses propres criteres il devrait laisser sa place a un veritable tibetain

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