@Renaud Bouchard Tout d’abord, merci de m’avoir répondu si longuement. J’ai pris mon temps avant de faire de même, et j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Permettez-moi d’insister sur trois points.
Les frontières Le problème n’est pas de les fermer ou pas. Si le virus s’est répandu partout, c’est parce que tout le monde, aujourd’hui va en Chine pour une raison ou une autre — et en repart nécessairement. Sauf à interdire à nos ressortissants d’en revenir, il sera désormais impossible d’empêcher ce type d’importation de virus. En revanche, on peut prendre des mesures d’isolement sérieuses des voyageurs dès qu’on sait qu’une maladie infectieuse est en cours. Mais ça ne suffira pas, parce que des gens peuvent la ramener avant même que le pays « hôte » ait conscience qu’elle existe.
La peur Désolé pour votre belle-soeur, et tous mes voeux de rétablissement. Il y a près de trente ans, hors de toute pandémie, j’ai attrapé une grippe qui a bien failli avoir ma peau. Or, j’étais sportif, pas en surpoids, pas diabétique et non-fumeur. Aujourd’hui, les chiffres indiquent que le coronavirus s’attaque majoritairement aux personnes très âgées ou très malades. (Age moyen des décès : 80, 2 ans.) En gros, les mêmes cibles que la grippe saisonnière (le plan de déconfinement du gouvernement le prouve bien involontairement). On peut toujours trouver l’un ou l’autre cas exceptionnel, mais ça ne change rien. Vous semble-t-il normal de terroriser des gens qui ne risquent quasiment rien ? Si vous répondez oui, il faudra se confiner tous les hivers (voyez les morts de la grippe) voire toutes l’année (d’autres pneumopathies infectieuses font quarante mille morts par an en France). Cette peur, cher monsieur Bouchard, est en train de rendre fous les Français. Au point qu’ils réclament plus de confinement, histoire de finir de ruiner le pays. Imaginez leur réaction quand le MEDEF et Macron, au sortir de ce cauchemar, les tondront comme des moutons.
Les responsabilités Bien sûr qu’il y en a. Pour commencer, tous ces gens qui se parent de titres ronflants (Haute autorité de ceci, Académie de cela, Conseil de mes deux) n’avaient pas l’ombre d’un plan prêt et applicable en quelques jours alors que l’OMS alerte depuis des années sur les risques d’une pandémie (et croyez-moi, il pourrait y en avoir de bien pires que celle-là : Ebola = deux contaminés, un mort). Ensuite, un président et un gouvernement qui sont allés dans tous les sens, disant joyeusement tout et son contraire. Un gouvernement qui, aujourd’hui, prévoit un déconfinement calamiteux (dix-huit millions d’internés, sans discernement ni sélection) pour s’exonérer de sa nullité crasse (masques, tests, patients laissés à l’abandon avec du doliprane et la responsabilité de s’autodiagnostiquer, j’en passe et des bien pires). Mais ce qui est vital, aujourd’hui, c’est de viser juste et de ne surtout pas se tirer une balle dans le pied. C’est exactement ce que font les Le Pen ou les Mélenchon, qui nous ont, hélas, habitués depuis des années à leur inefficacité.
Article dense, lyrique, plein d’effet de style et de manche... et parfaitement inutile, voire nuisible. Parce que sans le vouloir, ou en le voulant, je n’en sais rien, vous jouez monsieur Bouchard dans la main de Macron et de ses « virus ». Alors, essayons encore une fois :
Age moyen des décès : 80,2 ans. La preuve, enfin que le coronavirus touche très exactement les mêmes cibles que la grippe saisonnière. Les morts plus jeunes sont tous atteints de très graves pathologies. Là encore, c’est le même coeur de cible. En d’autres termes, comme la grippe — dont il est probablement une variante — ce virus tue des gens en état de grande faiblesse auxquels il restait (dans la majorité des cas) une très courte espérance de vie. C’est triste, mais c’est comme ça. Ce qui nous amène au deuxième point.
Taux de mortalité janvier/février/mars 2020 : à peine (2,78%) supérieur à ceux de 2018/2019 et très inférieur à celui de 2017, qu’on évite soigneusement de mentionner, et pour cause. Mais qu’importe ! Les génies qui nous disaient : « Vous verrez, en mars, ce sera terrifiant », entonne à présent la chanson : « Vous verrez, en avril, ce sera l’horreur », et dans deux ans nous aurons probablement droit à « Oui, mais en 2022, vous verrez, quelle hécatombe ! » Comme vous le dites très bien, la presse en rajoute, mais encore plus que vous pensez. Un exemple ? Gros titre que je viens de lire : « Record de morts : 1700 (et quelques). » Dans le corps de l’article, on explique que c’est le rattrapage du week-end de Pâques, où on n’a pas fait les comptes comme d’habitude. Mais combien de gens en resteront au titre et se sentiront confortés dans leur trouille mortelle ?
Je pourrais continuer, mais j’ai du travail (et oui, même à cette heure). L’essentiel que j’ai à dire, monsieur Bouchard, c’est que nous n’arriverons à rien si nous ne soignons pas d’abord la peur irraisonnée de nos concitoyens. (C’est aussi un des apports du Pr Raoult, qui sait ce que le mot « épidémie » veut dire.) En évoquant avec des trémolos dans la plume des milliers de morts qu’on aurait pu éviter (ce qui est faux) vous rendez service à Macron. Parce que vous justifiez son confinement absurde (mal ciblé et improvisé sans la logistique requise) et son déconfinement cauchemardesque (où on fera à la fin ce qu’il aurait fallu faire au début — à la rigueur, car ça n’aurait pas changé grand-chose — soit au moment où ça ne servira plus à rien.) Humblement, je vous le dis, comme à Mme Lepen, M. Mélenchon ou M. Asselineau, arrêtez de surenchérir dans l’horreur, parce qu’en croyant accabler Macron, vous lui décernez en réalité une médaille en chocolat de sauveur de la France.
@nono le simplet Non, mon petit bonhomme. Dans presque toutes les épidémies, le taux de létalité diminue à mesure qu’on dépiste les contaminés. Heureusement, parce que sinon, l’humanité n’existerait plus. Pour votre gouverne, les patients jeunes en réa sont presque tous atteints de pathologie très graves. Avec un peu d’expérience de la vie, vous sauriez qu’un cancéreux de trente ans, en phase terminale, est aussi fragile qu’un vieillard. Et avec un QI supérieur à votre température, vous sauriez aussi qu’un vaccin est loin d’être la panacée universelle. En revanche, c’est le jackpot du millénaire pour le labo qui le mettra au point. Bon courage pour inventer votre économie provisoire. Y penser vous occupera entre deux discours de Macron.