Pour continuer à être honnête, on rencontre toutes sortes de profs ... Sans jugement aucun pour qui que ce soit, j’ai entendu de tout !
Il y a ceux qui, comme je l’ai dit plus haut, sont sorti de l’EN et qui, pour rien au monde, n’y retournaient même s’ils bossent plus, gagnent moins, ont perdu la sécurité de l’emploi, etc.
Il y en a un aussi qui sont sortis et qui galères sévèrement : méprisés à pole-emploi, enchainant les intérims, etc. (taper « démission éducation nationale » => c’est pas tout rose).
Il y ceux qui tentent de sortir et qui galèrent (dont je fais partie). Parce que je n’ai pas évoqué (j’aurais dû) ceux qui démissionnent et dont la démission est refusée, ceux qui sont renvoyés d’un interlocuteur à l’autre et dont la démission prend plusieurs années ! Ceux qui attendent 4 mois après avoir demandé leur démission et qui apprennent que leur démission est effective depuis 3 mois. Ils doivent donc rembourser à l’administration les 3 mois de salaires perçus même s’ils ont travaillé.
Il y a ceux qui voudraient sortir mais qui ont peur pour toutes sortes de raisons : conserver ses avantages (là je dirais que la vie est une question de choix de conscience) ou, ce qui me semble largement compréhensible, avoir peur de faire basculer son foyer (je pense que ce sont les plus nombreux). Partir et mettre en difficulté son foyer ... Bonjour la culpabilité !
Enfin, il y a, comme partout, ceux qui se plaignent par nature ou ceux, qui baignant dans une ambiance morose, deviennent de vraies pleureuses (et pleureurs digne de ce que l’on voyait jadis en Grèce ancienne ...
Et puis ... il y a les mélanges de plusieurs de ces cas.
Pour ma part, je pense avoir atteint un tel niveau de dégoût de l’administration que je veux sortir et faire du bruit (prévenir ceux qui veulent entrer dans ce système). Je pense avoir une conscience et je veux pouvoir me lever le matin (même si c’est dur) et être fier et heureux de ce que je fais. Après, je ne dis pas que je n’ai pas peur pour mon foyer (même si je suis soutenu). Ceci étant, je n’ai certainement pas peur de perdre des avantages. Je ne bosse pas pour le salaire ou les avantages mais par « passion » (le mot est un peu fort mais y’a d’ça) Tout le monde ne pense pas comme moi, c’est vrai. Mais je pense, qu’au-delà des geignards (ils existent soyons franc), il y a quand même pas mal de gens sincères.
« Si vous regrettez vraiment ce temps là, retournez à votre ancien métier ! »
Je ne peux pas revenir à mon ancien métier tout simplement parce que je ne vis plus au même endroit et qu’il n’y a pas d’entreprise similaire là où j’habite maintenant.
« La peur de perdre le statut et les avantages que vous avez aujourd’hui vous empêchent elles de franchir le pas ? »
La peur du changement oui (comme quelqu’un dans le privé qui changerait de job. On a toujours peur de se tromper. Croire en un métier et être à ce point déçu, cela vous casse. Vous doutez donc forcément de ce que vous allez retrouvez). Mais il ne s’agit en aucun cas de la peur de perdre mes « privilèges » de fonctionnaire. Je les laisse sans regret (très sincèrement).
J’ai lu quelques témoignages de profs (des chanceux) qui ont pu quitter définitivement l’EN : pour rien au monde elles ne reviendraient. Comme je les comprends. Dans ces témoignages, il s’agissait souvent de femmes qui, en accord avec leur mari, prenaient le risque d’avoir un salaire moindre pour leur foyer. La solution vient forcément d’un sacrifice mais elles sont heureuses. C’est plus complexe quand on est le seul revenu du foyer ...
Ce que je voulais dire dans mon article, ce n’est pas que c’est plus dur à l’EN qu’ailleurs mais que, contrairement à ce que l’on pense, prof est un boulot psychologiquement cassant et que rien n’est fait par l’administration quand on veut partir (il faut bidouiller des solutions ailleurs et parfois ça marche, parfois on reste sur le carreau). C’est comme laisser un médecin qui n’aime pas son boulot à son poste, on risque la vie des gens. Ici, on risque la scolarité des gamins ...
Pour revenir à votre question « oserez-vous ? » : je suis en train de bidouiller un truc pour travailler dans l’artisanat tout en pouvant continuer de payer mes traites ... je croise juste les doigts pour que ça passe. Si c’est le cas, je m’en serai sorti seul (avec l’aide de quelques proches) et l’EN me laissera un goût très amer.
Le pire, c’est qu’on est réellement sincère quand on s’engage sur cette voie.
Je me rappelle l’année de concours ... je suis resté enfermé pendant un an à apprendre les programmes par coeur, à connaître tous les types d’erreurs fréquentes chez chaque enfant dans chaque matière et les pistes de remédiation et de différenciation qui leur étaient associées ’en vue des épreuves de pédagogie).
Tout ça pour ça ... J’avoue avoir plusieurs fois songé à passer le garde-fou ... Mais, contrairement à ce que laisse paraître le pessimisme de mon article, une flamme brûle encore en moi.
Cependant, certains n’ont pas cette force et je voulais, par mon témoignage, les prévenir avant qu’il ne s’engage de ce gouffre qu’est l’EN ... et qu’il ne soit trop tard (pour les enfants comme pour eux).