D’ailleurs, ça me fait penser qu’il va être très facile et sans doute très tentant de trouver de nouveaux boucs-émissaires dans ces fichiers dès qu’une affaire sordide (faits divers, attentat) traînera un peu en longueur...
le problème n’est pas seulement l’extension du champ des informations collectées et des personnes visées (virtuellement toute information sur n’importe qui). C’est aussi celui de l’informatisation de fichiers autrefois au format papier.
L’accès à ces informations devient donc instantané, et celles-ci peuvent être mobilisées très facilement, y compris donc pour les motifs les plus futiles. Avec l’ancien système papier des RG, on n’allait pas voir la fiche de quelqu’un pour des broutilles. Maintenant, ce sera beaucoup plus simple.
Il ne restera plus ensuite qu’à connecter Edvige avec d’autres systèmes, comme celui qui gère les pass Navigo et hop ! on sera tous beaucoup plus en sécurité. "Dites-donc, vous avez été délégué de classe il y a trente ans, vous avez une âme de meneur. En plus je vois que vous êtes sorti de la station de métro Trucmuche juste avant le début des émeutes. Quelque chose me dit que ce n’est pas une coïncidence. Allez, ouste ! au poste pour 72 heures d’interrogatoire !"
Je ne dis pas qu’aucune adaptation n’est possible, bien au contraire. Et je suis persuadé autant que vous que des innovations techniques/financières vont fleurir afin de rendre un peu moins rude la transition vers un monde de sobriété énergétique forcée.
Par contre l’argument suivant (relatif à l’idée de décroissance) :
Ah ah ! Beaucoup en révent mais ce n’est pas sérieux. Il est impossible de faire dans la décroissance car cela ferait faire un "game over" au système financier et plongerait immédiatement l’occident dans une situation de famine.
me laisse pantois. C’est un peu comme dire "c’est impossible qu’il y ait des tremblements de terre, ça risquerait de casser des maisons et de rendre les gens malheureux".
Le fait est qu’il y a actuellement 85 millions de barils de pétrole qui sont utilisés chaque jour dans le monde, ainsi que 3 mille milliards de mètres cubes de gaz chaque année. Dans dix ans ou dans vingt ans (certains disent à partir de 2007 pour le pétrole conventionnel), ces chiffres vont baisser jusqu’à ce qu’il soit plus rentable énergétiquement de laisser le pétrole et le gaz dans le sol plutôt que d’aller les chercher. Les alternatives à ces énergies fossiles sont plus compliquées à mettre en oeuvre et ont un rendement moindre. De plus, à l’heure actuelle on utilise du pétrole ou du gaz pour les produire, les transporter, les maintenir. Tout ceci sera aussi plus compliqué à l’avenir.
Je ne comprends donc pas comment, à énergie globale inférieure (et décroissante dans un premier temps) on peut continuer à penser que le PIB augmentera sans limite. Si l’on accepte qu’il n’augmente pas sans limite, alors on doit admettre qu’il peut — voire qu’il doit — décroître, au moins temporairement, avant de se stabiliser un jour, peut-être (ou faire le yoyo indéfiniment). Ou alors définir un PIB complètement déconnecté de la réalité et de la capacité de l’Homme à agir sur son environnement.
Pour en revenir à la dématérialisation, dois-je vous rappeler que la production de silicium pour maintenir l’infrastructure technologique debout est grosse consommatrice d’énergie ? Que les réserves de cuivre mondiales sont chiffrées en dizaines d’années au rythme de consommation actuelle ? Que l’extraction, le raffinage, le transport, le recyclage du cuivre et de tous les métaux sont tous consommateurs d’énergie ?
Il faut donc anticiper au maximum la pénurie énergétique (pénurie au sens économique de pénurie relative de l’offre par rapport à la demande, pas dans le sens "plus une goutte de pétrole dans 40 ans") dans tous les secteurs en réduisant notre impact sur les ressources naturelles de manière planifiée (ce mot ne va pas plaire à tout le monde), et pas seulement dans celui de la consommation de papier ! Le mur des ressources naturelles est devant nous, le moment est venu de lever le pied de l’accélérateur.
Tiens ça tombe bien voici un article sur les pannes d’Internet qui privent des millions de gens de services administratifs et culturels divers, et ce de manière de plus en plus fréquente :
la dématérialisation n’est pas LA solution. C’est une solution parmi des centaines d’autres, et elle ne suffit pas à elle seule à sauver la croissance. C’est sympa de pouvoir écouter ses mp3 et gérer ses comptes en ligne, mais quand les prix :
des carburants (pour aller bosser, pour voyager, pour mettre dans le tracteur, pour se chauffer)
des aliments (à cause des tracteurs, des engrais, des pesticides, des pompes pour arroser, des bâches en plastique des serres)
des médicaments (à base de pétrochimie)
des produits d’hygiène et de beauté (idem)
du béton (très énergivore)
de l’eau (qu’il faut pomper, chez les particuliers comme chez les agriculteurs)
quand tous ces prix, donc, augmentent, et bien je doute qu’il reste de quoi faire progresser la vente des disques de la StarAc de manière significative. A moins de vendre des réunions avec ses collègues de bureaux dans Second Life...
Plus sérieusement, et pour aller dans votre sens du développement des services en ligne, le développement de la livraison à domicile serait un vrai plus dans le contexte de pénurie énergétique à venir. Les hypermarchés sont de grandes surfaces (par définition) entre cinq planches de tôle pas du tout isolées, chauffées l’hiver, climatisées l’été, avec des lumières aveuglantes allumées en permanence et des frigos ouverts aux quatre vents. Les remplacer par des hangars noirs et isolés, où l’on stockerait des produits sans packaging excessif et d’où une même voiture de livraison partirait livrer N familles en une course, économiserait énormément d’énergie.
Par contre ces mesures ne sauveront jamais l’économie réelle, trop dépendante des transports routiers (souvenez-vous du "zéro stock" ou des "stocks roulants" des pros de la logistique).
Le maximum d’énergie disponible par humain sur la planète Terre a été atteint au début des années 80. Depuis, ça descend... La décroissance n’est donc pas une "solution", vous avez raison : c’est le futur de l’occident, quelque soit le sens dans lequel vous tournez la question. Il faut donc soit se préparer à ce futur, soit le subir.