L’étrange lecture de l’histoire coloniale de Mr Sarkozy
(les citations entre parenthèses sont tirées du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon du 7 février 2007)
La justification et la réhabilitation de l’aventure coloniale".
Bien loin de la réalité de l’histoire de la colonisation française, mettant de coté les fondements raciaux de la colonisation, l’injustice subit par les « sujets français » selon le code de l’indigénat, et enfin oubliant le caractère inacceptable de la suppression de la souveraineté d’une population sous couvert d’oeuvre « civilisatrice » ; le discours de Toulon tente de réhabiliter et de justifier l’une des pages les plus sombres de notre histoire.
Premièrement, on note que la pierre est jetée sur ceux qui oseraient (répudier l’histoire de France, dénigrer la nation). la (mode de la repentance) est conspuée. Enfin, apogée de ce délire, on savoure le magnifique : (De quel droit demandez vous au fils de se repentir des fautes de leur pères, que souvent leur pères n’ont commises que dans votre imagination). En effet, c’est dans l’imagination féconde de quelques gauchistes que sont nés le massacre de Sétif, les enfumages de Pélissier, l’ignoble code de l’indigénat ou les zoos humains.
A l’opposée de la lecture rationnelle de l’histoire de la colonisation, c’est une image tronquée de cette période que Nicolas Sarkozy nous propose : il souhaite que nous fassions avec lui le (rêve de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc venu accomplir un rêve de civilisation). En effet, selon lui, (beaucoup (de colons) mirent leur énergie à construire des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux). (Beaucoup s’épuisèrent à cultiver un bout de terre ingrat que nul avant eux n’avait cultivé)...
Enfin, ajoutons que pour justifier l’aventure coloniale, le candidat fait allusion à un argument aussi ancien que la colonisation : la mission de civilisation. Cet argument dont les bases idéologiques ne sont que racisme, sentiment de supériorité de l’homme blanc sur le « sauvage » devenu, grâce à cet apport de civilisation le « bon indigène » pacifié et soumis. Je cite : (la méditerranée est pour nous tous le souvenir (...)d’une violence archaïque que le long travail des civilisations n’a pas réussi à éteindre), (on doit respecter les homes de bonne volonté qui ont pensé de bonne foi oeuvrer utilement pour un idéal de civilisation)...
Dans ce discours, le mot civilisation est utilisé 18 fois.
La caricature des peuples anciennement colonisés, ou le mythe du nouveau barbare.
Dans la continuité de l’image du sauvage exploitée par les pires colonisateurs, Sarkozy nous décrit les « nouveaux barbares » effrayants, rétrogrades et représentant pour la « civilisation occidentale » un péril mortel. Cette image caricaturale, xénophobe et populiste convaincra l’auditeur , comme nous le verrons plus tard, de la nécessité d’une nouvelle oeuvre coloniale.
On savoure ainsi le (ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l’excision ou le mariage forcé). Notons aussi : (nous pouvons avoir la paix ou la guerre, la meilleur part de la civilisation mondiale ou le fanatisme et l’obscurantisme). Pour ceux qui ne serraient pas encore effrayé par le péril de ces hordes barbares, on citera : (la méditerranée cessa de représenter une promesse pour ne plus constituer q’une menace). Enfin, le magnifique (choc des civilisations) est lâché, pour achever les plus téméraires, ou tolérants d’entre nous.
La promesse d’un nouvel ordre néocolonial.
Les barbares étant à nos portes et la civilisation de notre coté, il ne reste plus qu’à fonder un nouvel ordre colonial qui ravira les nostalgiques de l’Oas ou de la main rouge : (jusqu’a quand l’Europe attendra t’elle pour construire l’Afrique de demain ?) A L’Europe paternaliste de construire une Afrique sortie grâce à la civilisation de son (arriération tribale) ? Ou plutôt vivant sous le joug d’une politique faite de soutiens aux tyrans afin de faciliter notre accès aux matières premières que ce continent détient.
L’ancien empire français maître des mers a de beaux jours devant lui : (La France augmentera notamment ses moyens aériens et maritimes, parce que j’ai la conviction que ses son droit, son devoir (...) et parce que je crois à la vocation maritime de la France).
On trouve aussi le honteux (faire une politique de civilisation, voila à quoi nous incite la méditerranée ou même les républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l’art et de la pensée). On savoure le (je veux être le président d’une France qui s’efforce de fonder l’ordre du monde sur les valeurs spirituelles et morales qu’elle incarne aux yeux des hommes).
En fin de discours, on trouve le très inquiétant (il suffit d’unir nos forces et tout recommencera).
Nul besoin de commentaire, tout est là.
Arnaud.