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Commentaire de nounou

sur Azouz Begag : « une fatwa médiatique »


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nounou (---.---.154.164) 15 avril 2007 16:07

Identité et immigration : Dualité ou complémentarité ? Comment peut-on être Français au XXIe siècle ?

par Chems Eddine Chitour

« Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne nous raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans ou leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! (...) Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » [1]. Général de Gaulle

Ces mots du général résument à eux seuls toute la problématique de la condition « d’être français » tel que le pensait de Gaulle il y a une cinquantaine d’années en plein XXe siècle. Qu’en est-il aujourd’hui de l’identité française au XXIe siècle ? Doit-on la circonscrire uniquement aux Gaulois à têtes rondes pour paraphraser San Antonio dans « l’Histoire de France », assiégés à Alésia et qui résistent astucieusement aux Romains, grâce en soit rendue à Asterix et son ami Obélix tombé accidentellement dans la soupière du druide Panoramix ? Doit on au contraire faire du désir d’être ensemble le ciment d’une identité du XXIe siècle ?

En 1882, Renan pouvait définir la nation comme « une âme, un principe spirituel ». Les Français partageaient une même histoire et un égal désir de vivre ensemble. Comment peut on définir l’identité ? D’après le Nouveau Larousse encyclopédique, l’Identité caractérise ce qui est permanent et fondamental chez quelqu’un ou dans un groupe. Si la notion d’« identité nationale » n’apparaît pas dans le dictionnaire, on trouve la notion d’« identité sociale » définie comme la conviction d’un individu d’appartenir à un groupe social, reposant sur le sentiment d’une communauté géographique, linguistique, culturelle, et entraînant certains comportements spécifiques.

S’agissant de la Nation, la première acception du mot désigne, au sens large, une grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle et économique. En droit, la nation est une communauté politique distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté. L’État est constitué d’une population, d’un territoire et d’une organisation communs. C’est une institution qui détient le pouvoir et exerce son autorité sur un peuple. Enfin, la République au sens littéral, c’est une forme d’organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l’exercent en vertu d’un mandat conféré par le corps social.

Avant de parler de l’identité nous allons traiter du sort actuel de ceux qu’elle vise, il est bon de rappeler la condition qui est faite aux immigrés même naturalisés français du fait d’un racisme que Pierre Tevenain et Said Bouamama, deux sociologues français, qualifient de post-colonial. Ils écrivent : « Comment peut-on ne pas parler de racisme ? Comment peut-on parler des formes contemporaines du racisme sans évoquer deux de ses principales généalogies : les systèmes esclavagiste et colonial ? De ces enquêtes, il ressort en effet que, depuis plusieurs décennies, deux phénomènes sont observables : d’une part, les vagues d’immigration les plus récentes sont toujours les plus dépréciées, les plus craintes ou les plus méprisées, les immigrés issus de pays anciennement colonisés, notamment d’Afrique, font exception à cette première règle. Si les immigrants italiens, polonais, arméniens ou portugais ont pu être, à leur arrivée en France, l’objet de discours infâmants et de mesures discriminatoires d’une grande brutalité, souvent comparables par leur forme et par leur violence à ce que subissent aujourd’hui les immigrants post-coloniaux, il n’en est pas allé de même pour leurs enfants, et moins encore pour leurs petits-enfants.

On ne peut pas en dire autant des enfants d’immigrés maghrébins ou noirs-Africains, seuls condamnés à l’appellation absurde - mais éloquente politiquement - d’« immigrés de la deuxième ou troisième génération », et aux discriminations qui l’accompagnent ». « Si le racisme est, selon la formule d’Albert Memmi, « une valorisation généralisée et définitive de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ou des privilèges » [2], il y a bien un racisme spécifique qui s’est construit comme une légitimation de l’agression et du privilège coloniaux : Le racisme post-colonial n’est donc pas une simple survivance du passé. Il s’agit au contraire d’une production permanente et systémique de notre société, les représentations héritées du passé étant reformulées et réinvesties au service d’intérêts contemporains.

L’imaginaire colonial se réinvestit notamment dans la manière d’appréhender les situations d’inégalité réelle. Dans le regard du colonisateur, les inégalités produites par le système colonial ne sont pas niées, mais leur genèse est refoulée, et recouverte par une explication biologique ou culturelle : le manque d’ardeur au travail du colonisé n’est par exemple pas expliqué par le rapport social colonial, qui impose au colonisé des conditions de travail éreintantes tout en le privant de toute initiative et de toute jouissance du fruit de son travail, mais par la congénitale indolence « de l’Africain » ou par l’incorrigible indiscipline « du Maghrébin ».

« Le mot d’ordre d’intégration impose également à ses destinataires une obligation de réserve, de discrétion, voire d’invisibilité. Eric Savarèse a montré comment le regard colonial tendait à invisibiliser le colonisé, ou à en faire le simple miroir dans lequel « la France » contemple son propre génie « civilisateur », et Abdelmalek Sayad a montré que cette invisibilisation était reproduite à l’endroit de l’immigration : Il en va de même aujourd’hui pour les jeunes Français issus de la colonisation : eux aussi sont invisibilisés. Eux aussi sont sommés de ne pas être « ostentatoires ». Eux aussi sont les objets d’une injonction à la politesse et la discrétion alors même qu’ils font quotidiennement l’expérience du mépris et de l’injustice sociale. Et toute stratégie de visibilisation de leur part est ressentie comme une menace, un « refus d’intégration » ou un « rejet de la République ».

« Si le racisme est le refus de l’égalité, l’intégration est précisément le mot d’ordre qui permet d’évacuer la question égalitaire. En effet, si être « intégré », être « inclus », avoir « sa place » vaut mieux que d’être purement et simplement exclu, ces termes ne disent pas de quelle place il s’agit. Un serviteur a « sa place », il est inclus et intégré - il n’en demeure pas moins subordonné, méprisé et exploité Le mot « intégration » n’est en effet jamais autant utilisé par l’État français que lorsque les colonisés réclament l’égalité des droits, l’autodétermination ou l’indépendance - ou, plusieurs décennies plus tard, à partir de 1983, lorsque leurs descendants « marchent pour l’Égalité » [3] [4].

Comment se construit l’identité nationale ?

Tout a commencé il y a quelques mois par une petite phrase : « La France : Aimez-la ou quittez-la » Ce mot d’ordre n’a même pas le mérite de l’originalité. Il a été emprunté à Ronald Reagan, le président Rambo des États-Unis de la décennie 1980 (1980-1988) qui entendait par cette formule neutraliser les critiques contre l’aventurisme américain dans la période post Vietnam. Tout naturellement, la question de l’identité nationale vient de faire son apparition dans la campagne électorale après des déclarations de Nicolas Sarkozy. La proposition d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, renoue avec une tentation politique plus contemporaine, qui avait saisi la droite dès 1984. Le Front national, inspiré par les penseurs de la Nouvelle Droite, venait alors d’ériger la défense de l’identité française menacée, en cheval de bataille.

Le RPR et Valéry Giscard d’Estaing lui emboîtèrent le pas en prônant une réforme du code de la nationalité directement inspirée par Jean-Marie Le Pen. C’est l’époque où le député (UDF) Alain Griotteray proclamait l’inassimilabilité des « immigrés musulmans » et où Le Figaro magazine se demandait : « Serons-nous encore français dans trente ans ? ». L’obligation de parler français et de suivre une formation civique, elle, est déjà obligatoire pour l’obtention d’une carte de résident. La mère de Zidane ou les ancêtres de... M. Sarkozy parlaient-ils français à leur arrivée en France ? L’historien Max Gallo longtemps de Gauche rallié à la Droite, pense que « Ce concept se trouve au cœur de l’œuvre de Michelet. Depuis, Ernest Renan, Marc Bloch et bien sûr Fernand Braudel en ont fait leur problématique centrale », souligne l’auteur de L’Âme de la France.

Quelle est, à ses yeux, la singularité de ce pays ? « Le droit du sol, par opposition au droit du sang. Le principe d’égalité, qui en découle. Celui de laïcité, aussi, pour que les individus puissent être égaux, quelles que soient leurs convictions religieuses », énumère l’historien. Pour lui, l’identité nationale française s’appuie aussi sur le rôle prééminent de l’État, tenu de réprimer les « tendances centripètes », ainsi que sur la langue, facteur d’unité, au même titre que l’école, qui « modèle » les futurs citoyens.

Autre élément constitutif, précisément, le rapport individuel de chaque homme à l’État. Et, pour finir, « même si l’évolution juridique n’a pas toujours suivi, même si elle n’a obtenu le droit de vote qu’en 1946 », la place de choix réservée à la femme. René Rémond établit un parallèle avec l’évolution de la langue : « À la commission du dictionnaire de l’Académie française, dont je suis membre, l’on introduit quantité de nouveaux mots empruntés à des langues étrangères. Ils enrichissent le français, mais n’affectent pas sa syntaxe, qui modèle la structure de l’esprit. »

De la même manière, poursuit René Rémond, l’influence de la religion sur l’identité nationale a évolué. « Longtemps, on n’était français que si l’on était catholique. Puis une rupture est intervenue, à la Révolution. Certaines valeurs du christianisme, comme la personne, la liberté, l’ouverture sur le monde, sont restées au cœur de l’identité nationale, mais sous une forme sécularisée. L’identité nationale se doit d’être ouverte, « Elle se modifie sous l’apport bénéfique de populations venues d’ailleurs. Mais il faut tout de même s’interroger sur la façon dont elle va évoluer, à chaque flux migratoire », s’inquiète Max Gallo.

A suivre


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