À en croire Michel Wieviorka, il est en tout cas indispensable de revenir aux fondements juridiques de l’identité nationale. « Il existe des critères objectifs pour déterminer qui en relève et qui n’en relève pas. On est Français ou on ne l’est pas... La grandeur d’un pays consiste à reconnaître les différentes identités qui se manifestent sur son sol », veut croire Michel Wieviorka [5].
Le lien entre immigration et identité nationale en débat
Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy parlent tous les trois de l’identité française, mais seul ce dernier la lie à l’immigration. Nicolas Sarkozy, a fait de la nation, depuis l’année dernière, l’un de ses chevaux de bataille. « Le Pen n’est pas propriétaire de la nation, ni de l’identité nationale », a-t-il ainsi affirmé. Un constat qu’opère également François Bayrou lorsqu’il écrit, que la France est « à l’épicentre d’un séisme qui vient de loin, au point de rencontre de deux forces antagonistes qu’il va falloir conjuguer. Une force qui vient de dehors : l’onde immense de la mondialisation. Une force qui vient du dedans de notre peuple et de notre histoire : le grand courant national qui a produit le modèle républicain. ».
« Évoquer Fernand Braudel et Marc Bloch, écrit J.P. Pierot comme le fait Max Gallo, pour tenter de défendre le dernier clin d’oeil de Sarkozy en direction de l’extrême droite relève, au mieux, d’un abus de langage. Les mots sont les mots et les faits sont têtus. La conception sarkozyenne de l’identité nationale n’est pas celle de Braudel et de Bloch. Elle est déjà à l’oeuvre dans la traque aux enfants de sans-papiers, dans les caricatures et les amalgames, martelés par le ministre de l’Intérieur candidat à longueur de discours, présentant les immigrés comme une menace dont il faudrait de prémunir. Avec ce projet de ministère, cette conception de l’étranger, danger pour la France de « deux mille ans de christianisme » deviendrait politique d’Etat. Ce qui, on est au regret de le constater, nous rapproche plus de l’idéologie de la « révolution nationale » pétainiste que des principes républicains de la Révolution française et donc de notre véritable identité nationale ». [6].
En recourant à la trompette de l’« identité nationale », Nicolas Sarkozy amorce un tournant stratégique limpide : séduire les électeurs de l’extrême droite. Vichy n’est pas la seule réponse, car la crainte d’une dénaturation de la nation par l’immigration et la tentation de sélectionner les étrangers « bons pour la France » est à peu près aussi ancienne que le phénomène des migrations modernes. Pour l’histoire, dès 1880, les Belges, parmi les premiers migrants, étaient traités de « vermines ». Dans l’entre-deux-guerres, « ritals » et « polaks » ont longtemps été considérés comme « inassimilables » tandis que juifs et Arméniens étaient accusés d’« abâtardir la race ». Mais il faudra attendre 1945 pour qu’un organe de l’Etat républicain, le Haut Comité de la population, prône une sélection des étrangers basée sur leur « assimilabilité ».
Dans cette logique, les Européens du Nord sont les mieux notés, à l’opposé des Africains du Nord, relégués pour cause d’« incompatibilité entre l’islam et la civilisation européenne ». Cette mécanique, défendue par une partie de l’administration, n’a jamais été appliquée parce que, dans l’euphorie de la reconstruction puis des trente glorieuses, le patronat a opté pour la main-d’oeuvre bon marché, fût-elle considérée comme « indésirable » [7].
Dans la VIe République prochaine de la Gauche ou de la Droite, la politique migratoire se ferait en fonction du prototype identitaire français. L’immigration serait refusée à celui qui ne connaît pas la langue française, qui a une tenue vestimentaire qui dépareillerait la France, qui a un nom à consonance particulièrement étrangère et étrange, non conformes à la France de Charles Martel. Il ne devrait pas être noir, tout comme les Gaulois ne l’étaient pas. S’il veut être français, il faudra qu’il passe à travers les gouttes de pluie, qu’il gomme ses aspérités identitaires et cultuelles .
C’est un sale temps pour les basanés coupable d’un délit : le faciès.
Professeur Chems Eddine Chitour