La réaction qui tend à minimiser le rôle de Bayrou dans cette élection est à la fois abusive et révélatrice. En effet, il ne représente « que » 18%, mais dans cette logique on peut dire que Ségolène n’en représente « que » 25% soit 75 qui n’ont pas voté pour elle. Cette logique tend à rejeter une partie de la population comme n’étant plus représentable.
En tous cas ça montre une déficience du système : 18% votent Bayrou et peuvent cpt ne pas être représentés.
Bayrou a suivi sa logique qui est de laisser ses électeurs choisir : c’est admettre que ses électeurs ont la liberté
de penser. Mais d’un autre côté il met en avant les points positifs et négatifs qu’il décèle dans les 2 programmes. Remarque au passage : la critique bcp plus sévère de Sarko décrit comme un « danger pour la démocratie », alors que c’est principalement la politique économique du PS et les problèmes qu’ils peuvent entrainés, que Bayrou a mis en avant. Enfin quand il dit qu’il sait pour qui il ne votera pas, il déclare explicitement qu’il rejette Sarko, donc qu’il est plus proche de la gauche malgré les lacunes (car il y en a, et ce n’est pas en appelant à voter PS « pour faire barrage » (quel programme d’envergure !!) que nous construisons la démocratie).
Il y a cette double critique de Bayrou que l’on entend souvent : 1) le manque d’engagement parce qu’il n’est ni à droite, ni à gauche. Il ne se « positionne » pas, 2) Il est opportuniste. La première critique est biensûr non fondé ou plutôt fondé sur les vestiges représentationnels de la droite et de la gauche. La politique de ces dernières années
s’est résumée à des représentations idéologiques
qui obligeaient la gauche à bloquer la droite par principe, et qui amène à voter à gauche pour son image sociale sans prendre en considération ses propositions pratiques. Ce qui est intéressant chez Bayrou c’est en effet de dépasser ce clivage et d’amener une nouvelle possibilité
de penser la politique non comme opposition-blocage mais idéalement comme opposition dialectique, c’est à dire comme débat constructif,libéré du carcan représentationnel. Les 2 quarts non représentés par la gauche ou la droite sont tellement habitués à prendre position pour ce qui ne les représente pas directement qu’ils n’ont pas conscience que ce centre c’est eux. Donc, à mon sens et à l’inverse de la première critique, Bayrou s’engage plus que les autres en voulant sortir des sentiers battus et en proposant une voie nouvelle qui est celle de restaurer un débat lié aux réalités. Montrer qu’il ne se laisse pas influencer par les menaces de Sarko lui donne une crédibilité et contredit la seconde critique.
Bayrou a accepté le dialogue avec Ségolène et a implicitement appeler à voter pour elle. Ca montre qu’il n’est pas attaché à la droite et qu’il est véritablement ouvert à la gauche, qu’il est possible de lier les forces, que son objectif est de faire une politique constructive. Le geste de Ségolène vers Bayrou, aussi arriviste soit il ouvre une porte. Ca apporterait du changement : une femme présidente travaillant en collaboration (et non en cohabitation : les anciens collocataires droite/gauche ayant montrer un hermétisme réciproque) avec le centre.
Je crois qu’il y a une « bayrouisation » des esprits, ou que les esprits qui ne se reconnaissent plus dans les débats stériles et stéréotypés droite/gauche ont trouvé une voie avec Bayrou. Donc Bayrou s’il n’apporte pas UNE réponse pose au moins DES questions.