Cet article est bienvenu. L’appel de Mikis Theodorakis mérite réflexion. Il existe en plusieurs langues.
Moi-même non communiste, j’ai été très sévère et critique par rapport aux dérives du communisme sans pour autant condamner globalement ce système socio-économique. Il y a eu d’autres dérives tragiques dans l’histoire de l’humanité, notamment les crimes de certaines religions, les crimes du nationalisme, principalement durant les deux guerres mondiales. Et il y a aujourd’hui ceux d’une religion et d’un système économique dévoyés qui se cherchent d’ailleurs souvent, de façon très discrète, et même secrète, des alliances, des soutiens et des complicités dans des milieux mafieux. Et ceci sans qu’il soit question de condamnation. Quels qu’en soient ses auteurs, tout crime doit être dénoncé et combattu, au passé comme au présent, sans oublier ceux qui préparent au présent les crimes du futur.
Mettre le communisme, né de l’aspiration à plus d’équité sociale et de progrès, au même niveau que le nazisme, foncièrement totalitaire, xénophobe, raciste, antisémite et criminel, méprisant envers la femme, me paraît être une dérive inadmissible. Je désapprouve totalement toute démarche qui, par une telle condamnation sans nuance, occulterait les crimes du présent. Il y a en cela les relents d’une manoeuvre politique visant en premier lieu à souiller globalement l’image du communisme.
Ce n’est pas le communisme qui est en cause, mais des individus sans scrupules qui se sont emparés des postes de décision et du pouvoir, allant jusqu’à éliminer des communistes authentiques qui s’opposaient à toute dérive criminelle. Très nombreux sont les communistes qui ont souffert moralement et physiquement et qui ont même été exécutés pour avoir refusé de tels agissements. Beaucoup de communistes sont restés communistes après avoir particulièrement souffert de cet état de fait, entre autres l’auteur de « 7000 jours en Sibérie », Karlo Stajner.
Il y a eu dans l’histoire du communisme ce que, dans la religion catholique, on nomme des « saints », des gens infiniment dévoués, sincères, généreux, honnêtes, courageux, prêts au sacrifice de soi pour le bien de l’humanité. L’un des écrivains qui ont le mieux compris cela est Gilbert Cesbron dans « Les saints vont en enfer ». Ils se sont sacrifiés non point pour servir un pouvoir totalitaire mais pour la justice en faveur du plus grand nombre.
Il y a eu de vrais humanistes dans l’histoire du communisme, aucun sous le nazisme qui est la négation de tout humanisme.
Il conviendrait avant tout de s’interroger sur ce qui a amené à des dérives aussi tragiques, de ne pas se laisser influencer par ceux qui montrent du doigt des crime du passé pour détourner l’attention de leurs
propres crimes du présent. Fidel Castro aurait sans doute eu un tout autre destin si le pouvoir corrompu de Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis, qui avaient fait de Cuba leur Lupanar, ne l’avait conduit, avec d’autres hommes, à combattre une politique dégradante pour le peuple cubain. Les exemples sont innombrables et la lecture de « War is a racket », du général Smedley Butler, ou de « Killing Hope - U.S. Military and CIA Interventions Since World War II » de William Blum (Les guerres scélérates : interventions de l’armée US et de la CIA depuis 1945, de William Blum)devrait amener à s’interroger sur les origines de telles dérives. Nul ne peut ignorer de quel type de doctrine économique Pinochet, Saddam Husssein, Ben Laden et bien d’autres sont les produits. Mobutu et Duvallier n’étaient pas gênants, s’ils avaient été communistes, tout aurait été différent.