Dans cette affaire, il s’agit de savoir si les caricatures en question peuvent à bon droit être considérées comme une insulte à l’égard de tous les musulmans et non pas seulement une condamnation des islamistes violents et si la liberté d’expression implique la liberté de stigmatiser une croyance religieuse et d’attiser le haines entre les hommes, en l’occurrence d’accroître l’islamophobie, jusqu’à provoquer le guerre des Dieux.
À la première question, le réponse ne peut être que positive :
Dans leur contenu comme dans leur forme ces caricatures présentent celui qui est considéré comme le prophète par tous les musulmans comme un dangereux terroriste. C’est indiscutablement une insulte, dès lors que Mohammed est la référence de tout musulman, terroriste ou non, et que pour un musulman le représentation de Dieu et du prophète est un sacrilège et ne peut être vécu que comme la marque d’un mépris insupportable à l’égard d’une religion à laquelle ils s’identifient. Cet amalgame méprisant entre la figure infigurable du prophète et les islamistes violents ne peut qu’attiser la haine entre les musulmans et ceux qui sont sensibles à l’islamophobie. De même à une autre époque la représentation du juif Shüss, justement interdite aujourd’hui en tant qu’incitation à la haine raciale et/ou ethnique, était l’expression d’un anti-sémitisme dont on sait les conséquences. Je ne vois entre ces caricatures islamophobes et celles, antisémites de hier, et qui sont aujourd’hui interdites, aucune différence quant aux effets qu’elles visent (ou peuvent) à produire ;
D’où la deuxième question : A-t-on raison d’interdire une liberté d’expression qui vise à insuffler le mépris généralisé d’une religion ? La réponse est encore oui.
La liberté a pour condition le respect de celle des autres ; or toute expression outrageusement caricaturale qui est (et/ou peut être précisément interprétée comme) une insulte infamante visant à attiser la haine est une atteinte à la liberté de ceux que l’on méprise ouvertement, voire un appel à la violence à leur égard. Ce qui définit l’insulte n’est pas seulement un fait objectif mais l’aspect humiliant d’une relation, non pas seulement du point de vue de l’insulteur présumé, mais tout autant, sinon plus, de celui qui se sent insulté.
Ces caricatures n’ont, en ce sens, rien à voir avec la critique argumentée des idées et comportements de ceux qui se réclament de cette religion, voire de ceux qui prétendent avoir autorité sur les croyants. Mais critiquer n’est pas insulter ; dès lors que des arguments rationnels sont avancés et que l’on cible les idées et les actes et non une communauté de croyants dans son ensemble, on respecte chacun d’entre eux en faisant appel à son esprit critique et à sa capacité de réflexion, tout en lui laissant le droit de répondre dans les mêmes conditions.
Que ceux que l’on critique soient eux-mêmes intolérants ne change rien à l’affaire : c’est leur intolérance qui est condamnable et non leur religion dans son ensemble, ni les symboles plus ou moins sacralisés, du reste toujours polysémiques, auxquels ils sont attachés.
Défendre ces caricatures comme la manifestation de la liberté d’expression, c’est pervertir la liberté en son contraire.
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