Je n’ai pas cité le texte du commentaire, mais j’y réponds point par point :
* concernant l’inquisition et les procès de moscou :
L’aveu permet de restaurer le sentiment de réalité pour autant qu’on puisse le juger sincère et véritable et donc non contraint. Les formes brutales d’extorsion de l’aveu ont pu servir cette même fonction de construction sociale d’une réalité (c’est le méchant, nous sommes les gentils) mais, fort heureusement, elles sont de moins en moins acceptées dans nos démocraties même si le cas de Stanley Tookie Williams est un exemple de la manière dont elles persistent malgré tout. Il aurait pu sauver sa vie en avouant. Il ne voulait pas démordre la réalité. Il en a payé le prix face à une société qui en avait une autre représentation. La raison du plus fort...
Lorsque Chirac a amené la nation française à assumer son implication et sa responsabilité dans la mise en œuvre de la Shoah, le faisait-il sous la pression de quelque inquisition ou procès de Moscou ? Pas le moins du monde. Il l’a fait parce qu’il compris que c’est ce qui devait être fait. L’état français a contribué à la Shoah, il était normal et nécessaire qu’il l’assume. La question est dorénavant : comment pourrait-on s’en tenir là et se croire quitte de tout ce qui a précédé (ou suivi, je pense à la responsabilité de l’état français dans les massacres au Rwanda) ?
* concernant l’effacement de l’héritage chrétien :
Je ne vois pas le sens de la question. Sous le rapport de la chrétienté, puisque nous y sommes, la chose la plus évidente qui me vient à l’esprit c’est ce passage des évangiles où est stigmatisée l’hypocrisie qui consiste à dire en substance « la violence de nos pères n’est pas la nôtre. » Ce à quoi les évangiles invitent les chrétiens, c’est à ne pas se désolidariser de leur pères, dont ils ont hérités, et à reconnaître que leur violence est aussi la leur. Cette repentance est la condition de possibilité d’une rédemption. Je trouve amusant de reconnaître que sur ce point, Schwarzenegger a raison.
* sur le christianisme comme obstacle à l’« unanimisme » :
Comme je viens de le dire la tradition chrétienne n’est pas un obstacle à la réconciliation non violente, ce dont elle est porteuse au plus essentiel, ce que Girard a dégagé, nous montre qu’au contraire, elle en est le modèle. Sous ce rapport les chrétiens devraient être modèles. Il est clair que l’Eglise, en tant qu’institution n’en est pas un. Elle a mis 400 ans à reconnaître ses errements vis-à-vis de Galilée et n’a fait qu’un simulacre de repentance vis-à-vis de sa responsabilité dans la Shoah.
* sur Confiant :
Oui, bonne suggestion. Voici un site où se trouve son texte :
http://www.volcreole.com/forum/sujet-29499.html
Quant à la question du qualificatif « innommable » merci de relire la mise en perspective que j’en donne à la fin de mon texte.
Il me semble que tout le monde a le droit de se réclamer des droits de l’homme. Confiant ne fait que pointer l’incohérence qui consiste à faire la morale quand on est pas soi-même capable de l’incarner.
* sur l’attitude victimaire et le fait Girard nous en donne les clés de lecture :
Oui, tout à fait. Se placer en position de victime est souvent le meilleur moyen pour être légitimement accusateur. Putine a très bien joué de ça (les attentats de Moscou de septembre 99) pour partir en guerre contre la Tchéchénie. Bush a fait de même avec les attentats du 11 septembre 2001 pour partir en guerre contre l’Afghanistan et l’Irak. Girard nous a montré que c’est toute l’histoire qui est tissée de ces logiques de l’accusation.
Ce qu’il faut voir à présent, c’est qu’accuser l’autre de se poser en victime, c’est rentrer dans une réciprocité violente d’accusation réciproque. Le seul moyen d’en sortir, c’est de cesser de rejeter la faute sur l’autre (voire sur ses pères) et d’assumer les siennes.
Quand l’autre m’accuse d’un fait, dois-je me défendre en l’accusant de m’accuser ou dois-je reconnaître ce fait ? Etre responsable, c’est reconnaître. Tout le reste est une dangereuse irresponsabilité qui nous mène à l’escalade. C’est cela que Girard a montré.
* Enfin, sur Gans :
Je ne connais Gans que sous le rapport de la gènese du langage et il ne m’a pas convaincu, je reste girardien. En quoi Gans est-il pertinent ici ?