Le philistin est celui qui ne fait jamais rien gratuitement. Il étudie pour avoir un métier, il travaille non pas parce qu’il aime ce qu’il fait, mais pour gagner des sous. La nature première du philistin l’amène à se détourner de l’art. Mais il existe aussi des philistins cultivés. Le philistin cultivé se cultive donc, non pas par amour de l’art, mais pour utiliser sa culture pour exister aux yeux des autres. La culture lui sert de monnaie d’échange. Aussi, le philistin n’a pas vraiment d’idées personnelles qu’il pourrait défendre jusqu’à la mort. Le philistin pense comme la moyenne de son univers social pense. Avec le philistin, nous sommes tranquilles, par besoin d’essayer de le convaincre de changer d’idée car il n’a pas d’idée, il suivra toujours le courant dominant. Donc la bataille des idées doit se dituer ailleurs, auprès de ceux pour qui l’art est une nécessité vitale d’un point de vue existentiel. Le philistin est prisonnier de son « amour propre », au détriment de son « amour de soi » pour reprendre uen distinction établie par Jean-Jacques Rousseau. « L’amour de soi » est cet instinct de conservation qui nous amène à nous battre pour éviter de périr, par exemple au milieu de la brousse mangé par un lion. « L’amour de soi » s’accompagne toujours selon Rousseau d’une sorte de compassion pour notre semblable en qui nous voyons qu’il partage les mêmes difficultés pour survivre que nous. « L’amour propre » c’est autre chose, c’est ce besoin de toujours se comparer à l’autre pour tenter de le dominer soit en achetant la plus grosse voiture, en réalisant la plus grande maison et ce genre de choses. « L’amour propre » nous force à nous comparer à l’autre et finalement nous amène à ne plus avoir de compassion à son égard, puisque l’autre finit toujours par représenter pour nous une menace. Telle est la vie du philistin. Il existe aussi des philistins qui s’exercent dans des professions dites artistiques. De ce point de vue le geste de Rindy ne peut apparaître à leur yeux comme un ultime défi à leur misérable existence toute tournée vers la « provocation cloutée », et en somme bien normative, puisque voulue et entretenue par l’institution.
Mais rassurez-vous « le philitinisme » n’est pas une catégorie essentialiste. Il suffit, le soir venu, d’effectuer un retour sur soi-même et se demander ce qu’on veut faire de sa vie, le sens qu’on veut y donner pour finir peut être par trouver d’autres voies, « devenir ce qu’on est » disait déjà Pindare. Rien n’est plus difficile que de devenir ce que nous sommes, par delà les conformismes, les habitudes de pensées, notre propre paresse. Il faut se battre pour devenir ce qu’on est.
Au risque de me répéter, Rindy est de ce point de vue une artiste très particulière. Il n’est pas une semaine où elle trouve un logement à un SDF, ou fait à manger pour des familles sans le sou. En tant qu’artiste Rindy est d’abord une mère nourrissière.
Rindy représente l’art de la vie, comme en parlait très bien en son temps Nietzsche. Faire de sa vie une oeuvre d’art. Dans les jours à venir, lorsque je serais rentré chez moi, je vous livrerais des textes qui accrédite cette interprétation.
Il faut dépasser maintenant la polémique pour entrer dans une nouvelle manière de poser la pratique artistique. Merci de votre écoute, et merci pour votre intelligence.