Alors, alors... Voyons... Soyons « pragmatiques ».
Que reproche-t on aux SDF, en gros ?
1. Ils boivent et / ou ils se droguent. C’est très vilain chez les pauvres. Le pauvre se doit d’être exemplaire pour être « méritant », c’est à dire pour qu’un riche se valorise en l’aidant.
« J’ai MES pauvres ». Relire « Germinal ». Pour avoir le droit de se murger ou de se défoncer en toute sérénité, mieux vaut avoir un toit pour le faire à l’abris des regards. Une autre option est d’accéder à un rang social suffisamment élevé pour le faire en public sans que ça porte à conséquence, comme vous faire inviter par Poutine au G8 (c’est la fatigue) ou dans une émission de télé (c’est un artiste à la sensibilité à fleur de peau).
2. Ils ne se lavent pas, ils sont sales, alors qu’on peut se laver partout. Si, si ! Je l’ai vu dans un commentaire. C’est vrai, il y a de l’eau partout ! Allons tous nous récurer de pied en cap sous nos jets d’eaux municipaux et voyons ce qu’il en découle. Sans compter que tout nu dans la fontaine, on aura vite fait de te barboter les quelques hardes qu’il te reste. Les refuges ? Quand il y a de la place, même problèmes de vol et en plus on y attrape des poux. Et on ne peut y aller ni en couple, ni avec son chien.
Les douches municipales ? J’ai testé après un long voyage en train qui devait être suivi d’un entretien d’embauche pour lequel je devais être impeccable : je n’étais pas entrée depuis 5 minutes que l’employée obèse et moustachue tambourinait à la porte me demandant « ce que je foutais » , avant de carrément me couper l’eau, m’interdisant par le fait de rincer l’après shampoing et le masque « anti-fatigue » que j’avais eu l’outrecuidance de me poser- ben oui, on peut choisir de se payer un masque et un après shampoing au lieu d’un hôtel, tout est affaire de choix dans la vie !- J’ai eu beau promettre de payer double tarif et un pourboire royal, rien y fit, j’étais trop jeune et jolie à l’époque, elle a pas supporté. Je me suis retrouvée quasi à poil devant la clientèle d’ « habituées », pochardes couperosées, vieilles édentées, ravies d’humilier la « petite coquette ». Elles jubilaient ! Je ne connaissais pas grand chose de la vie à cette époque, mais j’ai senti instinctivement qu’elles avaient besoin de ces moqueries et de ces injures, que ce n’était pas après moi qu’elles en avaient, que j’étais une soupape de cocotte minute, que ce que j’allais subir un quart d’heure elles se le trimballait pendant une vie, et la misère rend méchant, Coluche le disait, c’est vrai. Alors j’ai continué ma toilette à poil au lavabo de l’entrée (eau froide uniquement) sous les lazzi et les sarcasmes, j’ai séché mes cheveux, (50 cts de francs la minute), me suis soigneusement maquillée, ai revêtu mon beau tailleur spécial « entretien d’embauche », toujours copieusement insultée, voire tâtée comme un melon à l’étalage, (à noter que personne n’avait investi ma cabine de douche restée libre, le spectacle de mon humiliation publique ayant captivé les foules), ai récupéré mon sac dont je découvris plus tard qu’il avait été infesté de puces ( !), et j’ai eu mon boulot. Du coup, j’ai pu me payer une chambre avec salle de bain et de l’insecticide.
Comme quoi, hein ! Si je l’ai fait, tout le monde peut le faire, pas vrai ?
J’attends les volontaires... Vous, dans le fond, là... Hmmm ? Tous les jours ? Ben... Faut voir... Je sens comme une réticence...
3. Et en plus, ils sont méchants. Ben voui, voir au numéro 2.
Pardon pour ce long commentaire plus ou moins hors sujet, mais ce qui me stupéfie le plus chez mes contemporains, c’est leur absence d’empathie, leur incapacité à se mettre « à la place de... ». Beaucoup parlent, écrivent, agissent comme s’ils étaient figés à un instant T , dans une situation S, sans aucune possibilité (ou risque ?) d ‘évolution. Les jeunes sont « jeunes », les vieux « vieux », les malades « malades », les bien portants « sains », les riches « riches », les pauvres « pauvres », etc... Et personne ne souhaite « payer » pour les autres, tout convaincu qu’il est de ne jamais passer d’une catégorie à une autre, persuadé par l’individualisme ambiant de s’ « auto-suffire ». C’est affligeant, mais tellement humain...
Allez, continuez à casser du chômeur, du SDF, du rebelle et du malade ! Vous ou vos enfants en seront un jour... C’est pour ça qu’on vous aime !