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Commentaire de ka

sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines


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ka (---.---.30.12) 8 septembre 2006 00:50

Bonsoir Patrick,

Je vais essayer de te répondre petit à petit parce que sinon je crois que je vais pas y arriver car je n’ai que la soirée pour pouvoir poster et ma tête à ce moment-là a plus envie de faire dodo que de réfléchir. Enfin bref voilà un petit morceau de réponse concernant les berbères et leurs habitations. Je te posterai la suite bientôt je l’espère. J’ai préféré commencer par quelque chose que je connais bien et qui ne me demande pas de faire des recherches. Mais dès que j’aurai un moment de libre j’étudierai les autres points de ton post.

Tu dis :

« Mais je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le fait que dans quasiment tous les villages berbères que je connais, on ne trouve jamais de maisons de village vieilles de 400 ou 500 ans comme on en trouve en Europe. Pourquoi ? D’abord parce que les matériaux mis en oeuvre ne sont pas les mêmes, qu’ils ne sont pas façonnés de la ême façon (absence de tailleurs de pierres - on travaille la pierre sèche) mais surtout parce que la notion d’entretien n’est pas la même. »

« Je me souviens avoir été franchement étonné lors d’un premier séjour dans l’extraordainaire vallée des Aït Bougemez, dans le Haut Atlas central. J’ai été pris par un orage de montagne comme il s’en produit fréquemment. J’étais au fond d’un oued et j’ai eu tout juste le temps de remonter sur une de ses berges pour aller me mettre à l’abri dans un village. J’ai attendu sous un porche et le propriétaire de la maison m’a invité à prendre le thé dans un salon de réception dont le plafond était couvert de peintures, tel ceux que Titouan Lamazou a photographiés dans le premier ouvrage consacré à cette culture. Puis quand l’orage s’est calmé, je suis ressorti et là qu’est-ce que j’ai vu : tous les hommes et les enfants du village étaient en train de creuser des rigoles pour envoyer l’eau loin de leurs maisons (souvent chez le voisin qui devait l’envoyer un peu plus loin...). Et je me suis dit, comment se fait-il qu’il n’y ait aucun système d’évacuation dans le village. Il doit pleuvoir souvent. Le village semble ancien. Pourquoi, à chaque pluie les hommes sont-ils obligés de recommencer toujours le même travail... »

Oui c’est vrai que les matériaux utilisés par les berbères pour construire leurs maisons sont en général les mêmes depuis des siècles. Du côté du village de mes parents on utilise des pierres en effet non taillées et de la terre rouge locale mêlée à de la paille en guise de ciment, même si maintenant le ciment est plus utilisé pour l’extérieur et certaines parties de la maison. Les maisons là-bas ont un toit ouvert au centre de la maison et au dessous de cette ouverture on a une espèce de patio où les chèvres et les moutons se baladaient avant, aujourd’hui on les enferme dans un endroit à part. les pièces, elles, sont recouvertes, le toit est construit avec du bambou entrelacé, des branchages et on recouvre le tout avec de la terre. Des poutres en bois encastrées dans les murs soutiennent le toit, et à l’extérieur des pièces le toit est soutenu par des piliers qui encadrent le patio, ce qui nous donne des petits couloirs qui donnent sur les différentes pièces. L’intérieur des pièces est très peu ou pas du tout meublé. Dans les anciennes maisons on a une espèce de tapis tressé fait en bois souple, ces tapis sont appelés « tagrtilt » mais maintenant on en trouve en plastique. Les murs sont blanchis à la chaux et le sol est peinturluré de bouse de vache mélangée à de l’eau ( j’te raconte pas l’odeur quand il faut renouveler l’opération lors de grandes occasions). Quand il y a de l’orage et qu’il pleut l’eau s’engouffre dans les branchages du toit et coule sur les murs de la pièce. Chaque orage laisse des traces de boue sur les murs alors on remet un coup de chaux et tout disparaît. Les nouvelles maisons sont construites à l’extérieur du village et ne sont plus aussi rapprochées les unes des autres (peut-être pour éviter de rencontrer ses voisins, surtout certaines bonnes femmes trop bavardes et trop curieuses). La maison est un bien matériel peu de gens dans notre village lui donne une valeur sentimentale, les maisons sont construites très vite parce qu’elles sont simples et leurs habitants ne sont pas déchirés à l’idée de devoir l’abandonner pour en reconstruire une autre. Elles servent surtout à abriter les familles mais beaucoup de personnes passent une grande partie de la journée à l’extérieur de leur maison. Chaque maison regroupe deux à trois générations mais on voit de plus en plus la deuxième génération se casser loin des beaux-parents souvent c’est la femme du fiston qui fait pression sur celui-ci pour partir. Avant la plupart des hommes du village épousaient leurs cousines ou leurs voisines, donc on se devait de supporter ses beaux-parents parce qu’ils faisaient partie de la famille proche, aujourd’hui les mariages sont plus « inter-villages » et les prises de bec sont très fréquentes. Quand je prend le temps d’observer les habitants du village je comprend mieux pourquoi rien n’évolue là-bas. Les gens restent embourbés dans leur quotidien et leur misère et les jours se suivent et se ressemblent et tout se répète depuis des années et des années. J’ai du mal à comprendre comment des personnes qui utilisent un téléphone portable, qui possèdent une télé et des vcd en sont encore à puiser l’eau dans un puits et à s’éclairer à la lampe à pétrole ou à gaz (même si ça a un certain charme ce n’est pas forcément une bonne chose). Ca fait des années qu’on nous dit que l’électricité va être installée dans le village mais jusqu’à maintenant il n’y a rien eu, justes de belles promesses, ça me fait penser à l’autoroute qui peine à arriver au moins jusqu’à Marrakech.

« Mais je pense qu’il y a un poids réel des traditions qui tue dans l’oeuf l’idée même du changement et du bien collectif. A noter que les recueils de droit coutumier dans les tribus berbères portent sur la notion de conservation des richesses (protection des denrrées dans des greniers collecif (agadir ou irhem). Le gouvernement marocain est dit « maghzen » (origine de notre vocable magasin). Il ne représente donc pas une administration au sens où nous l’entendons nous-mêmes mais une conservation des richesses produites ou à produire (semences). Rien n’est dit de la répartition de ses richesses pour la collectivité. Si quelqu’un connaît des textes qui stipulent le contraire, je suis preneur. »

Tu as raison quand tu parles du poids des traditions. Les berbères chleuhs sont plus attachés aux terres qu’aux maisons. Leur patrimoine c’est leur terre et ce qu’ils en font. Mes oncles sont toujours en train de se disputer à propos de telle ou telle parcelle, leur terre c’est tout ce qu’ils ont, tout ce qu’on a bien voulu leur laisser. Mais il faut comprendre pourquoi, elles n’ont pas une grande valeur et vu le peu de pluie qui tombe dans ce coin-là ça ne vaut pas vraiment le coup, sans parler de l’altitude et du terrain parfois escarpé, pas de pétrole, pas de minerai, rien si ce n’est les montagnes, la terre et le soleil. Donc c’est sûr l’idée de bien collectif n’existe pas la-bas, Chacun se démmerde comme il peut avec ce qu’il a dans son coin et on vit au jour le jour sans véritable projet ou une quelconque idée de progrès, si ce n’est pour certains (les plus jeunes), de se casser parce que le travail est trop dur et que c’est peu rentable.

Voilà bonne nuit à toi et à bientôt je l’espère.

Bisous.


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