A l’auteur
Ce que vous écrivez est très juste sur le plan moral comme sur le plan logique. Votre argumentation me fait penser à Deming.
Les grandes entreprises fonctionnent avec des objectifs chiffrés. Par exemple, le groupe General Electric s’est donné pour règle d’éliminer chaque année10% de ses salariés, considérés comme les moins performants. C’est excellent, paraît-il, pour le moral de ceux qui restent. Des objectifs chiffrés, dans les entreprises, il y en a beaucoup d’autres. Les directeurs d’usines ont des objectifs de réduction des coûts, de 5% à 10% par an, cela dépend des usines. Les ouvriers ont des objectifs de quantité de pièces produites, et les commerçants des objectifs de quantité d’articles vendus. On appelle cela des quotas (avec ou sans s suivant qu’on aime le latin). Les salaires et les primes dépendent des quotas.
Deming a dénoncé la méthode (Hors de la crise, Economica 2002). Les entreprises japonaises comme Toyota ne l’utilisent pas. On pourrait se demander de quelle façon les quotas sont fixés chaque année, et par qui. Par des experts en statistiques ? Et s’il est raisonnable de licencier 10% du personnel, ne serait-il pas mieux d’en licencier 12% ?
Les fonctionnaires ne sont pas soumis aux mêmes règles que les salariés du privé. Roger Fauroux estimait que si une entreprise était dirigée comme une administration, elle tomberait vite en faillite. C’est pourquoi, depuis une dizaine d’années, l’Etat s’est engagé dans une réforme qui prend pour modèle la gestion des entreprises françaises. Une réforme c’est bien, mais avec quelles méthodes ? La première méthode retenue, parce que c’est la plus simple, consiste à fixer des objectifs chiffrés et à distribuer des primes en fonction des résultats. C’est ainsi que les policiers affectés à la circulation sont notés en fonction du nombre de contraventions, ce qui existe depuis longtemps aux Etats-Unis.
Vous vous souvenez qu’en mai 2005 Nicolas Sarkozy avait préconisé une politique de quotas pour l’immigration, disant qu’il fallait passer « d’une immigration subie à une immigration choisie ». Le ministre de l’Intérieur souhaitait que le gouvernement et le Parlement fixent chaque année, catégorie par catégorie, le nombre de personnes admises à s’installer sur le territoire. Il souhaitait également faire reculer l’immigration familiale, avec pour objectif une augmentation de 50% chaque année des reconduites aux frontières.
Nicolas Sarkozy réalise son vœu au moment même où les Etats-Unis, pragmatiques, renoncent aux quotas d’immigration !