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Commentaire de Walden

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Walden Walden 12 octobre 2007 18:01

@ Alienor smiley

Décidément j’aime beaucoup votre avatar, de qui est-ce ? Merci de votre attention et de cette réponse fort intéressante. Bien joué sur la question du sens possible de la toile vierge, je m’incline.

En effet, je me situais volontairement dans la subjectivité, car il me semble que c’est dans ce cadre qu’intervient le geste incriminé, que je continue à défendre malgré tout, en tant qu’il relève selon moi non pas du vandalisme, mais bien du happening improvisé, certes non autorisé. Donc « horreur » déclarée de l’auteur pour avoir sa part au spectacle ainsi créé, et à la médiatisation subséquente, mais 1 € symbolique de dommages intérêts demandés au final, ce qui semble à la juste mesure du préjudice réel commis.

En revanche, des millions d’euros demandés par le galeriste, au nom de quoi ? De l’art pour l’art ? Ou du système qui, attribuant à certaines oeuvres une valeur démesurée, les réserve à une très rare « élite » bankable ? Car leur prix astronomique est la seule raison pour laquelle ces éminents « collectionneurs », amateurs d’art avisés s’il en est smiley, pourraient craindre de les prêter généreusement, afin que le bas peuple puisse admirer ces oeuvres impérissables qu’il ne saurait, sinon, approcher pour y poser son regard profane. Cela mettant dorénavant trop gravement en jeu l’investissement financier qu’ils ont voulu faire.

Sur ce terrain, il me semble pouvoir me situer dans un contexte plus général, or il est économique, et non artistique. A mon tour de retourner le propos : est-il bien acceptable que des oeuvres classiques et historiques puissent demeurer privées ? N’est-ce pas une forme de hold-up culturel par le pouvoir de l’argent, en un sens largement aussi grave que la destruction de statues, qu’un particulier richissime, ou une entreprise, puisse s’accaparer des oeuvres de portée universelle pour, à leur bon vouloir, les exposer ou bien les receler comme les 40 voleurs dans des caves à trésors ?

Il ne me suffirait pas qu’on réponde : c’est ainsi. Cette logique mercantile n’est pas fatale. De quelque nature qu’il soit, le bien public n’a aucune légitimité à être privatisé - et cela dépasse largement le simple cadre de l’art, ce que je pourrais développer, mais restons dans le sujet. Ce qu’il y a de particulier dans ce milieu, c’est le fait que la valeur artistique soit elle-même a priori déterminée par la valeur commerciale, ce que j’essayais d’expliquer dans mon premier post.

Car en fait, pour répondre à votre interrogation, voilà ce qui achoppe entre nos points de vue : ce n’est pas sur la valeur intrinsèquement artistique. C’est sur la notion du préjudice subi, qui est corrélée à la valeur économique. Dans les faits, que les collectionneurs soient ou non compétents, cultivés ou non, peu importe, puisque c’est leur puissance financière qui va déterminer l’intérêt d’une oeuvre, par la loi de l’offre et de la demande. Et par cette puissance, ils imposent leur subjectivité au public. Pour schématiser : « J’ai acheté cette toile deux millions de dollars, alors je vous demande deux millions de dollars en réparation » Mais en réparation de quoi ? « Des dégradations irrémédiables, irréparables, subies par cette inestimable oeuvre d’art intouchable » Mais qui a décidé que c’était une oeuvre d’art d’une telle précellence ? « Moi, avec mes deux millions de dollars ».

Vous semblez-vous situer, consciemment ou non, du côté du manche, des institutions qui reconnaissent cette situation comme un fait acquis. Alors que je me place sur le plan de l’individu aspirant non seulement à la liberté de jugement, mais à un niveau d’égalité vis-à-vis du bien public. Car j’affirme qu’une oeuvre d’art reconnue a pour voction à relever du patrimoine, au même titre que des sites classés. Or, que je sache, le baiser de Rindy Sam ne souille pas davantage l’oeuvre que pourrait le faire son propriétaire s’il lui prenait la lubie de faire un geste similaire, ou bien d’y mettre le feu. Mais dans la situation actuelle, inéquitable, personne ne serait en droit de demander, au nom de l’art, réparation à cet heureux possesseur, même s’il s’agissait d’une oeuvre inestimable, dont les foules seraient à jamais privées.

Alors, même s’il est juridiquement sanctionnable, je soutiens ce geste - au-delà même de sa portée artistique, qui, puisque subjective, n’est pas contestable - que j’admire aussi pour être, disons le franchement, un acte de désobéïssance civile.


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