@ Ka Le bouddhisme pacifique ? Je veux bien dans certains cas (Gandhi) mais ça reste la société la plus inégalitaire qui soit sur la planète. Pour ce qui est des religions dans leur ensemble, depuis que je me suis défait de celle qu’on avait tenté de m’imposer, je n’ai jamais arrêté de m’intéresser à leur histoire surtout quand j’ai eu la chance d’aller vivre pour la première fois dans le monde musulman. En fait, cet intérêt est né avant, lors d’un voyage dans le nord de la Grèce. Je me souviens avoir débarqué à Igoumenitza et avoir été époustouflé par le changment de style de vie qui s’étalait dans les rues d’une ville européenne qui avait subi pendant longtremps l’influence des Turcs. Je n’en revenais pas. Je connais l’Espagne et l’Italie, et je me retrouvais là dans un monde totalement irréel pour moi. Plus exotique encore que dans Tintin et le sceptre d’Ottokar« . A Salonique, l’impression avait été plus forte encore. C’est pourquoi, quand j’ai débarqué quelques années à Annaba, en plein ramadan du mois d’août, j’ai cherché à aller plus loin dans cette perception de mondes contradictiores et pourtant s’interpénétrant les uns dans les autres. Je pense que ma »qualité" d’agnostique (c’est à dire de neutre) me donne un avantage non négligeable par rapport à ceux qui se sentent pris par un engagement déterminé (et parfois même prédéterminé).
Ainsi, pour ce qui est des anges et des démons, mon esprit cartésien ne peut que faire un blocage. J’accorde à de tels conepts une valeur poétique et symbolique identique à celle qu’on peut trouver dans les mythologie égyptienne et grecque (mais ces mythologies vont nettement plus loin dans leur représentation du monde et des rapports des hommes avec l’inconnaissable). Je ne peux cependant les concevoir comme faisant partie d’une doctrine philosophique rationnelle, et il me semble précisément qu’il serait temps que l’islam remette ses pendules à l’heure à ce niveau là. Le problème posé par le bien et le mal est vieux comme le monde, du moins depuis que des systèmes de pensée codifiés ont cherché à en rendre compte pour mieux les canaliser. Les réponses d’aujourd’hui ne sont pas toutes celles d’hier. Tu dois t’en rendre compte chaque jour.
Bien sûr Mahomet fait un saut dans le temps. Et pas n’importe lequel. En remettant les Arabes dans une filiation directe avec Abraham (par l’intermédiaire d’Ismaël chassédans le désert par Abraham) il renvoiela religion qu’il invente aux prémices du monothéisme et non aux enseignements futurs qui peu à peu en ont découlé. Bien sûr, je considère que le Coran est son « oeuvre », non qu’il l’ait écrit comme on écrit aujourd’hui un roman ou un reportage, mais qu’à travers des « illuminations » personnelles sur lesquelles un psychologue pourrait revenir, il a fait passer un enseignement en utilisant le canal le plus subtil qu’il avait à sa disposition dans le monde arabe : c’est à dire la poésie. Mahomet était un poète incantatoire. Aujourd’hui encore, les musulmans arabophones que je connais s’émerveillent tous sur la beauté de langue du Coran et me disent qu’ils y voient le Verbe de Dieu. Sais-tu qu’au Maroc circule un ouvrage débile qui se vend dans tous les kiosques et qui s’intitule « le Langage d »Adam". son auteur y prétend qu’Adam parlait l’arabe... Plus nul, difficile à trouver... Tu dois savoir qu’à Jamaä al F’na à Marrakech, on peut écouter pas mal d’orateurs qui ont un don pour la parole certain. Des centaines de gens viennent les écouter pour jouir de leur faculté de redessiner le monde à leur façon. J’en connais un qui est extraordinaire : les gens l’appellent Karl Marx. Je me suis fait traduire quelquefois ce qu’il raconte. Il est capable de donner des leçons de géopolitique à tous les experts bardés de diplomes (dont le comique alexandre Adler cher aux pitres d’Agoravox) qui pérorent à longueur de journée à la télé. En d’autres temps, il aurait pu faire un bon prophète.
Quand je dis : « La connaissance pouvant représenter la destruction de l’islam ». J’aurais dû ajouté « et de toutes les religions ». Mais la question induite est alors de savoir pourquoi l’islam a fermé la porte de la connaissance. Vieille question qui remonte à la Bible et au soi-disant péché originel : le pommier étant le symbole de « l’arbre de la connaissance ». Quant au « succès de l’islam » à la conquête, il est dû essentiellement à la simplification et à l’unification doctrinale qu’il a su imposer à des peuples qui s’entredéchiraient depuis des siècles sur des points dogmatiques auxquels le commun des mortels ne comprenaient plus rien. Le succès de l’islam, c’est avant tout : la Trinité c’est trop compliqué, alors on laisse tomber, et Dieu ne vous interdit pas d’épouser plusieurs femmes si ça vous chante et si vous en avez les moyens. Avec ces deux principes plus une distinction fiscale entre les croyants et les autres, on peut comprendre que pas mal de gens se soient laissés tenter. Quant aux récalcitrant (dont les Berbères pendant des siècles) ils ont été peu à peu réduits au silence ou à la conversion forcée.
Quand tu dis : « Les répétitions dans le Coran peuvent ressembler à du bourrage de crâne pour un non-croyant mais pour nous cela reste un rappel pour éviter de trop nous égarer même si l’on est pas parfait et qu’il nous arrive des fois de vivre dans l’insouciance, c’est même parfois agréable, il nous faut nous rappeler que tout ça c’est du vent (attention je ne dis pas que ce que l’on vit dans cette vie n’est pas important), mais c’est éphémère, pour nous ce n’est qu’un test et pour entrer au paradis il faut avoir plus que la moyenne et ce rappel constant c’est une sorte de « je vous avais prévenu » de Dieu, « vous ne pourrez pas vous plaindre et dire que vous ne saviez pas ». » je me dis que cette vision du monde n’est guère encourageante en ce qui concerne le bonheur que l’on promet à l’homme et elle montre que Dieu ne lui fait pas beaucoup de confiance pour améliorer son sort sur la terre. tout pour l’au-delà, mais ici on se débrouille avec ce qu’on a et on attend que dieu fasse sa comptabilité là-haut. Ce qu’on peut constater du reste dans nombre de communautés musulmanes. Où est la notion de bien collectif comme nous en parlions plus tôt, la notion de justice sociale, de répartition, de respect des plus faibles, etc... Il me semble qu’à moins s’occuper de l’unicité de Dieu ou de sa supposée profusion, il aurait été plus efficace de travailler un peu plus ces concepts.
Pour ce qui est de mon passage : « Mohamet en fait donc une compilation adaptée aux Arabes en utilisant deux principes de marketing bien rôdés : le premeir la répétition d’un message de base devenant peu à peu subliminal. Le second, la promesse d’une récompense : la description du paradis dans le Coran occupe elle aussi une place qui n’existe ni dans la Bible (les Juifs n’y croyaient guère) ni dans les Evangiles. Mohamed en fait un « argument de vente » décisif (cf. la conversion de la première tribu nomade à l’islam, les Banou Damrah, purs Arabes qu’a connus le colonel Lawrence). A quoi aspire le nomade sinon à la douceur de l’oasis après la rudesse des perres qui roulent sous les pieds, à l’abondance après les privations, aux caresses des femmes après la morsure du vent et du sable. « Ils séjourneront dans le séjour élevé, où l’on entend aucun discours frivole. On y trouvera des fontaines d’eaux courantes, des sièges élevés, de coupes préparées, des coussins disposés par séries, des tapis étendus. Coran Sourate LXXXVIII - »Le voile" versets 10/16). Je passe sur d’autres descriptions plus précises encore. Technique que reprendra le vieux de la Montagne à Alamut quand il s’agira de combattre les califes de Bagdad, avec ses Hachichins. Rien de tel, ni dans la Bible ni dans les Evangiles. L’iconographie sa crée a amplement utilisé le thème du jardin paradisiaque et des flammes de l’enfer, mais cette technique est une INTERPRETATION du message initial destinée à une communauté ne savant ni lire ni écrire, et non pas une représentaion littérale de ce message. » Je ne peux que le reprendre sans en changer une virgule. Mahomet écrit pour des nomades et on retrouve dans le Coran tous les grands mythes qui ont été forgés dans le Proche Orient ancien : répartition des terres de pâture et contact entre les différentes tribus (Isaac, Ismaël), formation de la tribu et du clan (Joseph), droit d’ainesse (Jacob et Esaü), fixation d’un lieu de prière (et de commerce) consacré à la divinité et tenu par une caste de profiteurs (Salomon), aumône et place des pauvres (Job et Joseph), sacrifice du mouton ou de tout autre animal élevé par les nomades (Abraham), la femme au coeur du système d’identification collective et non individuelle (Sarah, Loth et sa femme), sexualité (Sodome et Gomorrhe), etc... etc...
Bien sûr, je parle en tant qu’athée. Mais je reconnais que ces mythes ont parfois été utiles à la prise de conscience des humains de se constituer des règles de vie commune. Je me dis seulement qu’aujourd’hui ce stade a été amplement dépasser, et qu’à se référer à des règles, il serait temps qu’on les adapte au temps présent, et parfois même qu’on en change radicalement tant certaines paraissent d’un autre temps (notamment celles que je cite concernant les rites sacrificiels). Alors quand tu dis : « Et nous considérons que c’est un honneur pour la bête de se sacrifier pour Dieu et nourrir les hommes. » Excuse-moi, mais ça ne passe pas car pour moi on n’a rien demandé à la bête pour savoir si c’est son « honneur ».
Pour ce qui est du concept de Trinité, ouvrir un tel sujet nous entraînerait trop loin. Un jour je te communiquerai quelques réflexions à ce sujet, mais pour le moment je préfère les garder pour moi, je n’ai aucune envie que des rapaces du genre d’Ibraluz (que je considère comme un terroriste à visage intellectuel) m’obliger à dévoiler mes batteries. Pour ce qui est des guerres, il faut faire la différence entre celles qui ont eu des buts politiques et économiques et celles qui ont été menées au nom d’un idéal religieux. Il n’est pas bon de nier l’existence des secondes, ni du côté de l’islam, ni du côté du christianisme, du fait que ces deux religions ont prétendu à l’universalité. Et on peut que s’inquiéter de voir l’islam intégriste reprendre ces combats un peu partout dans le monde, sous l’oeil trop souvent indifférent (ou tout au moins gêné) des autres musulmans qui n’aspirent qu’à vivre en paix.
Bien à toi. C’est toujours agréable de parler avec toi. Tu as l’art d’apaiser toute les discussions même en t’affrontant à ceux qui ne partagent pas ton point de vue. J’en reste admiratif. Je t’embrasse. Patrick Adam
02/11 15:43 - ibraluz
à Ka Merci de votre réponse qui nous rapproche encore un peu plus... Je regrette un peu de (...)
13/10 01:41 - ka
@ Ibraluz Désolée de vous répondre aussi tard mais j’ai très peu de temps à moi en ce (...)
04/10 14:08 - Ibraluz
à Ka Jusqu’à présent, je n’avais entrepris de m’adresser directement à vous, (...)
24/09 22:16 - ka
@ Spirou Avant de vous répondre j’aimerais d’abord que l’on fasse une (...)
21/09 01:56 - ka
Spirou j’ai lu votre post, je le trouve très intéressant, j’essayerais de vous (...)
21/09 01:51 - ka
Bonsoir Patrick J’arrive toujours trop tard dans les fils de discussion, désolée. Merci (...)
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