« Jusqu’où un euro fort ne devient pas un danger avéré pour la zone euro et l’euro lui-même ? »
Nulle part. J’ai déjà répondu par ailleurs, la BCE laisse et continuera à laisser filer vers le haut la valeur de l’euro pour amortir à moindre coût (=dégâts économiques) la montée du pétrole et de l’ensemble des matières premières.
« On ne peut fonder des perspectives viables sur un effet »amortisseur« quand les problèmes financiers et monétaires sont ailleurs que dans le prix du pétrole et celui du gaz ».
Vous avez raison. Il n’y a pas que le pétrole et le gaz : il y a le cuivre, le fer, l’acier et tous les métaux ; il y a le blé, le maïs, le riz et l’ensemble des céréales (je vous invite à lire l’article que j’y ai consacré) qui ne vont pas s’arrêter de monter ; il y a consécutivement à la hausse de toutes ces matières premières, celle de toutes les consommations intermédiaires.
Faites un petit exercice intellectuel : là où vous vous trouvez, regardez autour de vous, tout ce qui est en plastique, dites-vous que tout cela est issu du pétrole, et dites vous que tout cela augmente. Faites de même avec la nourriture et les métaux, et vous comprendrez en quoi un euro fort, compte-tenu de la hausse généralisée (=inflation) du prix de tout cela est une BENEDICTION.
L’inflation est le pire ennemi du pouvoir d’achat, car, par définition, elle fait baisser la valeur relative de la monnaie, et les premiers touchés sont les SMICards et les retraités. Comptez le nombre de salariés payés à moins d’1,5 SMIC en France, rajoutez les retraités, faites des projections à 10 ans et vous comprendrez les difficultés qui sont devant nous.
Imaginez un seul instant que la hausse de l’immobilier s’étende à l’ensemble des produits et des services et dites-moi qui va prendre ca en pleine figure...
Les problèmes économiques actuels SONT la hausse généralisée du prix des matières premières.
Lorsque l’on parle d’écologie, et que l’on dit que la planète est à bout de souffle, C’EST VRAI. La hausse généralisée des matières premières est la traduction économique de ce fait avéré.
Comment ne pas voir que les deux éléments sont intimement liés ?
Alors, « que se passera-t-il avec un euro fort devenant monnaie-étalon et une BCE indépendante des pouvoirs politiques », il se passera que la BCE continuera à amortir l’inflation autant qu’elle le pourra.
Si l’on donnait trop de pouvoirs aux hommes politques sur la politique monétaire, on tomberait invariablement, à un moment ou à un autre, sur un populiste qui ferait tourner la planche à billet pour un effet bénéfique -politiquement parlant- à court terme mais dramatique -économiquement parlant- à long terme (cf G.W. Bush).
Je ne dis pas qu’il faille laisser la BCE complètement déconnectée. Il faut qu’elle prenne en compte les avis des politiques, qu’elle se coordonne avec leurs politiques budgétaires respectives (pour éviter que les uns et les autres tirent en sens inverse), mais il faut qu’elle reste indépendante. C’est notre assurance-vie.