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Commentaire de Mango

sur Villiers-le-Bel deux ans après Clichy...


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Mango Mango 27 novembre 2007 22:17

L’article me paraît un peu « léger » mais a le mérite d’ouvrir un vrai débat.

Hélas, les choses n’avancent pas beaucoup, malgré quelques commentaires de qualité.

Côté « tolérance zéro », je ne vois guère que Seb qui soit pertinent. En effet, dans la logique de répression, c’est le seul qui aille jusqu’au bout du raisonnement : sommation et tir à vue en cas de non-obtempération. J’ai entendu ce matin un policier expliquer que les mômes qu’ils ont en face sont totalement dépourvus de repères, n’ont aucune représentation de la loi et se foutent totalement de se retrouver en prison. C’est vrai : je travaille avec des gosses comme ça dans le domaine préventif. Si tu rentres dans leur jeu, tu n’as plus qu’à les tuer, car RIEN ne leur fait peur. Donc, je ne comprends pas que son commentaire soit noté négatif : vu le nombre de pro-répressifs sur ce fil, il devrait exploser le compteur « plus ». Eh oui, ’faut avoir les couilles de ses convictions : sortez vos fusils de chasse et tirez une balle entre les yeux de gamin de 10 ans qui vous dit « même pas peur » en mettant le feu à votre caisse ou à votre poubelle, ou alors fermez-la ! Et arrêtez de demander aux flics de faire le sale boulot à votre place : ils ont une éthique, eux, une mission et une morale qui ne consiste pas en l’assassinat de perturbateurs.

Et en face : pas grand’chose... Un seul post qui propose des solutions concrètes, un ou deux qui conseillent d’aller voir ce qui se fait ailleurs, et quelques excellents commentaires qui démontrent que le tout répressif est et a toujours été, de tous temps et en tout lieu, voué à l’échec.

Et sinon ?

Encore un bel essai transformé pour monter les plus précaires, les plus pauvres, les plus misérables, - et je ne parle pas seulement d’argent, mais de misère affective, culturelle, sociale- les uns contre les autres.

Eh ben voui ! Le gosse en crise ne va pas renverser le bureau du directeur : il commence par ses affaires, celles de ses camarades, parfois il s’en prend à l’éduc, au prof... Devant le bureau directorial, il est calmé, impressionné, il bafouille, il pleure. Il se sent minable, ridicule. On lui parle avec des mots qu’il a du mal à comprendre, il se sent con, coupable d’être aussi con, aussi nul... Il a cassé ses affaires que maman a déjà eu tellement de mal à payer, il a abîmé le travail de ses camarades, il a obligé l’éduc à l’immobiliser pour qu’il arrête de se jeter contre le mur, il voit bien qu’il fait de la peine à la maîtresse : ça fait bien dix fois qu’elle essaye de lui expliquer la soustraction de différentes façons mais c’est plus fort que lui : il ne supporte pas que quelque chose « manque ».

Et maman n’y peut rien : elle se fait jeter de partout, maman... Elle a 24 ans, 4 gosses, pas foutue de les élever seule, pas foutue de gagner sa vie, pas foutue de gérer un budget : les huissiers, les juges, les assistantes sociales, les instit’s, les flics et autres dignes représentants de l’état le lui rappellent tous les jours.

Vous vous construisez, vous vous structurez, vous, avec des références pareilles ?

Oui, certains y parviennent, contre, ou malgré, ou avec, mais toujours aux prix d’énormes souffrances qui se retrouvent dans l’intolérance des répressifs les plus radicaux.

Ce ne serait rien si, chaque jour, on ne s’ingéniait à vous rendre un peu plus coupable de votre « échec ».

Et quel échec ?

Celui de ne pas avoir un pote qui vous prête son yacht ?

Nous contribuons à construire une société où la valeur d’un homme se mesure à sa réussite matérielle, où les valeurs morales, la connaissance, l’expérience, le savoir sont dévalorisés, nous « décomplexons » comme des bêtes et nous nous étonnons de voir que certains sont prêts à tout pour leur part de gâteau ?

Ce serait plutôt un signe de bonne santé mentale et d’adaptabilité, non ?

Un peu d’humilité messieurs et dames donneurs de leçons.

Ou alors, faites quelque chose : défendez vos valeurs.

Défendre ses valeurs, ce n’est pas dézinguer ceux qui n’y adhèrent pas car vous n’auriez plus que des lâches pour les défendre et elles ne survivront pas à plus d’une génération de péteux.

Défendre des valeurs, c’est croire suffisamment en elles pour les transmettre en acceptant de passer, un temps, pour un « vieux con », c’est de la rigueur, de l’exemplarité, c’est croire en la jeunesse et en l’avenir tout en sachant que la jeunesse s’éduque et que l’avenir est notre responsabilité avant tout.

On ne respecte que ce qui est respectable, et tant qu’un wagon entier de métro composé d’hommes et de femmes valides n’aura pas les couilles de moucher 3 morveux de 12 ans qui se prennent pour des caïds, on n’aura rien à dire !

La démagogie, le laxisme ou les coups de pieds au cul ne produisent que des médiocres, pleurnichards, couards, ou au mieux revenchards.

Que chacun balaye devant sa porte, à commencer par ceux qui déblatèrent en famille le dimanche sur les flics, les profs, cheminots, personnels hospitaliers, agents de la ratp, et s’ indignent ensuite en déplorant leur « manque d’autorité ».

Quel exemple donnons -nous, tous autant que nous sommes ?

Je crois qu’il est grand temps que chacun se regarde en face et fasse honnêtement la somme de ses petites lâchetés quotidiennes.

1ère Mesure : relire ce texte.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties Sans un geste et sans un soupir, Si tu peux être amant sans être fou d’amour ; Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour, Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles Travesties par des gueux pour exciter des sots, Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles, Sans mentir toi-même d’un mot ; Si tu peux rester digne en étant populaire, Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois Et si tu peux aimer tous tes amis en frères, Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître, Sans jamais devenir sceptique ou destructeur Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître, Penser, sans n’être qu’un penseur ; Si tu peux être dur sans jamais être en rage, Si tu peux être brave et jamais imprudent, Si tu peux être bon, si tu sais être sage, Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront ; Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard KIPLING

2ème mesure :

Imprimer et afficher, ou tagger, ou broder au point de croix ce texte et l’afficher dans un lieu où vous serez sûr de le voir tous les jours (toilettes, salle de bain, au dessus de l’évier à vaisselle, en fond d’écran.

3ème mesure : n’exiger d’un enfant qu’il se conforme à ces préceptes que si vous-même vous êtes montré capable de les observer en diverses circonstances et donc, d’étayer vos propos par des exemples. Autre possibilité : le contre exemple : « tu vois, là, j’ai fait ça, eh bien je regrette car j’aurais dû... »

Bon courage à tous.


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