Je suis un amateur de science-fiction, de fiction tout court, mais j’ai personnellement été profondément choqué par le détournement de sens du roman par le film : son happy ending est particulièrement odieux. Le roman tablait sur la possible régression de l’humanité - voire d’une sociabilité du monstrueux : une probabilité régressive qu’on ne soupçonne que trop peu dans notre vision évolutionniste de l’espèce. Le film propose un après déluge et une arche de Zoé à ceux qui croient, rien de moins. Contrairement à votre article, je ne passerai donc pas sous silence la dimension morale et religieuse de cette autre mauvaise fiction apocalyptique américaine. Il n’y a rien d’étonnant que des films catastrophes se multiplient ces dernières années. Le fantasme de la dévoration (néolibérale ?) de l’homme par l’homme trouve écho dans la filmographie anglo-saxone (là-dessus vos citations sont excellentes), l’anxiété d’une pandémie (mondialisée ?) au-delà de l’influenza résonne comme un glas avec force dans l’imaginaire occidental, et cette série de visions de fin du monde ne s’arrètera pas là, le film Cloverfield s’en vient et matraquera les mêmes prémisses. Si la science-fiction a toujours flirtée avec le religieux et le mythe, qu’elle y trouve des ressources symboliques fortes qui parfois sont ingénieuses et fécondes (je pense ici au film 2001 l’Odyssée de l’espace), le film I am a legend utilise cette symbolique grossièrement et s’apparente même à du délire propagandique néoconservateur ou la science est dangereuse et la foi à valeur de refuge. La valeur de ce film est simplement de révéler ce symptôme américain.