@ l’auteur,
Personnellement, je n’ai pas l’impression que la BCE soit aussi désorganisée que vous ne le dites. Au contraire, son objectif principal, qui est bien celui de la lutte contre l’inflation, n’a pas varié d’un iota - au grand dam, comme vous le soulignez, de la France et de l’Italie.
Vous soulignez également avec raison la filiation directe avec la Bundesbank, dont l’horreur économique suprême réside dans la surinflation.
J’aimerai en rappeler ici les raisons. On sous-estime souvent à tort les ravages de l’hyperinflation des années 1920 en Allemagne. La paupérisation des allemands, obligés d’aller acheter du pain avec des brouettes de billets, a non seulement frappé les esprits, mais ancré de manière durable les méfaits de ce phénomène.
Les classes les plus touchées par ce phénomène sont avant tout les classes populaires - dont les salaires ne suivent qu’avec retard la perte de pouvoir d’achat que constitue la dépréciation de la monnaie - les retraités et les salariés du secteur public et para-public. Autant dire les 3/4 de la population.
Un ralentissement économique est à coup sûr un facteur d’augmentation du chômage et de restrictions - encore une fois - pour les classes populaires (de toutes façons, ce sont toujours les plus pauvres qui trinquent en premier). Mais rien n’est comparable au désastre d’un effondrement de la monnaie et d’une inflation trop forte (les deux affirmations étant à bien des égards concomittantes).
On oublie un peu trop facilement en France que la dernière période de récession date de 1993, un an après la dévaluation de 15% du franc, suite à une attaque par les marchés financiers. L’euro, et singulièrement l’euro fort, nous protège de ces manoeuvres. Au contraire, par sa stabilisation à un niveau élevé, et malgré l’inconvénient réel que représente le surcoût monétaire pour nos exportations, l’euro fort ramène des capitaux chez nous, et soutient le mouvement lent mais réel de facturation des importations européennes en euro.
Et ce mouvement, s’il devait se poursuivre jusqu’à ce que l’euro remplace le dollar comme monnaie internationale, représenterait un avantage compétitif capital pour l’Union Européenne dans la concurrence économique mondiale. Et même si c’est un mouvement long, cela vaut bien le coup de supporter un ralentissement conjoncturel.
Cordialement,