@ Cosmic Dancer
"les interventions des Etats dits "forts" sont-elles toujours "sociales" ? Moralement, autrement dit, un Etat (mais lequel ?) est-il par nature en mesure de réguler l’activité économique de sorte que, sans brider l’initiative individuelle, il se consacre notamment à équilibrer en justice les chances de chacun des membres qui le constituent ?"
Non, les Etats "forts" n’interviennent pas systématiquement d’une manière "sociale", loin de là (sinon, ça se saurait). Il ne faut pas considérer seulement la "force" de l’Etat, mais aussi sa sa nature. Il y a des Etats "forts" qui ne sont jamais que de purs et simples représentants et défenseurs des intérêts des oligarchies dominantes. Ce sont des dictatures étatiques Et d’autres Etats "forts" dont le rôle est de représenter le bien public, de réguler l’activité économique et d’en redistribuer aussi équitablement les richesses sans brimer l’initiative individuelle tant qu’elle ne va pas à l’encontre de l’intérêt de la collectivité, tout en s’occupant par exemple de l’aménagement du territoire. Ce sont les Etats "forts" et "sociaux".
Dans un cadre libéral qui admet un marché libre et l’initiative individuelle, tout est ensuite affaire de dosage entre Etat et marché libre. Les ultralibéraux considèrent que l’Etat est un parasite qui doit au mieux être réduit au strict minimum, le marché se chargeant de tout. On connaît l’état des routes et des services publics aux USA... Les libéraux modérés estiment par contre, à des degrés variables, que l’intervention d’un Etat plus ou moins fort est nécessaire pour réguler l’activité à long terme et se charger de la justice sociale, de la redistribution des richesses et des infrastructures collectives, qui relèvent du long terme.
Bref un Etat fort sans un marché libre laissant s’exprimer les libertés individuelles est une dictature étatique ; inversement, un marché libre laissant s’exprimer les libertés individuelles est une dictature anarchique des marchés, n’en déplaise à la très surnaturelle "main invisible" imaginée par Adam Smith, censée réguler toute seule les déséquilibres induits par des initiatives individuelles non-coordonnées.
Il faut trouver un point d’équilibre et c’est pas simple, surtout depuis qu’on a découvert, avec l’exemple de la Chine contemporaine, qu’un Etat fort et tyrannique pouvait très bien coexister avec un marché libre et concurrentiel et quelques libertés individuelles bien délimitées pour ceux qui ne sont pas des néo-esclaves.
Ces trente dernières années on a été trop loin dans le démantèlement des prérogatives étatiques. Actuellement on en revient, vues les folies que commet le marché livré à lui-même, et les inévitables relocalisations agricoles, commerciales et industrielles demanderont des Etats forts pour les coordonner et les mettre en œuvre.
Je simplifie mais c’est à peu près ça dans les grandes lignes.
"Je crois savoir que dans les Etats omnipotents, les nomenklatura furent - ou sont - tout aussi amorales que les rentiers d’hier et d’aujourd’hui".
Bien entendu. Voir les dictatures communistes inefficaces, amorales, bureaucratiques et corrompues. Un Etat omnipotent est un état dangereux et totalitaire. Un marché libre omnipotent est un marché libre dangereux et totalitaire.
L’équilibre n’est pas simple à trouver...