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Commentaire de Krokodilo

sur Le mur du silence français autour de l'espéranto se lézarde


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Krokodilo Krokodilo 4 septembre 2008 11:38

Certes, le processus de Bologne d’intégration de l’enseignement supérieur ne prévoit pas expressément l’usage de l’anglais, mais dans les faits, il forme une voie royale pour l’anglicisation et incite les facs à organiser des cours en anglais : Erasmus mundus, IET (Institut européen de technologie), etc.

Effectivement, sur l’apprentissage précoce et sur l’intercompréhension passive, les avis des espérantistes et des gens intéressés par la question des langues sont variés, preuve supplémentaire de notre diversité.
Personnellement, je pense que l’intercompréhension passive, c’est du bidon, de la poudre aux yeux subventionnée par l’UE pour masquer son anglicisation, ce n’est rien d’autre que ce qui se pratique depuis des siècles, une connaissance de diverses langues à des degrés divers, meilleure en compréhension qu’en expression, meilleure à l’écrit qu’à l’oral, mais ça fait de bons sujets pour des universitaires, pour la recherche en "didactique des langues", pour les congrès.

Sur l’apprentissage précoce des langues, je pense effectivement que rien n’a été prouvé, strictement rien, à l’exception de la plus grande aptitude musicale des enfants, aptitude qu’une initiation linguistique non spécialisée suffirait à exploiter (divers alphabets, diverses langues, diverses prononciations, initiation à la linguistique, à la variété). Quand j’avais fait un article sur le sujet, je n’avais pu trouver de référence sérieuse, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’existent pas ! mais aucun article qui affirme les avantages de l’enseignement précoce ne cite ses sources … Par contre, on trouve des articles reprochant la légèreté de ces quelques études en sa faveur, leur manque de rigueur méthodologique, leurs biais statistiques, etc.

Inversement, un allemand a prouvé chez les immigrés turcs allemands que la pratique de la langue "maternelle" à la maison ne favorisait pas spécialement les résultats scolaires, c’était neutre. (je n’ai pas les références sous la main)

Les sciences humaines n’ont pas la culture des études reproductibles et fiables sur le plan méthodologique, en isolant un seul facteur (la précocité de la 2e langue), d’autant plus qu’il serait particulièrement difficile de conduire une telle étude durant dix ans, en excluant les élèves qui ne correspondraient plus, par exemple parce qu’ils feraient des séjours linguistiques (ce qui fausse leur niveau), parce qu’ils apprendraient une 3e langue, etc.
bref, des études fiables dans un tel domaine seraient un tel casse-tête qu’on retombe toujours sur l’argument d’autorité : celui qui le dit a un nom, une position respectable, des titres, donc ce qu’il affirme ou ce qu’il affirme avoir démontré doit l’être ! On a souvent connu ça en médecine, par exemple sur la façon de coucher les bébés, plat-ventre ou sur le dos ? Maintenant, on en est à la médecine par les preuves, et même les pontes doivent prouver ce qu’ils affirment, par exemple sur les glitazones, soutenues par pas mal de spécialistes universitaires, la revue Prescrire continue à dire que le bilan avantages/inconvénients est très défavorable, que l’espérance de vie des diabétiques n’est en rien améliorée selon la revue des différentes études publiées. L’argument d’autorité ne suffit plus, alors qu’en matière d’apprentissage précoce des langues, il règne toujours…
Evidemment, répéter qu’il n’y a pas de solutions miracle en langues, que c’est super-dur, c’est moins "glamour", ça fait moins rêver que l’intercompréhension passive ou les petits bilingues (qui existent).

Et même si c’était prouvé, les limites logistiques de toute école font que l’apprentissage précoce d’une langue étrangère est contradictoire avec le libre choix des langues étrangères, car quel pays serait capable d’offrir ne serait-ce que 4 malheureuses langues au choix dès le CP, jusqu’au bac ? On se focalise sur quelques familles où un enfant est effectivement presque de même niveau dans 2 langues, mais certains enfants font du violon très jeune, d’autres du foot, veut-on standardiser l’éducation ? Evidemment que ces enfants sont bilingues, mais grâce à un contexte familial (ou national) très particulier, une immersion permanente dans 2 langues. Croire que l’école peut copier ce contexte est une illusion, et surtout bute sur l’éternel problème : dans quelle(s) langue(s) ?

Pour la première fois, des profs de langue viennent de reconnaître que promettre que l’école va faire des bilingues est une illusion, un truc de politiciens :
"b) fasse régner la confusion quant aux objectifs de l’enseignement des langues à l’école. Les Programmes officiels de langues vivantes ne se donnent aucunement pour objectif la formation d’élèves bilingues. Chez une partie des parents d’élèves une attente irréaliste est ainsi alimentée qui ne peut que renforcer une accusation aussi facile que récurrente d’incompétence à l’encontre des enseignants de langues."
http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article503

Je pense le projet Evlang largement supérieur pour le primaire, ouvert sur la diversité, ouvert sur la comparaison entre les langues, utilisant au mieux l’aptitude musicale des enfants. Naturellement, je souhaite aussi que l’espéranto puisse être proposé pendant deux ans, au primaire ou au secondaire, ou qu’il pourrait être utilisé comme moyen, comme support de cette initiation linguistique, mais on en est pas là !



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