@ wrysia
Nous sommes toujours devant des problèmes d’identification. C’est bien pour ça que je situe l’action de Mahomet comme un effort unique dans l’histoire de l’humanité d’insérer un peuple dans une culture générale dont il s’estime indûment exclu. Je l’ai dit sur un autre post, pour moi l’histoire de Mahomet est celle d’un « prophète éconduit ». Il a mis les Arabes au coeur d’un projet culturel alors qu’ils en avaient été bien souvent exclus, à moins de se plier aux règles culturelles des autres (Hérode était arabe, mais un Arabe Hellénisé jusqu’au bout des ongles).
Alors bien sûr, il faut ne pas tout mélanger. Mais qui s’inquiète vraiment de ne pas tomber dans ce piège ? Comparer la Shoah au Rwanda, au Cambodge ou à l’Arménie ne tient pas debout. Aucun généocide ne peut être comparable. Aucun suicide non plus. Pas plus qu’aucun divorce. D’abord parce que ce génocide s’est passé au coeur de l’Europe qui se considérait comme le phare de l’humanité, et ensuite par la logique implacable et les moyens mis en oeuvre.
Tutsis contre Hutus : c’est une guerre civile, une guerre tribale. Khmers rouges : c’est une folie politique appliquée à une population non pour des critères « raciaux » mais idéologiques. Arméniens : c’est de l’épuration ethnique. L’extermination industrielle des Juifs revêt une autre signification. C’est la première et seule fois que fut envisagé par l’homme l’éradiction d’un peuple à l’échelle planétaire pour des raisons philosophiques et économiques.
Pour ce qui est de l’histoire des Juifs, il convient d’avoir à l’esprit que c’est le premier peuple à avoir essaimé en une diaspora d’exil, et non en une dispora colonisatrice comme l’avaient fait les Phéniciens avant eux.
Sait-on seulement aujourd’hui que quelques temps après la seconde destruction du temple de Jérusalem par Titus en 70, l’empereur Hadrien (paix à son âme de poète et d’esthète) promulgua un édit qui interdisait à tout Juif de pénétrer dans la ville de Jérusalem. L’interdiction valant même pour les Juifs convertis au christianisme. Au II ème siècle cette interdiction fut soulagée par la visite d’une seule journée par an, au Mur des Lamentations. Ce n’est qu’au IV ème que l’impératrice Eudocie, veuve deThéodose II, leva l’interdiction. Jérusalem était alors une ville entièrement chrétienne. Comment ne pas bâtir des mythes propres à l’exil, d’autant que ces mythes avaient été forgés longtemps avant à Babylone.
Comme l’a dit un intervenant, il faut songer maintenant à l’avenir. Quand je parle de société amazonienne, c’est bien ce à quoi je fais allusion. Nous régressons dans la plupart des domaines qui peuvent cimenter un peuple. Mais peut-être qu’une prise de conscience est en train de naître ces dernières années. Sentir le vent du boulet, ça réveille.
Bien à toi. Patrick Adam