Il se pose peut-être pour eux la question de la vie ou de la survie, alors jouent-ils la carte de l’hyper-adaptation en se disant que ce sera toujours mieux que de faire stagiaire de carrière comme les copains moins bien lotis. Les jeunes bourges que vous décrivez (du moins classe moyenne), ont hérité de leur parents une façon de concevoir l’existence dans le sens d’un "ordre des chose" établi sur le mode du plan de carrière. Leur extraction leur offre au départ de disposer d’un arsenal (éducation, études, moyens de s’installer, accès au crédit) qui les pousse à s’investir dans une voie que nous jugerons conservatrice, et peut-être se poseront-ils par la suite la question du sens, ou ne se la poserot-ils pas. Peu importe : ils avancent, et c’est à mes yeux plus important que trop réfléchir au pourquoi du comment de ce que l’on fait ou pourrait faire.
Le jeune issu du monde ouvrier, ou d’un milieu pas aussi aisé que notre jeune Tycoon, n’a pas plus envie de se poser la question du sens. C’est un luxe de nos jours que se la poser. Ce jeune-là peut décider de plaquer sa cité de Sarcelles pour aller cultiver les patates dans le Larzac, oui. Il le peut. Sauf qu’on ne le laissera pas cultiver ses patates tranquille, parce que pour ça il faut disposer d’un terrain, d’un tracteur, de moyens. S’il veut courir le monde, il peut tendre le pouce, parcourir quelque distance, mais au bout d’un moment il sera suspendu à la volonté du passant de lui glisser la pièce pour acheter un sandwich. Là, le choix devient contrainte. Dans sa cité, de choix il n’en a pas. C’est la galère ou la galère.
On peut faire tous les choix que l’on veut, le réel est tenace. Alors je peux comprendre le jeune qui endosse un costard.