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Commentaire de Patrick Adam

sur Banlieues : on a besoin d'un baron Haussmann plus que d'une armada de sociologues ou de psychologues


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Patrick Adam Patrick Adam 22 octobre 2006 18:09

@ Amand Bonaldi

Bien sûr, on ne peut parler d’urbanisme sans lier une œuvre quelconque à celles qui l’ont précédé. Mon intention n’était pas de faire l’historique du développement de la capitale. D’autres l’ont fait bien avant moi et bien mieux que je ne saurais le faire. Un article de ce genre s’adresse bien évidemment à des lecteurs munis de quelques références. S’il m’avait fallu remonter à Lutèce, pour parler des banlieues d’aujourd’hui, il se serait toujours trouvé quelqu’un pour me reprocher de ne pas avoir assez bien décrit les charrettes des Rois Fainéants.

A propos d’Haussmann

Haussmann n’est pas qu’un Préfet soucieux de rétablir l’ordre à moins de considérer l’assainissement, l’hygiène, et les belles perspectives comme une simple fascination pour l’ordre. Pour moi, Haussmann est un technicien qui a su s’entourer d’artistes. Bien sûr tout n’est pas parfait si on fait l’inventaire des travaux entrepris, mais je ne peux que constater que vu le court laps de temps durant lequel il a été préfet, il a fait du bon boulot et pris une masse de décisions judicieuses.

Vous citez Jules Ferry grand pourfendeur du baron ! Mais ses critiques rejoignaient celles du grand financier Say et surtout celles de Thiers qui, avant de devenir le garde-fou républicain d’une France défaite, fut, à l’époque du baron, grand défenseur de la propriété et pourfendeur de la « vile multitude »... Vous auriez pu dire aussi qu’un des grands reproches qu’on a fait à Haussmann avant de l’abattre est d’avoir amené trop d’étrangers à Paris... Citons alors Barbey d’Aurevilly, esprit libre s’il en fut : « Napoléon a fait, tout de suite, avec ses travaux de Paris ce que n’ont pas fait avec leurs fameux ateliers nationaux tous ces républicains qui ont sans cesse le mot travail à la bouche et qui ne sont pas capables de mettre deux pierres l’une sur l’autre si ce n’est dans un but de guerre civile et de sang versé ! » Etant un farouche républicain, je ne partage pas la totalité de ce point de vue (qui va ravir Cambronne...), mais je ne sais pas pourquoi il me semble ressentir en lisant ces lignes comme une critique sous-jacente de... Ségolène Royal... Allez donc savoir pourquoi...

Notons encore pour ce qui est du baron un des aspects sociaux de la politique mise en œuvre et que la postérité s’est empressée de gommer pour garder les images de la Garde Républicaine alignée dans les boulevards. Jean des Cars souligne qu’au moment de dessiner le boulevard Arago, le baron « suit l’initiative impériale de créer une société de maisons à bon marché. Quatre cents bâtiments seront loués pour dix ans au prix moyen de soixante-quinze centimes par jour. Le locataire qui aura régulièrement payé de modeste bail pendant les dix ans deviendra, ipso facto, propriétaire : une forme sociale de location-vente et, en langage d’aujourd’hui, d’accession à la propriété. »

Le Corbusier

Vous jugez Le Corbusier « architecte esthète de son époque ». On peut en douter en lisant quelques-uns de ses écrits « Il faut agir contre l’ancienne maison qui mesurait l’espace [...] le prix du bâtiment ayant quadruplé, il faut réduire de moitié les anciennes prétentions architecturales et de moitié au moins le cube des maisons [...]. Une maison comme une auto, conçue et agencée comme un omnibus ou une cabine de navire [...] Les wagons, les limousines nous ont prouvé que l’on peut calculer la place au centimètre cube... » Bizarre cette comparaison d’un objet par essence « immeuble » avec seulement des objets mouvants... Il serait heureux de voir les retraités qui s’entassent avec leur camping-car sur la plage de Taghazout, près d’Agadir...

Le Corbusier n’a rien à voir avec l’Art Nouveau, ou plutôt ses postures sont une réaction contre ce courant d’esthétisme naturaliste. Le Corbusier est dans la lignée des Gropuis, Neutra, Mies van der Rohe... (en autres). Mes préférences pour ces époques vont à Pierre Charreau ou à Ritveld. Le Corbusier a élaboré une charte que la plupart des architectes se sont approprié jusqu’à l’apparition des mouvements de l’éclectisme italiens apparu au début des années 70... Ses idées ont été appliquées aux quatre coins de la planète, de façon totalement déraisonnée. Son projet pour l’aménagement des IIè et IIIè arrondissement de la capitale serait considéré aujourd’hui comme un crime contre l’humanité ! S’il n’a pas participé directement aux programmes de construction ou de reconstruction dans notre pays, c’est que d’autres projets l’ont occupé ailleurs... Mais ces collègues se sont empressés de faire des tas de petites « unités d’habitations » qui lui étaient si chères un peu partout. J’ai longtemps vécu près de l’immeuble de l’Armée du Salut, j’ai rarement vu une architecture aussi triste et pourtant la façade étale une orgie de couleurs primaires...

Je pense que Le Corbusier était un génial redistributeur d’espace et de lumière, notamment ainsi que je l’ai souligné, dans ses maisons bourgeoises et d’autres immeubles spécifiques (église de Ronchamp). Je suis tout à fait d’accord avec lui (pour l’avoir expérimenté que « l’extérieur est le résultat de l’intérieur ». Mais ce principe s’applique mieux à ces constructions individuelles que collectives. Car, à de rares exceptions près (dont les maison polychromes de Pessac en Gironde) il est difficile (souvent pour des questions de coûts) de ne pas tomber dans le répétitif.

Parlant de la « déshumanisation des villes et des grands ensembles des banlieues, tout au long de ces dernières années » vous dites que ce problème « nécessite un débat plus large, plus posé et s’appuyant sur des données actuelles : Politiques, économiques et sociales. » Personnellement, vu l’ampleur des dégâts, je pense qu’il y a longtemps que nous avons passé le temps des débats et qu’il faut se retrousser dare-dare les manches. Le « consensus politique » que vous évoquez ne peut venir qu’une d’une orientation forte et bien cadrée. Pour ce qui est du « consensu social » je pense que ce ne soit pas vraiment dans les habitudes des Gaulois que nous sommes restés. Par contre je suis mille fois d’accord avec vous pour penser qu’il faut drainer des moyens budgétaires « énormes ». Les fonds structurels européens doivent aussi pouvoir servir à ça.

Bien à vous. Patrick Adam


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