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Commentaire de kasko

sur Grève des Enseignants-Chercheurs : Les étudiants sont pris en otage !


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kasko 19 février 2009 22:18

Armand,

Je suis d’accord sur certaines de vos remarques mais pas sur d’autres et ma conclusion ne sera certainement pas de votre goût.

Oui "la mission de l’université n’est pas simplement de proposer des formations professionnelles pointues". Pour le patronat français "le plus bête du monde" je vous laisse à vos positions idéologiques qui ne font pas avancer le débat ! Oui les entreprises, publiques et privées, ne sont pas uniquement à la recherche de savoirs et/ou de savoir-faire. Elles recherchent avant tout des hommes et des femmes avec des qualités transverses telles que l’écoute, l’autonomie, l’adaptabilité, la créativité, des capacités de négociation, de synthèse, de décision, d’évaluation et de maîtrise des risques, de remise en cause, de leadership, de travail en équipe,...

Or, que voit-on arriver, au sortir des facultés lorsque le milieu familial n’est pas intervenu (donc pour les plus défavorisés) ? Des jeunes qui préparent leur recherche d’emploi exactement comme un examen de fac car ils pensent que les entreprises recherchent le plus "fort" dans leur spécialité - en chimie, en informatique, en droit du travail, en développement durable ou en qualité,...Ils ne répondent pas complètement aux offres d’emploi car ils ne traitent que la partie technique, et ignorent totalement la partie "humaine". Ils en arrivent à être exclus de postes pour lesquels ils disposaient de toutes les capacités ! Quel gâchis ! En tant que bénévole dans une association d’insertion, je passe mon temps à expliquer cela. Tous comprennent vite mais ont du mal à l’intégrer dans leur démarche tellement ils ont baigné longtemps dans cette logique de la technique seule. Ils me disent tous aussi que jamais on ne leur parlé de cela à l’Université, qu’ils n’ont jamais rencontré dans leurs études un responsable d’entreprise, un DRH ou un ancien responsable qui sache comment se passe un recrutement côté entreprise. Ils se font une idée totalement fausse et souvent effrayante de la démarche de l’entreprise. Le discours que nous leur tenons les rassure et les met en bonne position pour conduire un entretien de recrutement. Ils nous disent même qu’ils ont moins le trac ! De plus ils vont vers le monde du travail avec une vision plus humaine et donc plus confiante, n’en déplaise aux idéologues qui veulent en permanence "casser" les entreprises. Bien sûr il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme vis-à-vis des recruteurs, mais une bonne compréhension des intérêts de chacun permet une relation adulte-adulte dans laquelle le jeune trouve son compte sans problème.

Puisque vous parlez des facs américaines, vous oubliez qu’elles sont beaucoup plus ouvertes sur le monde du travail. Elles font beaucoup plus appel à des personnes des entreprises, elles intègrent des exercices très proches de la vie d’un responsable ou d’un spécialiste, par exemple les "study cases", les jeux de rôle, tous construits à partir de cas réels.

Pour changer cela, il n’y a qu’une solution qui tient, en synthèse, à deux points :

1 - responsabiliser les universités sur l’insertion de leurs étudiants et les contrôler. Ceux qui se considèrent vraiment responsables, n’ont pas peur des contrôles, même si ce n’est pas toujours agréable. C’est la seule voie d’amélioration concrète. Toutes les théories et pratiques de la qualité et de l’amélioration continue convergent sur ce principe. C’est la seule garantie pour ne pas pousser des spécialités au delà des débouchés locaux, pour développer rapidement des disciplines pleines d’avenir et pour mieux préparer l’insertion professionnelle de tous les jeunes, notamment de ceux issus de milieux peu favorisés.

2 – décentraliser l’université pour la rapprocher de la vie économique locale. Une direction parisienne qui couvre toute la France est une aberration en terme de gouvernance ! Le rapprochement avec les responsables locaux (administration, politique, organismes divers, entreprises) ne peut pas se faire en transitant par Paris. Ce n’est pas de l’idéologie, c’est du bon sens.

Les autres points sont secondaires. Il y a certainement des choses à amender sur le projet, de suite ou plus tard, mais l’essentiel et l’urgent sont dans ces deux points. Je ne veux pas être trop long et m’en tiens donc à l’essentiel.

Le choix devant lequel nous nous trouvons est clair : soit nous évoluons maintenant, soit nous ne bougerons plus avant plusieurs années et ce sera trop tard pour nos jeunes. Faire ou laisser croire qu’une autre réforme est possible d’ici quelques mois est un mensonge éhonté ! Faire ou laisser croire qu’on peut attendre quelques années est irresponsable ! Ce sont les affres des décisions difficiles. Malheureusement l’esprit de décision n’est pas le point fort de l’université française ! Elle est meilleure pour s’opposer à tout ce qu’on lui propose. C’est cela qui me rend pessimiste et triste pour les pauvres jeunes diplômés que j’essaie d’aider tant bien que mal.

Kasko


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