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Commentaire de J. GRAU

sur Paradis fiscaux... cessons l'hypocrisie


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Jordi Grau J. GRAU 10 mars 2009 08:49

Bonjour. 

Je suis d’accord avec l’auteur lorsqu’il dénonce l’hypocrisie des gouvernants. Effectivement, les paradis fiscaux ne sont pas des moutons noirs : ils sont parfaitement intégrés au système économique, avec la complicité des Etats qui les stigmatisent en public. J’approuve beaucoup moins l’auteur lorsqu’il présente cette situation comme une fatalité dont il faudrait s’accommoder. Je suis encore moins d’accord avec l’idée de créer des zones "paradis fiscal". Il y a déjà une concurrence fiscale féroce au niveau international, et même européen (alors que l’Union Européenne pourrait très bien harmoniser par le haut la fiscalité des pays membres au lieu d’encouragager la compétition à outrance). Créer de telles zones ne ferait sans doute qu’accroître encore cette concurrence. Les grosses entreprises réclameraient toujours plus d’allègements d’impôts et de cotisations sociales, au détriment des finances publiques, des usagers des services publics et des salariés.

Certes, je ne prétends pas que les Etats utilisent toujours correctement l’argent public. Mais je suis encore plus sceptique quant à l’usage que font les multinationales de leurs profits. Au fond, la vraie question est : qui contrôle les politiciens et qui contrôle les entreprises ? Si on laisse le petit monde des hommes d’Etat et des hommes d’affaires décider seuls de l’avenir du monde, ils feront ce qu’ils ont toujours fait : ils détourneront à leur profit l’argent public. De temps en temps, les politiciens feront des discours attendrissants sur la nécessaire "moralisation" du capitalisme ou la mise au pas des paradis fiscaux, mais les mesures qu’ils prendront ne dépasseront guère le symbole. 

Seule la menace d’un soulèvement populaire pourrait vraiment changer la donne. C’est bien ce qui s’est produit après la guerre, où les souvenirs de la crise des années trente et la menace d’une révolution communiste ont contraint les pays d’Europe occidentale à adopter un compromis entre capitalisme libéral et socialisme : sécurité sociale, impôts redistributeurs, contrôle des flux de capitaux... Ce compromis s’est peu à peu volatilisé lorsque la menace d’une révolution s’est estompée à la fin des années 70 et dans les années 80. La libéralisation de l’économie et de la finance s’est accentuée à cette époque. Il me semble que le développement inouï des paradis fiscaux date de cette période. Comme quoi, toutes ces questions économiques sont en grande partie des questions politiques. Si les dirigeants français, européens, américains, etc., ne se heurtent pas à une forte résistance populaire, on peut être sûr qu’ils continueront à mener une politique favorable aux grandes entreprises. 


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