Christophe,
je ne vais pas répondre point par point à votre commentaire détaillé car cela supposerait d’écrire un nouvel article.
En quelques mots, je pense que votre argumentation aurait pu être valable il y a 10-20 ans. Mais c’est un fait que les choses ont changé et que les institutions consacrées hier ne le sont plus tout à fait aujourd’hui.
Car ce qui a changé c’est que beaucoup d’étudiants ont la possibilité de se préparer à la vie professionnelle, adulte, en faisant des choix complexes et précis. Par exemple, en combinant des UV, en changeant de ville, en se préparant pour passer ailleurs un an après, en partant à l’étranger, en revenant, etc... et là je ne parle pas du cas plus radical des étudiants étrangers ou de ceux qui, parce que leur employé les libère ou parce qu’ils ont un projet de chômage, n’ont qu’un semestre ou un an d’étude choisie...
Le fait de choisir librement son cursus change toute la perspective : d’une part parce que des facs qui se bloquent tous les ans, foutent l’édifice en l’air ; et d’autre part, parce que si la fac choisie tourne mal, on va ailleurs et on a perdu un an... Cette vision des choses est aujourd’hui préalable aux études. On choisit SA fac parce qu’elle répond à MON attente.
Est-ce individualiste ? Mais... on est des individus et le cursus universitaire EST un PARI individuel.
Par conséquent, je crois que votre raisonnement est effectivement le raisonnement des étudiants qui, par manque de confiance, ne se sentent pas en mesure de bâtir librement leur cursus. Et c’est bien ces étudiants-là, malheureusement infériorisés par leur faiblesse au lycée, qui s’accrochent à des cursus souvent vaseux, indéterminés, à une coquille, pas à un avenir de connaissances CHOISIES. Avec le fameux discours selon lequel « l’Université ne prépare pas à être professionnel »... comme si un prix Nobel de littérature n’était pas un écrivain professionnel...
Pour finir, je prends le point 1 : la comparaison grève d’usine et blocage de fac.
Déjà l’exemple de la pêche : c’est très différent : les marins-pêcheurs n’ont pas le choix : on les prive de leur outil de travail et ils réagissent. On pourrait imaginer dans ce sens une grève d’étudiants pour demander PLUS de cours, PLUS de qualité de cours, mais pas l’inverse...
Mais le problème général est différent : l’ouvrier qui travaille à l’usine et monte le siège d’une Peugeot, n’est pas dans la même situation que l’étudiant qui apprend l’usage du microscope ou la technique de la gravure sur bois. Le premier ne se réalise pas dans son travail répétitif : il le fait pour le pain. Et s’il arrête le travail c’est pour le pain (je simplifie).
Par contre, l’étudiant qui apprend à opérer un cancer ou à faire la maquette d’un opéra, lui, en principe, n’est pas là pour son pain, mais pour s’enrichir, pour se construire : c’est TOUT bénéf pour lui. En arrêtant l’activité, il se fait tort.
Là aussi, on constate que beaucoup de cursus sont creux, sans avenir, et ne passionnent en rien des étudiants mal préparés. En effet, alors, l’étudiant se trouve dans une situation proche de l’ouvrier de Peugeot : il s’ennuie : le diplôme lui suffirait. Cela correspond à la revendication de « semestre blanc » : on veut la paie, l’enrichissement on ne le voit plus.
C’est pourquoi, une Université inadaptée, qui ne répond pas aux besoins des étudiants, qui ne les valorise pas et qui n’évolue pas, est génératrice de grèves négatives, de gâchis. Et c’est pourquoi, lorsque l’Université est dynamique et passionnante, le blocage, sauf cas exceptionnel, est une absurdité totale dans la perspective de l’enrichissement de la société.
En d’autres termes, beaucoup de blocages d’aujourd’hui ne sont que des mécanismes d’échec universitaire déguisés.