à Julius,
Votre réaction est typique d’un certan nombre de prises de positions de théologiens du libéralisme, ces croyants qui ont une foi mystique dans un marché idéalisé.
Or il est patent que la crise actuelle ne saurait être vue comme une crise des crédits subprime et encore moins à cet égard comme une crise due à une réglementation qui aurait incité à prêter à des gens non solvables.
D’abord parce qu’il n’y a pas de réglementation de ce type aux Etats-Unis !
Ensuite parce que, si les Fannie Mae et Freddi Mac ont été mis en place il y a des décennies pour garantir des prêts de manière à permettre l’accession à la propriété des classes moyennes, il est assez évident que si c’est ce mécanisme de soutien en lui-même qui était à l’origine de la crise, elle serait survenue non en 2006-2007 mais il y a des dizaines d’années (pourquoi aurait-il fallu attendre si longtemps si cela était intrinsèque ?). Au demeurant depuis quand l’existence de garantiepour certains clients induit-elle une obligation de prêter dans n’importe quelle condition à tous ?
La crise actuelle est due à l’opacité du système financier, démultipliée depuis des années par des mécanismes de titrisation de plus en plus obscurs, les paradis fiscaux jouant un rôle non négligeable dans l’opacité du système (toutes les grandes banques, notamment françaises, mettent en vente des produits dérivés depuis des paradis fiscaux, pour des milliers de milliards de dollars).
Tout cela a servi d’appui à un marché financier en perpétuel déséquilibre, reposant sur des anticipations toujours positives de croissance (de croissance annuelle à 2 chiffres de ces marché... comme si cela était tenable). Cela s’est appuyé sur une spéculation immobilière (fin des années 80 début des années 90), puis la bulle Internet (années 1990), de nouveau une bulle immobilière (qui vient de crever), plus quelques bulles plus ponctuelles (matières premières, ou locales, marchés asiatiques).
Arrive un électrochoc, le retournement du marché immobilier aux Etats-Unis à un moment où le déséquilibre est trop fort et.. la confiance s’évapore, les anticipations deviennent négatives, ce qui déséquilibre encore plus le système, les banques ne peuvent plus se refinancer (personne ne sait le niveau de leurs actifs pourris, qui sont très très loins de se limiter à de l’immobilier...) etc.
Bref c’est bien l’absence de régulation et surtout de transparence qui nous ont conduit là où nous sommes.
Au demeurant avez-vous noté : la dérégulation des marchés a été entamée par Nixon (pour financer par emprunt la guerre du Vietnam) et surtout par Reagan et Thatcher, les autres pays ayant embrayé dans les années 80 (dérégulation entamée sous le gouvernement Fabius en France). Que constate t-on : nous sommes passés d’une relative stabilité à une ère d’instabilité et de crises financières et économiques récurrentes.
C’est assez logique, dans un système non régulé, chaque acteur fonce aussi loin qu’il le peut pour maximiser son intérêt, lorsque beaucoup vont dans le même sens, il arrive un moment où ça coince parce qu’on a atteint la limite.
En tout cas la dérégulation s’est accompagnée d’une série de crises et d’une instabilité croissante des marchés et de l’économie mondiale. Ca c’est un fait.