Je tombe de ma chaise chaque fois qu’est utilisé l’argument selon lequel l’antisionisme est antisémite.
Commençons par un rappel de vocabulaire : le projet sioniste consiste à créer un État Juif en Palestine, autour de Jérusalem. Ce projet se compose de deux parties : d’une part, créer un État Juif, c’est-à-dire un refuge pour les Juifs dans la mesure où aucun État Juif n’existait au monde avant la création d’Israël, et d’autre part créer cet État en Palestine. Je n’ai aucun problème avec la première partie et l’idée de créer un refuge pour les Juifs, et j’en comprends le besoin. Mais en pratique, cette idée se heurte à une sérieuse difficulté car toutes les terres appartiennent à quelqu’un ! Si à la suite d’un mouvement du manteau terrestre une terre neuve émergeait de l’océan sous des latitudes agréables, avec ses plaines, ses montagnes et ses fleuves, je dirais : ça tombe bien ! Donnons cette terre aux Juifs et ils y seront bien. Mais ce n’est pas le cas et la terre de Palestine était déjà occupée par un peuple possédant une langue et une culture différentes. Le problème que me pose le sionisme n’est pas de venir au secours des Juifs, mais la compassion que j’éprouve pour les Palestiniens tués, blessés, chassés, emprisonnés, torturés, soumis à un embargo et dont les maisons et les champs d’oliviers sont détruits par des bulldozers.
Quelle est ma solution ? Je n’en ai pas et c’est aux deux peuples concernés de la trouver ensemble. La situation actuelle n’est pas une solution.
Je peux faire le pari que si demain israéliens et palestiniens trouvent une solution acceptable et acceptée par tous, alors les tensions inter-communautaires diminueront en France et ailleurs, voire diminueront drastiquement, et que les discours radicaux de chaque bord disparaîtront. Ce n’est pas en prônant la violence que l’on apaise les tensions mais en prônant une solution politique.
Quant à l’argument selon lequel les israéliens ont transformé un désert en pays moderne, il n’est pas suffisant et se heurte ni plus ni moins au droit international. Les partisans de cet argument devraient proposer une réforme du droit international basée sur le fait qu’un peuple plus civilisé (il faudrait préciser sur quels critères) ait le droit de chasser un peuple moins civilisé de sa terre, ou de l’exterminer au choix, et de s’approprier celle-ci. Autrement dit, un « délit d’appartenance à un peuple moins civilisé » qui serait passible de la mort et de la dépossession de tous les biens. Si après un débat démocratique cette réforme est acceptée par l’ONU, alors l’entreprise d’Israël sera légale et démocratique. D’ici là, cette entreprise est une invasion hostile qui ressemble ni plus ni moins aux différentes guerres de conquête qui émaillent l’histoire, menées par des dictateurs et des conquérants dont je n’ai pas besoin de rappeler le nom. On me répondra que la conquête et la domination sont dans la nature humaine et c’est vrai mais l’homme sait aussi s’éduquer, ouvrant l’espoir d’un monde plus civilisé. De la même façon que l’on montre aux écoliers les images des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagazaki pour les éduquer à la non-violence, il faut montrer les images de Gaza et autres pour montrer la face hideuse de la colonisation et éduquer à un monde plus sage, pacifique et respectueux. C’est là l’initiative de Dieudonné et je ne vois pas l’ombre d’une pensée antisémite là-dedans.