Comme promis, voici ma réaction à votre longue réponse ci-dessus
1 –
Essentialisation ou comment éviter d’aller à l’essentiel
Rappel de votre
paragraphe en entier : « Que le voile ait une signification
originelle qui est celle que vous décrivez, soit. Que cette signification soit
la même en tous temps en tous lieux me semble en revanche sujet à caution.
Cette essentialisation du port du voile passe sous silence le
fait que la signification d’une coutume n’est pas aussi figée que vous
l’affirmez, qu’elle évolue nécessairement en fonction du contexte géographique,
politique et social dans laquelle elle est pratiquée. »
Ce qui est sujet à caution pour vous est pour moi une
constante à travers les quatre dimensions de l’espace-temps. Votre anathème
« d’essentialisation » ne tient pas debout. Il ne sert qu’à nous
éviter d’aller à l’essentiel. Démonstration :
Vous ne
pouvez pas niez que le mot islam est dans l’expression « voiles
islamiques » et que les musulmans balisent ainsi le corps de la musulmane
pour nous indiquer qu’elle est musulmane et ...tout ce qui s’en suit et que
j’ai osé expliciter : l’endogamie, le ghetto matrimonial. Vous ne pouvez
pas m’accuser de prendre en considération ce qui est considéré comme constant
par mes coreligionnaires : pour tout musulman, les prescriptions islamiques
sont valables pour tous les espaces et tout le temps. C’est ce que nous
désignons comme « universels », parce que nous prétendons que c’est
valable dans tout l’univers y compris sur Vénus et dans la fournaise
d’Apollon.
2 – Une
des significations du voile :
Vous avez
raison de rappeler que les signes peuvent changer de signification à travers
l’histoire et la géographie. Et en effet, un signe ou un symbole, comme
« le bout de tissu mis sur un corps féminin » ou bien ces lettres de
l’alphabet que vous lisez ici, n’ont, en eux-mêmes, aucune signification
déterminée à l’avance. Ils sont affaire de convention entre vous et celui/celle
qui vous les envoie à la figure.
Leur sens
dépend de nous et chacun a une connaissance plus ou moins précise des mots et
des symboles religieux.
Mais malgré
tout, nous arrivons tout de même à nous comprendre. C’est que nous avons eu, à
peu près, la même formation et nous nous référons aux mêmes dictionnaires pour
nous départager en cas de besoin.
En me
limitant à un sens particulier du voile islamique, l’endogamie en l’occurrence,
j’ai pris le plus petit commun dénominateur de toutes ses significations
possibles. Aussi bien passées que présentes et qu’aucun, je dis bien aucun
musulman ou musulmane ne renierait : le voile balise le corps de la
musulmane, territoire interdit aux non- musulmans.
Cette phrase
est vérifiable et je vous met au défi de démontrer qu’elle est fausse. Prenez
le dictionnaire ou la référence islamique que vous voulez.
3 - Un
paradoxe de votre fabrication
Par contre
votre phrase
« Le paradoxe est qu’en agissant ainsi, en assignant
à un symbole une fonction univoque et intemporelle, vous continuez à « faire »
du religieux à votre manière et repoussez d’autant la possibilité de
sécularisation de l’Islam. »
est une
phrase fausse : je suis l’initiateur du nouvel islam, j’assume ma fonction
religieuse et je propose à mes coreligionnaires de faire refluer leur foi dans
le cœur afin qu’elle cesse de submerger des pans entier de la société. Je suis
pour une sécularisation active et non pas celle qui attendrait que tout tombe
du Ciel. Il me semble que vous êtes plus proche de cette dernière attitude et
c’est en partie pour cela que je pense, encore une fois, que votre pensée est
plutôt archaïque.
4 - Bonnes
et mauvaises mœurs
Et lorsque
vous écrivez « D’ici là, je crois
que vous ne pourrez saisir en quoi votre discours ne propose qu’un modèle
unique de l’émancipation féminine, celui de l’occidentalisation des mœurs. »
(c’est moi qui souligne)
je crois que
vous procédez à une réduction de mon discours et puis vous m’attribuez votre
oeuvre : moi, je propose aux musulmans de déclarer caduques les interdits
matrimoniaux, culinaires, sépulcraux... qui nous séparent du reste de
l’humanité. Si je tenais ce discours en Chine, en Afrique du Sud ou en Inde, là
où des musulmans sont aussi très présents, mon discours aurait-il pris la
couleur chinoise, sud-africaine ou bien indoue ? Je ne le crois pas. Mais
votre usage de l’expression « occidentalisation des mœurs », veut
activer, de façon subliminale, l’idée que finalement Occident et Orient
s’affronte sous ma plume et que je suis pour la domination occidentale.
Non cher
Monsieur, il s’agit de l’émancipation qui permet d’aimer et de fusionner avec
l’Autre, totalement autre, peu importe qu’il soit Chinois, Indou,
Africain, Sud-Américain ou Occidental.
5 –
N’occultons rien
Vous
écrivez : « Bref, de façon
générale, j’ai le sentiment que dès qu’il s’agit de la communauté musulmane,
vous voyez tellement le spectre de la charia que vous en finissez par occulter
totalement le phénomène quasi-universel de la reproduction sociale. »
Je n’ai jamais occulté quoi que je sois : je constate qu’il
y a des prescriptions islamiques qui sont avancées, à tort ou à raison, comme
justification d’une reproduction sociale dans l’entre soi et, fait nouveau, je
les décrète caduques pour que, intellectuellement au moins, la porte soit
ouverte à une rénovation dans notre comportement social.
Mais il me semble que vous ne
voulez pas que je prenne une part active dans la critique de mon propre
héritage musulman ET social tout en démontrant à l’aide de mon exemple vivant
que la théorie de « la reproduction sociale » n’est pas une fatalité.
C’est une autre baliverne à laquelle je donne un bon coup de pied dans le
derrière. Deux inepties qui tombent d’un seul coup, ça fait beaucoup ?