Mais parlons un peu de cette pièce que j’ai vue à travers toi.
Il semblerait donc que ce metteur en scène (Qui sait bien jouer de toutes ses possibilités techniques) ait constitué un fil rouge entre toutes les relations au meurtre à travers les âges Historiques et cela en finissant sur 1945 ;
En ce cas, les spectateurs qui, forcément, n’auront pas vécu ces périodes, verront cette névrose amoureuse entre le Bien et le Mal comme quelque chose sans rapport direct, sans lien avec leur vie (Sauf s’ils habitent une ville comme Lodz ou Varsovie peut-être)
Tu as trouvé que cette stigmatisation trop pointue sur Hitler t’a laissé en dehors du coup. J’y réfléchis et je me dis qu’en tant que metteur en scène, je ne serais pas satisfait d’un tel décrochage, d’une telle distanciation.
J’y remédierais en incluant constamment dans mon spectacle, des liens vers le contemporain, vers le quotidien le plus banal que vivent les spectateurs. Quitte à ce que ce soit via des liens indirects. Par exemple en incluant une scène du film la Liste de Schindler que tous les spectateurs auront vue dans leur vraie vie et qu’ils auront déjà intégrée. Ou bien une scène de The Wall ou une musique de Michael Jackson ou une choucroute que nous mangeons tous, ou une chope de bière, ou une Coccinelle, voiture qu’aimait Hitler.
Ou des scènes de cette fornication entre le Mal et le Bien qui ont fait les actualités les plus récentes. Du genre de ce qui s’est passé à Abou Graïb. Les exemples ne manquent pas.
Reste à savoir s’il est Bien ou Mal de pousser les spectateurs à se sentir concernés par cette fornication incessante. Reste à savoir s’il est nécessaire ou utile que la charge de la dette se perpétue ou si l’on ne ferait pas mieux de chercher à arrêter les compteurs en interrompant le fil rouge, artificiellement, en 1945.
Quel serait l’impact d’une coupure artificielle de ce fil rouge ?
Une coupure artificielle peut-elle avoir un impact positif, réducteur de violence atavique ?
J’ai tendance à croire que oui.
Je crois à l’influence culturel au bourrage de crâne Je pense que ses effets sont plus puissants que ceux de notre nature brute (Si tant est qu’elle puisse exister, tant elle semble fait pour se gaver de culture)
Tiens, Marcel, le coeur, tu sais ce symbole généralement rouge avec deux joues pleines en haut et une pointe en bas, bin en Afrique et en bien des endroits du Monde, il n’existe pas ou n’existerait pas de nos jours sans l’importation venue de l’Europe (En fait je ne sais pas bien quel pays l’aura le plus cultivé mais la France me semble bien placée)
Et bien, dis-nous si, avant de connaître ce coeur (par exemple via les films de Disney) tu savais où placer tes sentiments d’amour, tes passions. Dis-nous si la localisation du sentiment en cet endroit a joué ou pas dans ton aisance à trouver la voie de ton coeur.
Venu du Vietnam (Où ce coeur dodu n’apparaîssait alors que sur les statues de la vierge Marie, ce qui est très minoritaire là-bas) je suis arrivé à 15 ans en France. J’étais dans l’âge de l’amour. Et bien la culture de ce coeur Disney m’a très certainement poussé à considérer que j’aimais avec mon coeur (et non avec mon cerveau)
Les incidences de ce détail sont énormes en tous cas pour moi.
Je ne peux pas en faire le tour ici mais vraiment c’est important.
Par exemple : Mes sentiments d’amour étant localisés dans le coeur, ce coeur étant aussi l’organe vital qui permet au cerveau de penser, qui permet au corps de vivre, je névrose sur la relation amour-vie. L’amour m’est vital au même rang que le sang.
Certes, il l’est pour tout le monde à ce que je crois savoir, mais comprends-tu que pour ceux qui comme moi le localisent particulièrement là et de manière brutale, à 15 ans, c’est soit l’amour soit le suicide.
Allez, dis-nous ce qu’il en est pour toi de cette histoire de coeur, siège de l’amour.
(Est-ce que dans les poésies anciennes de l’Afrique, le coeur représente le siège de l’amour ?)