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Commentaire de J. GRAU

sur Jean-Marie Vianney, un curé saint et débrouillard


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Jordi Grau J. GRAU 10 août 2009 09:24

Merci pour votre article, mais vous me pardonnerez de ne pas partager votre enthousiasme. Sans aller jusqu’aux outrances de Morice, je trouve fort malsain ce culte catholique pour la mortification. J’y vois là un refus de la vie, une mauvaise conscience d’exister, une peur de jouir. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle : je suis tombé dans la potion d’eau bénite quand j’étais petit et j’en ressens encore un peu les effets.

Parlons maintenant de deux autres aspects de la vie du curé d’Ars. D’abord, sa liberté à l’égard du pouvoir politico-militaire de Napoléon. Sans doute fallait-il du courage pour déserter. Mais je ne crois pas, malheureusement, que ce courage-là soit le signe d’une véritable liberté. Jean-Marie Vianney était d’abord un bon petit soldat de l’Eglise catholique, et c’est à ce titre qu’il refusait Napoléon, tout comme sa famille avait refusé la Révolution. Rappelons que cette dernière, malgré tous ses excès et ses injustices, a marqué une date importante dans l’affranchissement des hommes à l’égard de la tutelle religieuse. Visiblement, Jean-Marie Vianney n’a pas participé à ce mouvement d’émancipation.

Enfin, parlons de l’action sociale du curé d’Ars. Tout est dit, me semble-t-il, dans l’article auquel vous renvoyez à la fin du vôtre :

« La dimension sociale de la vie et du ministère de saint Jean-Marie Vianney » par Philippe Caratgé (article publié en mars 2006 à télécharger).

L’auteur de cet article, un prêtre, cite sans aucun esprit critique le jugement d’un des paroissiens du curé d’Ars : « En supprimant les cabarets, M. le Curé avait supprimé la cause principale de la misère ». Quelle belle leçon d’humanisme. Comme les patrons de l’époque, le père Caratgé estime que la misère des travailleurs était due à leur alcoolisme. En gros, il n’avaient qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes. L’idée que l’alcoolisme, loin d’être la cause principale, soit un symptôme de la misère, elle-même fille de l’exploitation, ne semble pas venir à l’esprit du père Caratgé.

En somme, le curé d’Ars voulait comme tout bon chrétien adoucir la condition des pauvres, aucunement les faire sortir de la pauvreté. S’il voulait supprimer le travail du dimanche, ce n’était pas tant pour diminuer le temps de travail, mais parce que le dimanche est le jour sacré, le jour du Seigneur. On comprend bien que l’Eglise catholique n’ait pas eu trop de scrupules à canoniser un tel curé : c’était au fond un excellent agent de l’ordre social établi.

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