Le phénomène religieux, au sens large, dépend de nombreux
facteurs, et sa compréhension nécessite une approche pluridisciplinaire :
neurosciences, psychologie, psychosociologie, sociologie, et histoire au
minimum.
Mais comme il n’existe pas de structures de recherches
spécialisés dans l’étude de la spiritualité, et qui soient pluridisciplinaires,
indépendantes et dotées de moyens conséquents, il est aujourd’hui difficile
d’identifier tous les facteurs et plus encore d’évaluer l’importance de chacun.
Sous toutes réserves, les principaux facteurs seraient le
besoin de donner du sens, les états de consciences modifiés, la mort, le
conditionnement et l’environnement culturel, et parfois plus prosaïquement la
reconnaissance sociale, le pouvoir.
– Le facteur qui est sans doute le plus neurobiologique
est l’état de conscience modifié (extase, transe, hallucination sensorielle …).
On constate dans beaucoup de pratiques spirituelles, en particulier dans les
sociétés non industrielles, l’importance d’activités spécifiques (méditation,
musique, danses, hyperventilation …), généralement collectives, et avec parfois
l’usage de substances psychotropes (comme les hallucinogènes). Dans certains de
ces états de conscience modifié, la personne ressent des sensations intenses et
particulières (division ou multiplication de personnalité, autonomie de l’âme,
incorporation d’un esprit, fusion avec la nature ou l’humanité ...). De plus,
ces états de conscience modifié sont souvent accompagnés d’émotions positives
qui peuvent être très intenses (euphorie, exaltation, extase …), ce qui procure
une puissante récompense (Reward pour les psychologues ou Renforcement pour les
neurobiologistes) qui incite à revivre ces états. Ces expériences émotionnelles
positives ont une grande influence sur les personnes (à peu près du même ordre
qu’un traumatisme ; les exemples ne manquent pas de personnes qui après
une « révélation » de la sorte changent de vie).
– Un autre facteur à prendre en compte sont les
besoins, et ici les besoins psychologiques lié à l’accomplissement de soi, au
besoin de donner du sens (voir les travaux d’Abraham Maslow). Beaucoup de
pratiques spirituelles s’accompagnent de récits cosmogoniques, qui décrivent la
genèse de l’Univers et de l’Homme, et expliquent les raisons du Bien, et ce que
devrait être la « bonne vie ».
– La mort, surtout pour les plus âgés, quand elle se
fait ressentir dans le corps, est un puissant facteur qui incite à la nier, et
à se convaincre de l’existence éternelle d’autres vies (résurrection, principe
vital (âme), réincarnation …).
– Le fait de naître et de vivre dans un environnement
religieux est un puissant facteur de continuité à reproduire les pratiques
culturelles du groupe de vie (conditionnement culturel durant l’enfance, puis à
l’âge adulte grandes difficultés à quitter son groupe social d’appartenance).
– …
– Puis plus prosaïquement, la recherche de la
reconnaissance sociale et/ou de la richesse et/ou du pouvoir, en particulier
pour les leaders spirituels, est également un facteur du prosélytisme et de
l’intolérance des mouvements spirituels.
C’est sans doute d’une combinaison de ces facteurs, et
d’autres encore à préciser, qu’émergerait au niveau individuel et social le
phénomène spirituel et religieux.
En tout cas, ce qui semble indéniable, c’est qu’existe chez
l’être humain un besoin d’une certaine spiritualité. Et il serait souhaitable de
chercher comment le satisfaire de la manière la plus constructive, pour faire
obstacle aux phénomènes spirituels omnipotents et intolérants. (Pour
l’histoire, la révolution française avait essayé de promouvoir le Culte de la
Raison pour remplacer le christianisme.)
Et là encore, où sont les structures dont l’objectif serait
d’étudier toutes ces problématiques, d’informer sur les aspects positifs et
négatifs des mouvements spirituels existants, et de proposer des alternatives
spirituelles constructives ?