Peut-on prouver l’inexistence de
« Dieu » ?
Question
est intéressante, même pour un athée, à moins qu’il soit individualiste et
indifférent à ce qui ne le concerne plus.
Je lirai ce
livre avec intérêt, mais voici déjà mon approche, assez inhabituelle, du
phénomène religieux.
Pas plus
que toute autre « inexistence », celle de « Dieu » ne sera jamais
démontrée, ni par la philosophie, ou la métaphysique, …, ni par les
neurosciences. En revanche, les observations psycho-éducatives quant à l’origine
de la foi ; neurophysiologiques et génétiques quant à sa fréquente persistance,
tendent à démontrer son existence imaginaire, anthropomorphique et donc
illusoire, comme l’avait déjà pressenti S. FREUD.
Rares sont
hélas les scientifiques athées qui osent s’aventurer dans un domaine aussi
complexe et aussi délicat, à la limite de l’objectif et du subjectif : comme
Louis PASTEUR, pourtant croyant, ils laissent leurs convictions au vestiaire
avant d’entrer dans leur laboratoire.
Ce n’est
pas comme certains neurophysiologistes croyants, tels que le Canadien Mario
BEAUREGARD, financé par la
Fondation chrétienne Templeton, qui a sérieusement cherché l’
« antenne » que « Dieu » aurait placé dans le lobe pariétal droit pour
recevoir sa « Révélation », avant de se rendre compte que l’expérience
mystique relève de l’ensemble du cerveau.…
Les observations psycho-éducatives :
La peur des
forces naturelles, l’angoisse de la mort, l’espoir d’une vie dans
l’ « au-delà », etc …,ont été déterminants.
L’anthropologue Davis
Sloan WILSON voit d’ailleurs dans la religion un mécanisme évolutif et
sécuritaire de « sélection de groupe » en vue de sa survie.
Deborah KELEMAN et
Paul BLOOM ont compris, après Jean PIAGET, que les enfants sont animistes : ils
attribuent une volonté et une intention à ce qui les entoure. C’est logique :
déjà, par anthropomorphisme, les premiers hominidés pensaient pouvoir se
protéger des forces de la nature par des sacrifices offerts aux « puissances »
qui en étaient responsables à leurs yeux. Mais le cerveau des enfants n’est pas
pour autant « programmé » (par
qui d’ailleurs, ?!) pour croire en un dieu.
Dès 1966, le
psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université
catholique de Louvain, a en effet montré, sans doute à son grand dam, qu’en
l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la
religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc aussi, depuis toujours comme
mécanisme de défense, la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain à
imaginer un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique, fût-il
rationnellement qualifié d’ « authentique, épuré, présence Opérante du
Tout-Autre », etc …
Les observations neurophysiologiques.
Comment expliquer
la persistance neurophysiologique de la sensibilité religieuse, et donc la
fréquente imperméabilité de tant de croyants, notamment créationnistes, aux
arguments rationnels et scientifiques ?
L ’éducation
religieuse, renforcée par un milieu croyant unilatéral, laisse des traces
indélébiles dans le cerveau émotionnel, ce qui anesthésie, à des degrés divers,
le cerveau rationnel et l’esprit critique, du moins dès qu’il est question de
religion, et perturbe donc le libre choix ultérieur des convictions
philosophiques ou religieuses.
L’éducation
coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 % … Inversement, chez les enfants de parents incroyants, la foi n’apparaît pas.
Des
neurophysiologistes ont en effet constaté que chez le petit enfant, alors que
les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures, les
amygdales ( pas celles de la gorge mais du cerveau émotionnel) sont déjà
capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc
notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des
parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal
inférieur. Ces « traces » neuronales, renforcées par la « plasticité synaptique
», sont indélébiles …
L’ IRM fonctionnelle
tend à confirmer que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique
que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers,
indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est
question de religion.
La
« Révélation », et la « conversion », par exemple, de Paul
CLAUDEL à N-D de Paris, ou du Dr Alexis CARREL, croyants dans leur enfance, se
serait produite au moment où leur cerveau rationnel, subjugué par des messages
émotionnels, a « disjoncté » au profit de leur cerveau émotionnel, un
peu comme, mutatis mutandis, dans le cas d’un coup de foudre amoureux (pour un
être bien réel, lui… !).
On comprend que, dans
ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques,
comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation
religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une
malhonnêteté intellectuelle et morale …
A mes yeux,
soit dit en passant, l’honnêteté intellectuelle exigerait au contraire que
l’influence des parents, légitime mais unilatérale, soit compensée par l’école,
au cours d’histoire ou de philosophie, par une information minimale,
progressive, objective et non prosélyte, à la fois sur les options religieuses
ET sur les options laïques, même si cela doit amener certains à conclure à l’existence imaginaire et
illusoire de toute divinité ... L’humanisme laïque, la morale laïque, la
spiritualité laïque, sont des alternatives prônant l’autonomie et la
responsabilité individuelle, mais encore occultées par les religions …
Dans cette
optique, même s’il est encore constitutionnel, l’enseignement confessionnel, survivance du Moyen Âge, apparaît
comme élitiste, inégalitaire et obsolète.
Dans un but de mixité sociale et d’économie budgétaire, il devrait donc
fusionner avec l’enseignement officiel et devenir pluraliste : les mentalités
ont évolué !
Les observations génétiques.
Pourquoi la
soumission est-elle commune à toutes les religions, surtout dans l’islam ? Comme
l’avait déjà compris Desmond MORRIS, en 1968, dans « Le Singe Nu », Richard
DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers
hominidés, le petit de l’homme n’a pu survivre que parce que l’évolution
animale avait pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant
dépendant, et totalement soumis à ses
parents (et donc plus tard à un dieu …).
Cela expliquerait que
toutes les religions aient réussi aussi longtemps (mais de moins en moins sous
nos latitudes) à imposer la soumission à un dieu et à des textes « sacrés », et
que les sectes réussissent à exploiter la « quête de sens »...
Michel THYS
à Waterloo
[email protected] http://michel.thys.over-blog.org