Enfant des sixties et d’origine bretonne, je suis plutôt d’une génération et d’une tradition où ont fleuris les badges « Nuklear ! NeinDanke ».
Comme tout le monde, « la bombe », la radio-activité, la durée de vie des déchets, le plutonium ou le cesium, ...tout ça me terrifie ! Même la séquence « nuages colorés » dans le film « Rêves » de Kurosawa m’a traumatisé et jamais on ne me fera jouer au jeu vidéo S.T.A.L.K.E.R. qui se déroule à Pripiat/Ukraine avec mutants et phénomènes à foison ! Mais je constate, comme l’auteur, que toutes les informations reçues et diffusées jusqu’à présent sur le nucléaire n’ont jamais été très positives (euphémisme)...On n’entend que le son de cloche (enfin la sirène d’alarme) écologiste et il faut avouer que quand l’industrie nucléaire tente de communiquer (sans doute maladroitement avec ses grosses pincettes), elle se fait de toutes façons taper sur les doigts !
En résumé, quand Greenpeace parle c’est la vérité, et quand Areva, le CEA ou même l’ASN s’expriment, c’est de la propagande... Je ne m’abaisserai pas, comme d’autres sur un certain sujet, à traiter tous les écolos s’exprimant ici de « soucoupistes » mais le ton et le fond paraissent parfois déborder de passions et de vérités toutes faites. Comme le fait remarquer l’auteur, un peu d’objectivité, de recul, et de connaissances sont pourtant nécessaires et je trouve salutaire son article qui contredit avec des arguments factuels les habituels cris d’effroi !
Cris de vigilance nécessaires au demeurant, car on ne saurait être en la matière trop précautionneux, mais qui semblent souvent surgir au moindre poil de loup pour le métamorphoser en invasion de meutes enragées !
Un ami journaliste, avec lequel j’avais eu une intéressante discussion sur le caractère « alarmiste » du documentaire diffusé sur Arte, viens de me prêter un livre dont la récente parution est particulièrement à propos (« Le nucléaire et la planète. 10 clés pour comprendre » Francis Sorin ; Octobre 2009 - Editions Grancher).
Je dois avouer que je suis retombé de haut en le lisant, devant toutes les idées préconçues que j’avais pu avalées (ou me faire) et que je retrouve décrites dans cet article !
J’ai trouvé dans cet ouvrage un texte abordable, argumenté et passionnant. Un novice en sciences et techniques comme moi, a appris plein de choses sur la radio-activité naturelle, les différents rayonnements, le fonctionnement des centrales, les combustibles, le cas Tchernobyl, les déchets (traitements, enfouissement), l’amortissement du coût des centrales, de leur entretien et de leur démantèlement, les risques, la sureté, les réservees d’uranium, etc, ainsi qu’un debunking des « classiques » de la contestation anti-nucléaire.
Son auteur explique sur 10 points essentiels le nucléaire civil d’hier, d’aujourd’hui et de demain, mais il met surtout en perspective cette solution énergétique face au double défi actuel : la diminution des rejets de CO2 face au changement climatique et l’inévitable épuisement des ressources fossiles. Là où l’auteur marque des points je trouve, c’est qu’il n’a rien contre les autres ressources alternatives, mais considère qu’elles demeurent en l’état largement insuffisantes pour assurer, seules ou en combinaison avec les techniques d’économies d’énergie, de quoi satisfaire une demande mondiale en constante augmentation.. Loin de faire le choix du « tout nucléaire », il propose au contraire la synergie d’un triptyque Nucléaire / économies d’énergies/ sources alternatives, seule combinaison réaliste pour relever ce défi sur les 50 prochaines années. Sans ce trio de choc, la tâche est impossible et, n’en déplaise aux fidèles de la religion « NoNuke », j’ai peur que nous n’ayons pas vraiment le choix...
D’ailleurs les allemands, pionniers du militantisme anti-nucléaire, ne viennent-ils pas de relancer leur programme ? N’y-a-t-il pas 4 pionniers et leaders d’opinion de l’écologie britannique qui ont récemment changé d’opinion sur le nucléaire ? Des groupes écologistes français ne rejoignent-ils pas ce changement de cap ?
Je recommande donc à tous cette lecture, ne serait-ce que pour enrichir les thèmes abordés dans cet article et peut-être tempérer une opinion, souvent « irradiée » par le sensationnalisme de la Presse et la combativité des militants.
P.S. Le drame écologique pour moi, c’est d’abord les hydrocarbures et la pétrochimie (putain de plastique), puis les adjuvants chimiques de l’agriculture intensive, enfin l’usage massif de médicaments allopathiques. Placez-les dans la hiérarchie que vous voulez mais s’il y a un militantisme prioritaire, il est là ! (Bon yen a d’autres je sais, les baleines, la déforestation, l’orpaillage, le braconnage des espèces protégées, etc, etc...)
Et puis, spécial dédicace à De Gaulle, sans qui je me demande quand même à combien monterait la facture énergétique française...