@Thierry Jacob
L’encerclement
Dès midi, les camps de Sabra et Chatila, qui forment en réalité une
seule zone de camps de réfugiés au sud de Beyrouth-ouest, sont
encerclés par des chars et par des soldats israéliens, qui installent
tout autour des camps des points de contrôle permettant de surveiller
les entrées et les sorties. Durant la fin de l’après-midi et la soirée,
les camps sont bombardés au tir d’obus.
Le jeudi 16 septembre 1982, l’armée israélienne contrôle l’ensemble
de Beyrouth-ouest. Dans un communiqué, le porte-parole militaire
déclare : ” Tsahal contrôle tous les points stratégiques de Beyrouth.
Les camps de réfugiés, incluant les concentrations de terroristes, sont
encerclés et fermés “. Au matin du 16 septembre, l’ordre est donné par
le haut commandement de l’armée : “Searching and mopping up of the camps
will be done by the Phalangists” [10]
Pendant la matinée, des obus sont tirés vers les camps depuis les
hauteurs environnantes et des tireurs d’élite israéliens postés autour,
tirent sans discrimation sur tous les civils se trouvant dans les rues.
Vers midi, le commandement militaire israélien donne aux milices
phalangistes le feu vert pour l’entrée dans les camps de réfugiés. Peu
après 17h, une unité d’environ 150 Phalangistes entre par le sud et le
sud-ouest dans le camp de Chatila.
Lorsque le général Drori appelle par téléphone Ariel Sharon et lui
annonce : “Nos amis avancent dans les camps. Nous avons coordonné leur
entrée.” Ce dernier répond “Félicitations !, l’opération de nos amis est
approuvée.” [11]
Pendant 40 heures, dans les camps “encerclées et bouclés”, les
miliciens phalangistes vont violer, tuer ou mutiler un grand nombre de
civils non armés, en majorité des enfants, des femmes et des
vieillards. Ces actions sont accompagnées ou suivies de rafles
systématiques, avalisées ou renforcées par l’armée israélienne.
Jusqu’au matin du samedi 18 septembre 1982, l’armée israélienne, qui
savait parfaitement ce qui se passait dans les camps, et dont les
dirigeants étaient en contact permanent avec les dirigeants des milices
qui perpétraient le massacre, s’est non seulement abstenue de toute
intervention, mais a pris une part active au massacre en empêchant des
civils de fuir les camps et en organisant un éclairage constant des
camps durant la nuit, moyennant des fusées éclairantes, lancées par des
hélicoptères et des mortiers.
Les chiffres des victimes varieront entre 700 (chiffre officiel
israélien) et 3500 (notamment l’enquête précitée du journaliste
israélien Kapeliouk). Le chiffre exact ne pourra jamais être déterminé
parce que, outre environ 1000 personnes qui ont été enterrées dans des
fosses communes par le CICR ou enterrées dans des cimetières de
Beyrouth par des membres de leur famille, un grand nombre de cadavres
ont été enterrés par les miliciens eux-mêmes, qui les ont ensevelis
sous des immeubles qu’ils ont détruits avec des bulldozers. Par
ailleurs, surtout les 17 et 18 septembre, des centaines de personnes
avaient été emmenées vivantes dans des camions vers des destinations
inconnues et ont disparu.
Depuis le massacre, les victimes et survivants des massacres n’ont
bénéficié d’aucune instruction judiciaire, ni au Liban, ni en Israël,
ni ailleurs. Sous la pression d’une manifestation de 400000
participants, le parlement israélien (Knesset) a nommé une commission
d’enquête sous la présidence de Monsieur Yitzhak Kahan en septembre
1982. Malgré les limitations résultant tant du mandat de la Commission
(un mandat politique et non judiciaire) que de son ignorance totale des
voix et demandes des victimes, la Commission Kahan a conclu que “Le
Ministre de la Défense Ariel Sharon était personnellement responsable”
des massacres. [12]