L’exemple n’est pas très clair ; la caricature est trop nette, le contexte flou, la psychologie absente. Si une mère préfère, dans le cas où le choix s’impose à elle, sauver la vie de son fils à la sienne, ce peut être parce qu’elle ne se sent pas le courage de vivre avec le poids d’un infanticide le reste de sa vie, parce qu’elle préfère vivre heureuse un court moment que coupable à jamais - bref par égoïsme. Si elle l’abandonne à son sort, son jugement est différent - peut-être que sa propre vie lui semble plus importante que celle de son enfant, qu’elle sait ne pas pouvoir survenir à ses besoins - mais toujours égoïste.
Quel que soit la grandeur morale de nos actions, l’égoïsme s’en trouve toujours à la base. Toute l’œuvre des moralistes, de Montaigne à Nietzsche en passant par La Bruyère et La Rochefoucauld, fut de découvrir l’égoïsme sous-jacent à tous les actes humains. Un égoïsme fait d’instincts - part animal - mais aussi de choix conscients - on peut ainsi consacrer plusieurs années d’études dans l’espérance d’un bon emploi, d’un bon salaire. Un égoïsme luttant toujours pour le plaisir, le bien-être personnel.
L’éducation détourne justement ces tendances égoïstes pour qu’elles servent le bien-être de la société, pour permettre la vie en société. Depuis la simple politesse jusqu’à l’enseignement général inculquant une culture commune et jetant les ponts vers la vie active. Toute vie en société possède des codes, des rituels qu’il faut apprendre, car la société est nécessaire à l’individu, car l’égoïsme est toujours mieux assouvi en société qu’en solitaire. Ainsi la société et l’éducation se sont-elles formées naturellement, non contre l’Homme mais par et pour lui. Ainsi l’individualisme est innée et malgré ses dissimulations sous des idéaux fraternels - acquis - reste le moteur de nos actes.