L’article de Gibbs est très clair, et vous citez d’ailleurs l’essentiel de son raisonnement : les « chainons manquants » et les probabilités rendent l’hypothèse d’une recombinaison spontanée hautement improbable. Une intervention humaine est donc l’hypothèse à son avis la plus probable. Il examine explicitement deux possibilités : les élevages porcins et leur commerce international, et un labo de recherche ou de production de vaccins. Aucun porc n’a été trouvé porteur de ce virus ou d’anticorps liés à ce virus. De plus, le virus « patchwork » 2009 rassemble du matériel génétique de virus avaires, humains, et porcins datant d’une dizaine d’années, et aucun forme intermédiaire n’a été découverte, ce qui diminue encore la probabalité d’une recombinaison « naturelle » chez le porc ou un autre höte : dans ce cas, des formes intermédiaires devraient avoir étés trouvés dans la nature depuis dix ans.
L’hypothèse qu’un virus ait pu sortir d’un labo n’est pas une hypothèse nouvelle : elle avait déjà été formulée au sujet de la grippe de 1977 dans un article publié par la très réputée revue scientifique internationale « Nature » en 1978. Début 2009, un virologue des plus réputés a publié un article citant cette publication de 1978, juste pour rappeller qu’à ce jour, celà reste de loin l’hypothèse la plus crédible scientifiquement.
Dans le dossier que nous avons consacré à cette épidémie de grippe, nous mentionons également une publication annonçant une pandémie A/H1N1, dès avril 2008. Un article datant de fin 2008 et publié début fevrier 2009 confirmait cette prévision.
Nous donnons les sources précises de toutes ces informations cités rapidement ici dans notre dossier consacré à cette grippette qui tue peu mais qui a grippé l’aptitude au raisonnement scientifique de beaucoup trop de gens : « Le virus du pouvoir : enquête sur une campagne de vaccination prise en grippe ».
Enfin, concernant les interprétations à donner à ces faits, là aussi restons rationnels : ils incitent à approfondir les recherches scientifiques, à améliorer la traçabilité des isolats de virus grippaux, et à enquêter dans différentes directions, y compris celles inspirées par le bon vieil adage policier de rechercher à qui ça pourrait profiter. Il ne faut exclure ni privilégier aucune hypothèse a priori.
De plus la communication catastrophique plus encore que catastrophiste des autorités pose désormais un nouveau problème de santé publique (d’ailleurs relevé par Gibbs) : de nombreuses personnes n’ont pas ou plus confiance en leur gouvernements et envers l’industrie pharmaceutique. Des recherches approfondies ET transparentes sur toutes les questions soulevées par Gibbs (et par Vincent Racaniello et pas mal d’autres spécialistes en virologie !) sont donc doublement nécessaires, afin de prévenir de futures pandémies.