Pour l’auteur et sa réponse à mon commentaire :
Merci d’avoir pris le temps de répondre à mon message.
Je suppose que les chiffres que vous avancez sont tirés du
livre de Jean-Michel Bélouve.
C’est intéressant et très instructif.
C’est l’occasion de voir comment, à partir d’informations
exactes, il est possible de construire un raisonnement apparemment juste mais
conduisant à un scénario invalide.
Depuis le début du siècle dernier, l’espérance de vie n’a
cessé d’augmenter ; faut-il en déduire que l’homme deviendra un jour immortel ?
Évidemment non ! Cette observation n’est valable que pour une période limitée
dans le temps. La prolongation de la courbe conduirait à un résultat
biologiquement aberrant.
Le petit historique des prévisions erronées qui soutient
votre thèse, curieusement, ne prend pas en compte l’histoire des découvertes
et de l’exploitation des nappes pétrolifères ni leur évolution
respective. Par ce seul fait, le raisonnement apparemment juste devient
incorrect.
Au cours du XXème siècle, il n’y avait rien d’étonnant à ce
que les prévisions, du fait du manque de recul historique, aient pu être
entachées d’erreurs. La prospection était incomplète et en pleine évolution.
Les nouvelles découvertes et les progrès techniques d’extraction invalidaient
régulièrement les estimations des réserves récupérables (techniquement
extractibles).
Petite histoire des découvertes :
L’observation de la courbe des découvertes (en moyenne
mobile sur 5 ans) publiée par Exxon Mobil en 2002 explique très bien les
chiffres alarmistes que vous donnez. On voit que de 1900 à 1910 la courbe
oscille à un niveau relativement faible de l’ordre de 1 à 2 milliards de
tonnes, 1 tonne =+ou – 7,3 barils (les besoins étaient encore très faibles
aussi), Puis, suit un creux jusqu‘en
1925, d’où l’alarme donnée en 1914.
Suivent ensuite 4 pics ; autour de 1930 (20 milliards
de T), 1940 (36 milliards), 1950 (42 milliards), 1965 (58 milliards).
Entre ces pics, dégringolades à des niveaux en dessous de 10
milliards. C’est précisément dans ces intervalles que les alarmes sont lancées.
Jusque là, tout va bien, y a pas à s’en faire ; on découvre toujours à
temps de nouveaux gisements. Les faits donnent raison aux optimistes.
Après 1965, patatras ! C’est la dégringolade. Encore un
pic à 38 milliards vers 1975, un petit 18 milliards peu après 2000 et depuis
rien ou presque.
On a beau faire trois fois le tour de la planète, avec tous
les moyens de haute technologie les plus pointus jamais utilisés en
prospection, hormis quelques gouttes, de ci, de là, on ne trouve plus grand
chose d’exploitable.
Ah si ! Miracle,
3 ou 4 milliards de…barils (soit 550 Millions de tonnes !) au
Brésil ! Ça représente grossièrement 3 pour mille (!) des réserves
actuelles. Et à des profondeurs et dans des conditions qui nécessiteront des
techniques et des technologies qui restent à développer et dont le coût
économique se répercutera mécaniquement sur le prix du baril.
Et puis, comme vous dites, « on commence aussi à rêver
sur les immenses réserves que recèle le grand Nord… »
Je rêve … je rêve
moi aussi, d’en " trouver parfois dans les endroits les plus
inattendus, sans même le chercher"… au fond de mon jardin par exemple
!
Trêve de plaisanterie.
Tout ceci est à rapprocher de l’historique de la
consommation mondiale. Et là, on ne rêve plus.
On a déjà consommé ½ ou 1/3 des réserves (suivant les
estimations hautes ou basses) selon la courbe ci-dessous en barils par
jour ! :
(Source : groupe TOTAL 2006)
Avant 1950 des broutilles
Année 1950 10
1960 20
1970 58
1980
62
1990 62
après rémission à 58 entre 1980 et 1990 due au choc pétrolier.
2000
77
2010
84 estimée
2020
98 estimée
Jusqu’à présent, la courbe de production suivait la courbe
de consommation.
Là on atteint la capacité maximum de production des puits en
exploitation possible, actuels et futurs, qui vont successivement aller vers
l’épuisement chacun à leur tour.
La courbe de capacité de production d’après TOTAL se poursuit ainsi :
Année 2010 86 à 87 possibles
Année 2020 98
maxi techniquement possible
2030 85
idem
2040 80
2050
40
Il est certain que le problème n’est pas que nous manquerons
de réserves mais que nous aurons de plus en plus de mal à faire sortir ce foutu
pétrole à un flux compatible avec la demande. Demande qui n’a cessé d’augmenter
dans les pays industrialisés, en dehors des crises ou des guerres, et qui
s’amplifie du fait de l’émergence de pays qui ont légitimement le désir
d’augmenter leur niveau de vie.
Ces chiffres ne sont pas ceux d’écolos bobos ou ayatollahs,
mais de ceux qui sont au plus près de la réalité mathématique imposée par la
géologique ; les géologues et ingénieurs des compagnies pétrolières, comme
TOTAL, EXXON MOBIL, SHELL, etc… qui prospectent, extraient, transforment et
raffinent le pétrole brut pour les besoins de toutes sortes d’activités
industrielles et privées.
Vous ajouter une autre courbe pour la bonne compréhension
des enjeux, celle de la population.
Année 1700 650 Millions d’hab.
1800 1 Milliard
1930
2 Milliards
1960
3 Milliards
1975
4 Milliards
1987
5 Milliards
2000
6 Milliards
En deux siècles, voilà la croissance du nombre de
consommateurs qui ont tous besoln de pétrole pour assurer leur développement
avec lesquels il nous faudra bien partager une part d’un gâteau qui va en
décroissant par habitant, en dépit d’hypothétiques nouvelles découvertes.
Vous ne voyez toujours pas où est le problème si on ne
change pas de stratégie pour gérer les richesses de la planète ?
Je vais me répéter :
La méconnaissance des ordres de grandeur et des échelles de
temps sur le sujet est, en général, la source de tous les malentendus.
Désolé d’avoir été si long, mais ce n’est qu’une toute
petite partie de ce qui est essentiel de connaître pour se faire une opinion
valide sur le sujet.
Nous souhaitons tous entendre des paroles rassurantes. C’est
humain, mais parfois, il faut bien se résoudre à faire face à la réalité et à
l’inflexible rigueur des maths et des lois physiques y compris en géologie.
Merci de m’avoir lu.