Bonjour PapyJako !
Votre CV de mathématicien et vos connaissances déclarées en
calcul de probabilités, statistiques et en économétrie m’avaient encouragé à
aborder le sujet sur ce terrain plutôt que sur le mode passionnel tout à fait
inapproprié au traitement du problème qui met la planète en effervescence ces
jours-ci.
Vous avez, entre vos mains, tous les outils nécessaires pour
analyser les données, les interpréter de façon scientifique et en tirer des
conclusions objectives si vous le voulez bien.
Votre age, qui est le mien à un an près, votre expérience de
la vie vous donnent l’avantage d’une sagesse relative en vous autorisant à vivre
vos émotions sans tomber dans leur piège. Il nous permet aussi de mieux nous
situer dans l’échelle du temps entre le temps vécu individuellement et le temps
historique.
Mon père est né en 1912, et sauf accident, je connaîtrais
2012. Pour vous dire qu’un siècle ce n’est absolument rien !
Nous soucier de ce qui pourrait bien se passer dans un
siècle ou deux, à l’échelle historique, revient à nous demander si nous allons
devoir faire le plein, ou non, pour la prochaine ballade en voiture demain ou après-demain.
Vous m’aviez promis une réponse sur le fond et je ne trouve
que des arguments sur des points isolés.
Je n’ai pas l’intention de répondre indéfiniment point par
point et entrer dans une discussion qui risque de s’éterniser sans nous faire
avancer profitablement.
Toutefois je tiens à rectifier une grossière imprécision sur
un chiffre que j’avais cité de mémoire concernant les découvertes au large du
Brésil.
Effectivement, je pensais au gisement de Tupi découvert en
2007 qui recèlerait des réserves estimées entre 5 et 8 milliards de barils de
pétrole et de gaz. Et non pas 3 ou 4 comme je l’ai dit malencontreusement.
De plus, un an plus tard, en 2008,au large de Sao Paulo, un
nouveau gisement situé dans le bassin de Santos est découvert, qui aurait des réserves estimées à 33 milliards
de barils.
Merci, PapyJako, d’avoir mis le doigt sur cette énorme
bévue.
Je rectifie donc ma courbe dans l’historique des découvertes
en prenant le chiffre optimiste de 50 milliards de barils, soit 50 / 7,3 = + ou -
6,85 milliards de tonnes.
La lecture du graphique des découvertes en pétrole
récupérable depuis 1900, en moyenne mobile sur 5 ans, en milliards de tonnes
équivalent pétrole (1 tonne = 7.3 barils),
Source EXXON MOBIL 2002, devient à peu près ceci :
1900 à 1910 entre 1 et 2 milliards de tonnes en moyenne
1910 à
1925 creux difficile à
chiffrer à la lecture de la courbe en ma possession
1930 pic
de 20 milliards de tonnes
1940
pic de 36 milliards de tonnes
1950
pic de 42 milliards de tonnes
1965
pic de 58 milliards de tonnes
1975
pic de 38 milliards de tonnes
2000
pic de 18 milliards de tonnes
2007
Brésil bassin de Tupi :
1 milliard de tonnes
2008 Brésil
bassin de Santos 7 milliards de
tonnes
Eh, oui ! C’est dur,
les chiffres ! Voilà ce que représentent les fabuleux gisements du Brésil en
prolongation de la courbe des découvertes.
50 milliards de barils, c’est énorme ! C’est rassurant ! Ça
fait rêver n’est-ce pas ?
Est-ce que ça change radicalement l’allure de la courbe ?
Non ! Ça aurait même tendance à aggraver…
la tendance.
Santa Barbara, Californie : fuite de 20 à 25 tonnes de
pétrole par jour, dépôt de résidus lourds de 16 à 160 Erika. C’est une
plaisanterie, là !
Vous savez quoi ? On consomme mondialement aujourd’hui 84 millions
de tonnes de pétrole par jour !
Reste à savoir quelle quantité on peut trouver là-dessous,
je vous l’accorde.
Rappelez-moi quand on aura trouvé.
En négligeant tout simplement les ordres de grandeur des
chiffres qui paraissent si spectaculaires, on s’embarque pour une croisière de
rêve… sur un bateau nommé Erika.
J’espère bien que le cycle des progrès techniques
d’extraction n’est pas terminé.
Entre 1925 et 2008, ils ont été de plus en plus performants
et ils continueront à l’être.
Simplement, la lecture de la courbe ci-dessus, montrent la
limite de leur efficacité.
Quand les courbes des découvertes et de production
techniquement possibles décroissent et se croisent avec celle de la demande
croissante et celle de la population encore croissante pour quelques temps, il
y a comme un léger problème mathématique, non ?
Je vous laisse le soin de faire le calcul de la consommation
possible, actuelle et dans l’avenir par tête d’habitant.
Et rappelez-vous ; un siècle, c’est rien du tout ! Mettez la
vie de votre père, de vous-même, de vos enfants et petits enfants sur l’axe du
temps et voyez la période couverte.
Je ne doute pas que ces éléments n’ébranleront en rien votre
conviction… puisque c’est une
conviction.
Simplement, je voudrais terminer notre discussion en vous
donnant quelques idées pour accéder à des informations utiles
Il y a encore quelques années, j’avais les mêmes convictions
que vous. Et puis je suis tombé sur un article d’une revue qui parlait de
« Peak Oil ». Ah, bon ! Qu’est-ce que c’est encore que cette
histoire de Bobo écolo empêcheur de tourner en rond. Pas de chance, c’était un
article signé par un type tout à fait sérieux reconnu par les plus grandes
Universités Américaines et les milieux scientifiques internationaux qui
dissertait sur les travaux d’un certain Marion King Hubbert, géophysicien
américain.
Par curiosité, et pour en avoir le cœur net, je suis allé
sur Google j’ai tapé : Peak Oil, Hubbert, Production pétrole, Consommation
d’énergie, TOTAL, Energies fossiles et un tas d’autres bêtises de ce genre-là
et je me suis vite aperçu que le problème énergétique était bien réel et pas
seulement à cause du pétrole.
J’avais beau chercher toutes sortes d’arguments, sur Google
aussi, pour confirmer mes convictions du style "on s’en est toujours
sortis" grâce au génie du genre humain, je n’ai pas trouvé
d’informations vraiment sérieuses qui résistaient un temps soit peu à
l’analyse, ou mieux, qui invalidaient la thèse que je découvrais.
Alors, PapyJako, tentez l’expérience de faire comme moi,
prenez du recul, du temps, tapez sur Google en utilisant ces mots clés et
chaussez vos lunettes de mathématicien froid et dépassionné pour analyser les
informations que vous trouverez.
Consultez également Wikipedia sur ces sujets ; vous y
trouverez des informations référencées et très intéressantes.
Pour terminer, vous pouvez visionner aussi une vidéo
accompagnée d’un diaporama explicite à droite de la page Web, sur le site de
SPIE BATIGNOLLES. Très instructive.
Là, c’est un peu une provocation car l’orateur est Jean Marc
Jancovici, personnalité que vous n’appréciez probablement pas. Mais lui, a mis
ses talents de mathématicien en pratique sur le problème. Précision : je ne
suis pas d’accord sur tous les points non plus.
http://storage02.brainsonic.com/customers2/entrecom/20080227_Spie/session_1 _fr_new/files/index.html
(Patience ! La page
met un certain temps à s’afficher et ne tentez pas d’agrandir la fenêtre vidéo,
vous vous priveriez du diaporama qui se déroule à droite tout au long de
l’exposé )
J’arrête donc là mes commentaires sur votre article.
Peut-être à bientôt sur un autre de vos prochains articles
Bien à vous.
Alain BERNARD